
Les management fees, ou frais de gestion, constituent un sujet sensible en comptabilité de groupe. Ces prestations facturées par une société mère à ses filiales font l'objet d'une surveillance accrue de l'administration fiscale. Chez Finaudec, nous accompagnons de nombreux groupes parisiens dans la sécurisation de ces flux financiers. Voici tout ce qu'il faut savoir pour comptabiliser vos management fees sans risque.
Les management fees désignent les frais facturés par une société mère (ou holding) à ses filiales pour des services de gestion rendus. Il peut s'agir de prestations administratives, comptables, juridiques, stratégiques, informatiques ou de ressources humaines.
Contrairement aux simples refacturations de frais, les management fees rémunèrent une véritable prestation de service à valeur ajoutée. Cette distinction est capitale : l'administration fiscale vérifie systématiquement que les services facturés sont réels, utiles à la filiale, et correctement valorisés.
Exemple concret : Une holding emploie un directeur financier qui consacre 40% de son temps à superviser les comptes de trois filiales. Elle facture à chacune une quote-part des honoraires correspondant au temps passé, majorée d'une marge pour couvrir les frais de structure et la coordination.
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La filiale enregistre les management fees en charges externes, généralement dans une subdivision du compte 628 "Autres services extérieurs". L'écriture comptable type s'établit ainsi :
Débit :
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Lors du paiement, la filiale solde le compte fournisseur par un crédit du compte banque correspondant.
La société mère comptabilise ces frais en produits de gestion courante, dans un compte de prestations de services (compte 706 ou 708 selon le plan comptable utilisé).
Débit :
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Cette symétrie comptable entre charge et produit est essentielle lors des contrôles fiscaux : toute incohérence entre les écritures de la mère et de la filiale attire immédiatement l'attention.
La convention écrite constitue le socle juridique de votre dispositif. Sans ce document formalisé, vous vous exposez à une remise en cause totale de la déductibilité des frais lors d'un contrôle fiscal.
La description précise des prestations : Listez exhaustivement les services rendus (direction financière, juridique, conseil stratégique, gestion RH, services informatiques). Évitez les formulations vagues comme "assistance générale" qui ne résisteront pas à un contrôle.
Le mode de calcul des honoraires : Précisez la méthode de valorisation : répartition au prorata du chiffre d'affaires, refacturation au coût réel majoré d'une marge, forfait mensuel. La méthode doit être objective, stable dans le temps, et cohérente avec la réalité économique.
La fréquence et les modalités de facturation : Définissez si la facturation est mensuelle, trimestrielle ou annuelle, les délais de paiement, et les modalités de révision éventuelle des tarifs.
La durée et les conditions de résiliation : Comme tout contrat de prestation, la convention doit préciser sa durée (souvent reconduite tacitement) et les conditions de dénonciation.
Exemple concret : Une holding gère la comptabilité de quatre filiales. La convention prévoit une facturation mensuelle calculée ainsi : coût salarial du comptable (5 000 € par mois) + quote-part des charges de structure (1 000 €) = 6 000 €, répartis entre les quatre filiales selon une clé de 30%, 30%, 25% et 15% basée sur le volume d'écritures comptables de chacune.
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La documentation probante constitue votre meilleure protection en cas de contrôle. L'administration fiscale exige des preuves concrètes que les services facturés ont été effectivement rendus et qu'ils profitent réellement à la filiale.
Les feuilles de temps (timesheets) : Détaillez le temps consacré par chaque collaborateur de la société mère aux différentes filiales. Un simple tableau Excel mensuel suffit, à condition qu'il soit cohérent avec les facturations.
Les rapports d'activité : Rédigez mensuellement ou trimestriellement un compte-rendu des actions menées pour chaque filiale (réunions tenues, dossiers traités, conseils fournis).
Les échanges de correspondance : Conservez les emails, comptes-rendus de réunion, notes internes qui matérialisent les prestations effectuées.
Les livrables : Archivez tous les documents produits pour la filiale (tableaux de bord, études, présentations, procédures).
Piège à éviter : Ne facturez jamais de management fees pour des services que la filiale n'utilise pas. Une filiale industrielle ne peut pas supporter des frais de gestion commerciale si elle ne vend rien elle-même et que toute la commercialisation est assurée par une autre entité du groupe.
