Actualités comptables & fiscales

La restauration et l'hôtellerie sont des secteurs de proximité où l'entreprise se transmet et se dirige souvent en famille : plus de 8 établissements sur 10 relèvent de TPE de moins de 10 salariés, fréquemment détenues par un couple, une fratrie ou plusieurs générations d'une même famille. Dans ce contexte, le choix de la forme sociale et du régime fiscal n'est pas un détail juridique : il conditionne le revenu net du dirigeant, la charge sociale de l'exploitant et la capacité de l'entreprise à absorber ses premières années de pertes. La SARL de famille est l'un des outils les plus adaptés à cette réalité.
Chez FINAUDEC, cabinet d'expertise comptable, d'audit et de conseil en gestion spécialisé dans l'hôtellerie-restauration, nous accompagnons chaque année des restaurateurs et hôteliers dans le choix de leur structure. Cet article explique concrètement ce qu'est la SARL de famille, qui peut la constituer, quels avantages fiscaux et sociaux elle procure, quelles sont ses limites, et illustre son intérêt par un exemple chiffré comparant l'imposition à l'IR et à l'IS pour un restaurant familial.
La SARL de famille n'est pas une forme juridique distincte de la SARL classique. C'est une SARL ordinaire, régie par le Code de commerce, qui bénéficie d'une option fiscale particulière réservée aux sociétés dont tous les associés appartiennent à la même famille. Cette option est prévue par l'article 239 bis AA du Code général des impôts.
Concrètement, une SARL est en principe soumise de plein droit à l'impôt sur les sociétés (IS). La SARL de famille permet de choisir, sans limitation de durée, l'impôt sur le revenu (IR), chaque associé étant alors imposé personnellement sur sa quote-part de bénéfice, dans la catégorie des bénéfices industriels et commerciaux (BIC) pour une activité de restauration ou d'hôtellerie.
Cette faculté est particulièrement intéressante en restauration, car l'activité est par nature commerciale : achat de matières premières, transformation et vente de repas et de boissons. Elle entre donc pleinement dans le champ des activités éligibles, contrairement à d'autres montages qui butent sur la condition d'activité que nous détaillons plus loin.
La condition centrale tient à la composition du capital. Tous les associés doivent être unis par des liens familiaux limitativement énumérés par l'article 239 bis AA du CGI. Sont admis :
La société peut réunir plusieurs de ces catégories, à condition que chaque associé soit relié à la cellule familiale. Un père, sa fille et le conjoint de celle-ci peuvent ainsi être associés ensemble. En revanche, un oncle et son neveu, ou deux cousins, ne remplissent pas la condition : ce ne sont ni des parents en ligne directe, ni des frères ou sœurs, ni des conjoints ou pacsés.
Trois autres conditions doivent être réunies :
L'option se formalise par une notification adressée au service des impôts des entreprises, signée par l'ensemble des associés. Il est prudent de la sécuriser au moment de la constitution ou en début d'exercice.
FINAUDEC vérifie en amont l'éligibilité de la structure familiale, rédige la notification d'option et sécurise la date de prise d'effet, afin d'éviter tout risque de requalification par l'administration fiscale.
La différence fondamentale porte sur le redevable de l'impôt sur le bénéfice.
À l'IS, c'est la société qui paie l'impôt sur son résultat, au taux réduit de 15 % jusqu'à 42 500 euros de bénéfice (sous conditions de chiffre d'affaires et de détention du capital) puis au taux normal de 25 % au-delà. Les associés ne sont imposés que lorsqu'ils se versent des dividendes ou une rémunération.
À l'IR (SARL de famille ayant opté), la société ne paie pas d'impôt sur son bénéfice. Chaque associé est imposé directement sur sa quote-part de résultat, qu'il l'ait ou non prélevée, selon le barème progressif de l'impôt sur le revenu dans la catégorie des BIC.
L'atout majeur de l'option IR est son caractère sans limitation de durée : contrairement à l'option pour l'IR ouverte aux SARL classiques (limitée à 5 exercices), la SARL de famille peut rester à l'IR aussi longtemps que les conditions sont remplies.
