Conseils de gestion

Le portage Qualiopi désigne le montage par lequel un organisme de formation certifié « porte » les actions d'un formateur ou d'un organisme qui ne l'est pas, afin que ces formations puissent être financées par le CPF, un OPCO, France Travail ou une région. Pendant des années, ce montage a permis à des centaines d'indépendants de vendre des formations finançables sans passer par l'audit. Il a aussi nourri des abus, au point que le législateur et le pouvoir réglementaire l'ont progressivement verrouillé.
En 2026, la question n'est plus seulement « est-ce pratique ? », mais « est-ce encore licite, et à quelles conditions ? ». Entre la loi du 19 décembre 2022 contre la fraude au CPF, le décret du 28 décembre 2023 sur la sous-traitance, le plafond de 80 % fixé par arrêté et le nouveau référentiel national qualité applicable au 1er novembre 2026, les règles ont profondément changé. Cet article vous explique le fonctionnement réel du portage, ses avantages, ses risques juridiques, financiers et fiscaux, et vous donne une méthode chiffrée pour décider.
Chez FINAUDEC, cabinet d'expertise comptable qui accompagne de nombreux organismes de formation, nous voyons régulièrement des dirigeants découvrir trop tard que leur contrat de portage ne protégeait ni leur chiffre d'affaires ni leur certification. L'objectif ici est de vous éviter cette situation.
L'article L. 6316-1 du code du travail impose la certification qualité, connue sous la marque Qualiopi, à tout prestataire dont les actions sont financées par un opérateur de compétences, la commission paritaire interprofessionnelle régionale, l'État, les régions, la Caisse des dépôts et consignations, France Travail ou l'Agefiph. Un organisme non certifié ne peut donc pas facturer directement ces financeurs.
Le portage Qualiopi est né de cette contrainte. Un organisme certifié, le porteur, signe la convention ou référence l'action à son nom auprès du financeur. Le formateur ou l'organisme non certifié, le porté, conçoit la formation, trouve souvent lui-même les clients et anime les sessions. Le porteur encaisse le financement, prélève une commission et reverse le solde au porté.
Le terme n'a aucune définition juridique. Juridiquement, le portage est presque toujours une sous-traitance : le porteur est donneur d'ordre, le porté est sous-traitant. Toute la difficulté vient de l'écart entre le droit (le donneur d'ordre est responsable et pilote l'action) et la pratique de certains portages (le porteur ne fait que prêter son numéro de certification et son référencement).
La certification représente un investissement en temps et en argent : formalisation des process, préparation de l'audit initial, audit de surveillance, renouvellement. Pour un formateur qui réalise quelques sessions par an, l'effort paraissait disproportionné. Le portage offrait un accès immédiat aux financements mutualisés et au marché du CPF, ce qui explique son succès.
Un portage se déroule toujours selon la même mécanique, quel que soit le financeur. Comprendre chaque étape permet d'identifier où se situent les responsabilités et les flux d'argent.
Ce dernier point est déterminant pour la trésorerie du porté : il supporte le délai de paiement du financeur, puis celui du porteur. Un décalage de deux à trois mois entre l'animation et l'encaissement n'a rien d'exceptionnel.
Plusieurs montages coexistent et sont souvent confondus dans les offres commerciales. Leur qualification juridique conditionne pourtant les obligations de chacun, en audit comme en cas de contrôle.
| Montage | Qui contracte avec le financeur ? | Qui anime la formation ? | Lecture en 2026 |
|---|---|---|---|
| Portage Qualiopi (au sens courant) | L'organisme certifié « porteur » | L'organisme ou le formateur non certifié « porté », qui conçoit, vend et anime | Montage désormais verrouillé pour le CPF ; risqué partout ailleurs s'il se limite à prêter un numéro |
| Sous-traitance maîtrisée | Le donneur d'ordre certifié | Le sous-traitant, dans le cadre défini par le donneur d'ordre | Licite, encadrée par l'indicateur 27 et, pour le CPF, par les articles L. 6323-9-2 et R. 6333-6-2 |
| Co-traitance | Chaque organisme pour sa part | Chaque organisme pour sa part | Chacun doit alors remplir lui-même les conditions exigées par le financeur |
| Portage salarial | L'organisme certifié | Un formateur salarié d'une société de portage salarial | Expressément visé par l'indicateur 27 : le certifié reste garant de la qualité |
| Certification propre | L'organisme lui-même | L'organisme lui-même | Solution pérenne : indépendance commerciale et accès direct aux financements |
Le portage salarial est un dispositif distinct : le formateur est salarié d'une entreprise de portage salarial et intervient pour le compte de l'organisme certifié. Le nouveau référentiel le cite expressément à côté de la sous-traitance. La co-traitance, elle, suppose que chaque organisme contracte pour sa part : elle ne permet donc pas de contourner l'exigence de certification.
Pour approfondir la répartition des obligations entre donneur d'ordre et sous-traitant, consultez notre guide sur la sous-traitance Qualiopi et les obligations de chaque partie.