Le montant facturé doit correspondre au prix qu'accepterait de payer une société indépendante pour des prestations équivalentes. Ce principe, dit de "pleine concurrence" ou "arm's length", constitue la pierre angulaire du droit des prix de transfert.
La méthode du coût majoré (cost plus) : Vous calculez le coût réel des prestations (salaires, charges sociales, quote-part de loyer et frais généraux) et ajoutez une marge raisonnable (généralement entre 5% et 15%). Cette méthode est la plus courante et la mieux acceptée par l'administration.
La méthode du prix comparable : Vous recherchez les tarifs pratiqués sur le marché pour des prestations similaires (cabinets de conseil, experts-comptables, avocats). Cette approche renforce votre argumentaire mais nécessite de disposer d'éléments de comparaison fiables.
La méthode de répartition : Pour des services supports (informatique, RH), vous répartissez les coûts selon des clés objectives (nombre de salariés, chiffre d'affaires, volume de transactions).
Exemple concret : Une holding emploie un juriste à 80 000 € annuels (charges comprises 110 000 €) qui consacre son temps à trois filiales. Elle facture 40 000 € à la filiale A (40% du temps), 30 000 € à la filiale B (30%), et 20 000 € à la filiale C (20%), en conservant 20 000 € en interne. La marge appliquée de 10% (total facturé 99 000 € pour un coût de 90 000 €) couvre les frais de pilotage et reste dans la fourchette acceptable.
Certaines pratiques récurrentes conduisent quasi-systématiquement à des redressements fiscaux. Les connaître vous permet de les éviter.
Facturer des management fees sans prestation effective constitue la faute la plus grave. L'administration requalifie alors ces flux en dividendes déguisés, avec pour conséquence une non-déductibilité totale et une double imposition.
Cas vécu : Une holding facture 100 000 € de "conseil stratégique" à sa filiale, mais ne peut produire aucun document, aucun compte-rendu de réunion, aucune étude. Le contrôleur fiscal a requalifié l'intégralité en distribution de bénéfices, générant un redressement de 33 000 € d'impôt sur les sociétés plus 40% de pénalités.
Facturer des honoraires très supérieurs au coût réel sans justification économique attire l'attention. Une marge de 50% ou plus nécessite une argumentation solide (expertise rare, valeur ajoutée exceptionnelle).
Une convention stipulant simplement "la holding fournit des services de gestion à la filiale" sans autre précision sera automatiquement contestée. La charge de la preuve de la réalité et de l'utilité des prestations pèse sur vous.
Attention à ne pas facturer deux fois les mêmes services. Si la filiale paie déjà un expert-comptable externe pour sa comptabilité, la holding ne peut pas lui facturer en plus des management fees pour "supervision comptable" sans démontrer une valeur ajoutée distincte.
Les management fees sont en principe soumis à la TVA au taux normal de 20%, puisqu'ils constituent des prestations de services entre assujettis.
Pour des prestations entre sociétés françaises, l'application de la TVA est directe. Pour des prestations transfrontalières, les règles d'autoliquidation peuvent s'appliquer : la société mère française facture hors TVA sa filiale européenne, qui autoliquide la TVA dans son pays.
Piège à éviter : Une holding qui facture des management fees à une filiale établie dans un autre pays de l'UE doit vérifier le régime de TVA applicable. Une erreur d'application (facturation avec TVA française alors qu'il fallait facturer HT avec autoliquidation) expose à un redressement des deux côtés de la frontière.
La filiale qui supporte les management fees récupère la TVA si elle réalise elle-même des opérations ouvrant droit à déduction. En revanche, une filiale holding exonérée de TVA (car elle ne fait que détenir des participations) ne peut pas déduire cette TVA, ce qui renchérit le coût réel des prestations.
Un contrôle fiscal portant sur les management fees peut avoir des conséquences considérables pour l'ensemble du groupe.
L'administration peut décider que tout ou partie des management fees ne sont pas déductibles du résultat fiscal de la filiale. Les montants réintégrés dans le bénéfice imposable génèrent un rappel d'impôt sur les sociétés à 25% (ou au taux applicable), majoré d'intérêts de retard (0,20% par mois) et de pénalités pouvant atteindre 40% en cas de manquement délibéré, voire 80% en cas d'abus de droit.