À l'IR, la quote-part de déficit revenant à chaque associé s'impute sur son revenu global, c'est-à-dire sur ses autres revenus du foyer (salaires du conjoint, revenus fonciers, etc.), sous réserve que l'associé participe à l'exploitation. C'est un levier décisif en restauration et en hôtellerie, où les 18 à 36 premiers mois sont souvent déficitaires en raison des investissements d'aménagement et de la montée en puissance de la clientèle.
À l'IS, un déficit ne peut être reporté que sur les bénéfices futurs de la société : il ne procure aucune économie d'impôt immédiate au niveau du foyer du dirigeant.
La SARL de famille à l'IR relève du régime des plus-values professionnelles. Une exonération est prévue par l'article 151 septies du CGI en fonction des recettes : exonération totale lorsque la moyenne des recettes des deux derniers exercices n'excède pas 250 000 euros pour une activité de ventes et de fourniture de logement ou de repas, exonération partielle et dégressive jusqu'à 350 000 euros, sous condition d'exercer l'activité depuis au moins 5 ans. Cet avantage peut alléger fortement la fiscalité lors de la revente du fonds ou de la cessation d'activité, notamment pour un petit établissement familial.
C'est l'un des arguments les plus mal compris. Dans une SARL classique à l'IS dont le gérant est majoritaire, la fraction des dividendes qui excède 10 % du capital social, des primes d'émission et des sommes en compte courant d'associé est réintégrée dans l'assiette des cotisations sociales du gérant (article L. 131-6 du Code de la sécurité sociale). Le gérant majoritaire supporte alors des cotisations pouvant représenter de l'ordre de 40 % de charges sur la part excédentaire.
Dans une SARL de famille à l'IR, cette mécanique ne s'applique pas : il n'y a pas de « dividendes » soumis à cet arbitrage. Le bénéfice est imposé au barème de l'IR, et les cotisations sociales du gérant majoritaire sont assises sur sa quote-part de résultat, mais l'entreprise échappe au frottement du double statut rémunération/dividendes qui pénalise le gérant majoritaire à l'IS.
Le régime n'est pas universellement gagnant. Ses principales limites sont les suivantes.
L'exclusion des activités civiles. Seules les activités industrielles, commerciales, artisanales ou agricoles sont éligibles. La restauration et l'hôtellerie le sont, mais une activité civile (par exemple la simple location nue d'un immeuble, la gestion d'un patrimoine immobilier) fait perdre le bénéfice de l'option. Un établissement qui adosserait à son restaurant une activité de location nue significative devrait examiner ce point avec attention.
La sortie automatique du régime. Si une part sociale est cédée à une personne étrangère au cercle familial défini par l'article 239 bis AA (un investisseur extérieur, un salarié associé non parent), la condition n'est plus remplie et la société bascule automatiquement à l'IS. Cette sortie peut entraîner l'imposition immédiate des bénéfices en sursis et des plus-values latentes. L'entrée d'un associé extérieur doit donc être anticipée.
L'imposition du bénéfice même non distribué. À l'IR, chaque associé est imposé sur sa quote-part de bénéfice, qu'il l'ait prélevée ou non. Pour un établissement très rentable dont les associés sont déjà fortement imposés (tranche marginale à 41 % ou 45 %), le maintien à l'IS peut redevenir plus avantageux, car il permet de laisser les bénéfices dans la société au taux de 15 % ou 25 % pour les réinvestir.
FINAUDEC réalise une simulation personnalisée avant toute décision, car l'arbitrage IR/IS dépend du niveau de bénéfice, de la tranche marginale du foyer, du besoin de réinvestissement et du projet patrimonial des associés.