Lorsque les prestations sont jugées fictives ou excessives, l'administration requalifie les management fees en distributions de bénéfices. Cette requalification entraîne une double imposition : la filiale perd la déduction des charges et la société mère est imposée sur des revenus distribués.
Une TVA indûment déduite par la filiale doit être reversée, avec intérêts de retard et pénalités. Inversement, une TVA non collectée par la société mère fait l'objet d'un rappel.
Dans certains cas, l'URSSAF peut requalifier des management fees en rémunération déguisée si elle estime que les sommes rémunèrent en réalité le travail d'un dirigeant. Cette requalification déclenche des cotisations sociales supplémentaires avec majorations.
Exemple concret : Une holding facture 150 000 € annuels de management fees à sa filiale pour "direction générale". Le contrôleur URSSAF constate que le dirigeant de la holding est également président de la filiale et n'y perçoit aucune rémunération. Il requalifie 100 000 € en rémunération, générant 45 000 € de cotisations sociales plus 25% de pénalités.
Un expert-comptable spécialisé apporte une sécurité juridique et fiscale indispensable à plusieurs niveaux.
Votre expert-comptable structure le mécanisme de management fees dès l'origine : identification des prestations facturables, choix de la méthode de valorisation, rédaction de la convention, mise en place des outils de suivi (timesheets, rapports d'activité).
Il vous aide à constituer et conserver le dossier de preuves nécessaire pour chaque exercice : compilation des justificatifs, archivage des rapports, vérification de la cohérence entre prestations effectuées et montants facturés.
Un audit préventif permet d'identifier les faiblesses de votre dispositif avant qu'un contrôle fiscal ne les révèle. Votre expert-comptable examine vos conventions, vos facturations, vos justificatifs et vous alerte sur les points à corriger.
Lors d'un contrôle fiscal, l'expert-comptable constitue votre interlocuteur technique avec l'administration. Il argumente la conformité de vos management fees, produit les justificatifs demandés, et négocie les éventuels points de désaccord.
Les prestations facturées doivent être effectuées par des salariés clairement identifiés de la société mère. Évitez de facturer des management fees si personne dans la holding ne consacre de temps aux filiales.
Une petite filiale de 500 000 € de chiffre d'affaires ne peut pas supporter 100 000 € de management fees sans justification très solide. La proportionnalité est un critère d'appréciation essentiel pour l'administration.
Les situations évoluent : nouvelles prestations, changement d'organisation, croissance des filiales. Mettez à jour vos conventions tous les deux ou trois ans pour qu'elles reflètent la réalité actuelle.
Si vos sociétés ont des commissaires aux comptes, impliquez-les dans la validation de votre dispositif de management fees. Leur attestation renforce considérablement votre position en cas de contestation.
Les management fees doivent être approuvés par les organes sociaux compétents (conseil d'administration, assemblée générale selon les cas). Conservez les procès-verbaux attestant de ces validations.
Chez Finaudec, nous accompagnons des groupes de toutes tailles dans la structuration et la sécurisation de leurs flux de management fees. Notre approche combine rigueur juridique, optimisation fiscale et pragmatisme opérationnel.
Nous rédigeons des conventions sur-mesure adaptées à votre organisation, mettons en place les outils de suivi nécessaires, et vous préparons aux contrôles fiscaux. Notre connaissance approfondie des pratiques de l'administration fiscale parisienne nous permet d'anticiper les points de vigilance et de construire des dispositifs robustes.
Vous souhaitez mettre en place des management fees sécurisés ou auditer votre dispositif existant ? Contactez Finaudec pour un diagnostic de votre situation.
Les management fees sont-ils obligatoirement soumis à TVA ?
Oui, les management fees constituent des prestations de services entre assujettis et sont soumis à la TVA au taux normal de 20% lorsqu'ils sont facturés entre sociétés françaises. La société mère collecte la TVA sur sa facture, et la filiale peut la déduire si elle réalise elle-même des opérations ouvrant droit à déduction. Pour les prestations transfrontalières au sein de l'UE, le mécanisme d'autoliquidation s'applique généralement : la société mère facture hors TVA et la filiale autoliquide la TVA dans son pays.