Prenons une SARL exploitant un restaurant traditionnel, détenue à parts égales par deux associés d'une même famille (un parent et son enfant, tous deux exploitants). L'entreprise dégage un bénéfice de 80 000 euros avant impôt et rémunération des dirigeants. Comparons schématiquement les deux régimes.
| Élément | SARL de famille à l'IR | SARL classique à l'IS |
|---|---|---|
| Bénéfice imposable | 80 000 € | 80 000 € |
| Impôt société | 0 € (transparence) | 15 % jusqu'à 42 500 € puis 25 % : soit 6 375 € + 9 375 € = 15 750 € |
| Résultat après IS | 80 000 € | 64 250 € |
| Imposition chez les associés | 40 000 € chacun au barème IR (BIC) | Dividendes ou rémunération imposés en plus |
À l'IS, la société acquitte déjà 15 750 euros d'impôt sur les sociétés. Pour disposer du reliquat, les associés devront se verser des dividendes soumis au prélèvement forfaitaire unique de 30 % (ou au barème), voire, pour un gérant majoritaire, à cotisations sociales sur la part excédant 10 % du capital. La charge cumulée société + associés dépasse alors fréquemment celle de l'IR.
À l'IR, chaque associé déclare 40 000 euros de BIC. Pour un foyer dont ce revenu constitue l'essentiel des ressources, l'imposition reste dans les tranches à 11 % et 30 %, souvent plus légère que le cumul IS + PFU. De plus, si l'établissement avait été déficitaire au démarrage, chaque associé aurait pu imputer sa quote-part de perte sur le revenu global du foyer, avantage totalement absent à l'IS.
L'enseignement est clair : pour un restaurant familial de taille modeste, en phase de lancement ou dont les associés ne sont pas fortement imposés par ailleurs, l'IR est généralement plus favorable. Pour un établissement très rentable dont les associés souhaitent capitaliser les bénéfices dans la société, l'IS reprend l'avantage. Seule une simulation chiffrée permet de trancher.
Le choix entre SARL de famille à l'IR et SARL à l'IS engage la rentabilité du dirigeant pour plusieurs années. FINAUDEC intervient à chaque étape :
La SARL de famille permet à un restaurant ou un hôtel détenu entre parents en ligne directe, frères et sœurs, conjoints ou pacsés d'opter pour l'impôt sur le revenu sans limitation de durée (article 239 bis AA du CGI). Ses atouts sont réels : imputation des déficits de démarrage sur le revenu global du foyer, régime favorable des plus-values professionnelles, et absence du frottement social sur les dividendes qui pénalise le gérant majoritaire à l'IS. Ses limites tiennent à l'exclusion des activités civiles, à la sortie automatique du régime en cas d'entrée d'un associé non familial, et à l'imposition du bénéfice même non distribué.
FINAUDEC accompagne les restaurateurs et hôteliers dans ce choix structurant, de la constitution de la société à sa transmission, en s'appuyant sur une simulation chiffrée et une connaissance fine des spécificités du secteur CHR. Notre objectif : que votre structure serve votre projet familial et votre rentabilité, et non l'inverse.
Oui. La restauration est une activité commerciale, donc éligible à l'option pour l'impôt sur le revenu prévue par l'article 239 bis AA du CGI. Il faut que tous les associés soient parents en ligne directe, frères et sœurs, conjoints ou partenaires de PACS, et que l'option soit prise à l'unanimité.
Elle est illimitée tant que les conditions restent remplies. C'est la différence majeure avec l'option pour l'IR d'une SARL classique, qui est plafonnée à 5 exercices. La SARL de famille peut donc rester à l'IR pendant toute sa vie sociale.
À l'IR, il n'y a pas de dividendes au sens fiscal : le bénéfice est imposé directement chez les associés au barème de l'impôt sur le revenu. On échappe donc au mécanisme qui, à l'IS, soumet à cotisations sociales la part des dividendes du gérant majoritaire excédant 10 % du capital, des primes et du compte courant.
La condition de l'article 239 bis AA n'est plus respectée : la société perd l'option et bascule automatiquement à l'impôt sur les sociétés. Ce basculement peut déclencher l'imposition immédiate des bénéfices en sursis et des plus-values latentes. L'opération doit être anticipée avec votre expert-comptable.
Comparez le prélèvement fiscal entre l'impôt sur les sociétés et l'option pour l'impôt sur le revenu de la SARL de famille, pour votre restaurant.
Renseignez vos coordonnées pour afficher votre résultat. Nos experts peuvent revenir vers vous si vous le souhaitez.
Vos données sont transmises à Finaudec pour le traitement de votre demande.