Peut-on facturer des management fees entre sociétés sœurs ?
Oui, les management fees peuvent être facturés entre toutes sociétés d'un groupe, pas seulement entre holding et filiales. Une filiale peut facturer des prestations de services à une société sœur si elle dispose des compétences nécessaires et rend effectivement les services. Les mêmes exigences s'appliquent : convention écrite, prestations réelles et justifiées, prix de marché, documentation probante. Cette pratique est fréquente lorsqu'une filiale centralise une fonction pour l'ensemble du groupe (informatique, RH, comptabilité).
Quel pourcentage du chiffre d'affaires peut représenter les management fees ?
Il n'existe pas de pourcentage légal maximum, mais l'administration fiscale surveille les ratios excessifs. En pratique, des management fees représentant plus de 5 à 10% du chiffre d'affaires de la filiale attirent l'attention et nécessitent une justification solide. Une jeune filiale en développement peut supporter un ratio plus élevé si elle bénéficie d'un accompagnement intensif. L'essentiel est que le montant soit cohérent avec les prestations effectivement rendues et leur valeur de marché, indépendamment du ratio observé.
Faut-il obligatoirement appliquer une marge sur les coûts refacturés ?
Non, la refacturation au coût strict est acceptable, notamment pour des services purement administratifs ou supports (comptabilité, informatique). Toutefois, l'application d'une marge modérée (5 à 15%) est recommandée car elle reflète mieux la réalité économique : la société mère assume des responsabilités de coordination, supporte un risque, et doit couvrir ses frais de structure. Une marge raisonnable renforce également la crédibilité du dispositif face à l'administration fiscale qui pourrait suspecter une organisation non conforme au principe de pleine concurrence en l'absence totale de marge.
Les management fees sont-ils déductibles si la filiale est déficitaire ?
Oui, les management fees restent déductibles même si la filiale est déficitaire, à condition qu'ils correspondent à des prestations réelles, utiles à l'exploitation, et valorisées au prix de marché. Le déficit de la filiale n'empêche pas la déduction, il est simplement reportable sur les exercices suivants. En revanche, l'administration fiscale examine plus attentivement les management fees facturés à des sociétés structurellement déficitaires, car elle peut suspecter un mécanisme d'optimisation abusif. La documentation des prestations devient alors encore plus importante.
Que risque-t-on en l'absence de convention écrite ?
L'absence de convention formalisée expose à un risque majeur de remise en cause totale de la déductibilité des frais lors d'un contrôle fiscal. Sans document contractuel, l'administration considère que les prestations ne sont pas suffisamment caractérisées et peut requalifier les sommes en dividendes déguisés. Cette requalification entraîne un redressement d'impôt sur les sociétés pour la filiale (perte de la déduction), des pénalités de 40% à 80% selon la gravité du manquement, et une possible double imposition. La convention constitue votre première ligne de défense et son absence fragilise considérablement votre position.
Comment justifier les management fees en cas de contrôle fiscal ?
Pour justifier vos management fees lors d'un contrôle, vous devez présenter quatre éléments essentiels. Premièrement, la convention signée détaillant les prestations et leur mode de calcul. Deuxièmement, les justificatifs d'exécution des prestations : feuilles de temps, rapports d'activité, comptes-rendus de réunions, livrables produits. Troisièmement, une étude ou des éléments démontrant que le prix facturé correspond au prix de marché. Quatrièmement, la cohérence comptable entre les écritures de la société mère et de la filiale. Plus votre dossier est complet et organisé, plus vous êtes en position de force face au contrôleur.
Peut-on modifier rétroactivement une convention de management fees ?
Juridiquement, il est possible de modifier une convention par avenant, mais cette modification ne peut pas produire d'effets rétroactifs sur le plan fiscal. Si vous constatez que votre convention initiale présente des faiblesses, vous pouvez la renégocier pour l'avenir, mais vous ne pourrez pas corriger les exercices passés. En revanche, en cas de contrôle fiscal sur des exercices antérieurs, vous pouvez toujours produire des justificatifs complémentaires (rapports d'activité, preuves de prestations) pour démontrer que les services ont été réellement rendus, même si la convention initiale était imparfaite.