Le cadre a été construit par étapes. Le CPF concentre l'essentiel des règles, parce que c'est sur ce marché que les dérives ont été les plus importantes.
La loi n° 2022-1587 du 19 décembre 2022 a créé l'article L. 6323-9-2 du code du travail. Le prestataire référencé peut confier certaines actions à un sous-traitant, par contrat et sous sa responsabilité. Le sous-traitant doit avoir effectué une déclaration d'activité et justifier qu'il respecte les conditions de référencement, dont la détention des certifications et habilitations requises. S'il cesse de les remplir, la Caisse des dépôts peut déréférencer le donneur d'ordre après mise en demeure.
Le décret n° 2023-1350 du 28 décembre 2023 a précisé ces règles aux articles R. 6333-6-2 à R. 6333-6-5. Pour les contrats conclus à compter du 1er avril 2024 :
L'arrêté du 3 janvier 2024 fixe ce plafond à 80 % du chiffre d'affaires réalisé par le prestataire sur Mon Compte Formation, vérifié par année civile. Un organisme qui ne ferait que porter des formateurs extérieurs ne peut donc plus, en principe, fonctionner sur le CPF sans réaliser lui-même au moins 20 % de son activité sur la plateforme.
Le décret prévoit deux cas où le sous-traitant n'a pas à détenir la certification Qualiopi ni les certifications professionnelles ou habilitations du donneur d'ordre :
Ces exemptions ne dispensent ni du contrat écrit, ni de sa transmission, ni de la déclaration d'activité. Elles ne permettent pas non plus à un organisme important de se faire « porter » sur l'intégralité d'une certification professionnelle.
Pour les autres financements visés par l'article L. 6316-1, le code n'impose pas, de manière générale, que le sous-traitant soit lui-même certifié. C'est le titulaire du contrat avec le financeur qui doit l'être. Mais chaque OPCO, région ou France Travail peut fixer des exigences propres dans ses conditions de prise en charge ou ses marchés, et la vérification se déplace vers l'audit Qualiopi du porteur.
Le décret n° 2026-728 du 1er août 2026 remplace le référentiel national qualité. Il conserve les sept critères, passe à 33 indicateurs et entre en vigueur le 1er novembre 2026. Son indicateur 27 vise le prestataire qui fait appel à la sous-traitance ou au portage salarial : il doit s'assurer du respect du référentiel et en assurer la traçabilité dans les contrats de sous-traitance.
Pour préparer la démarche côté certifié, notre article sur la certification Qualiopi, ses étapes, son coût et ses pièges détaille le parcours d'audit.
| Point de contrôle | Formation financée par le CPF | Autres fonds (OPCO, État, régions, France Travail…) |
|---|---|---|
| Certification du titulaire du contrat | Obligatoire (L. 6316-1 et L. 6323-9-1) | Obligatoire (L. 6316-1) |
| Certification du sous-traitant | Mêmes certifications et habilitations que le donneur d'ordre, sauf exemptions de R. 6333-6-3 et R. 6333-6-4 | Pas d'obligation générale posée par le code, mais le financeur peut fixer ses propres exigences |
| Contrat écrit et mentions obligatoires | Oui : missions, contenu, sanction, moyens, modalités, durée, période, prix | Fortement recommandé et attendu en audit (indicateur 27) |
| Sous-traitance en cascade | Interdite | À proscrire : la traçabilité devient impossible |
| Transmission des contrats | À la Caisse des dépôts | Selon les règles du financeur |
| Plafond de sous-traitance | 80 % du chiffre d'affaires réalisé sur la plateforme, apprécié par année civile | Pas de plafond réglementaire général |
| Sanction principale | Mise en demeure puis déréférencement du donneur d'ordre | Refus ou remboursement de prise en charge, non-conformité en audit |
Bien utilisé, le portage garde un intérêt réel, à condition de le considérer comme une solution de transition ou de partenariat, et non comme un contournement.
Pour un groupe de formation, ces partenariats peuvent devenir un levier de croissance, à condition de les piloter comme une activité à part entière, avec ses marges et ses risques. Notre guide sur le pilotage financier d'un groupe d'écoles et de formation montre comment suivre la rentabilité par canal.
Les risques sont asymétriques : le porteur porte le risque réglementaire, le porté porte le risque économique. Dans les deux cas, ils sont souvent sous-estimés.
Le BOFiP admet l'exonération de TVA des prestations de formation professionnelle continue réalisées en sous-traitance, sous réserve de remplir les conditions des articles 202 A à 202 D de l'annexe II au CGI. Pour un organisme de droit privé, la condition centrale est la détention de l'attestation délivrée par l'autorité compétente, liée à sa propre déclaration d'activité. Un porté sans déclaration d'activité doit donc facturer la TVA au porteur, qui ne pourra pas la récupérer s'il est lui-même exonéré : la marge du montage fond d'autant.
Le sujet est détaillé dans notre article sur la TVA de la formation professionnelle, son exonération et le lien avec Qualiopi.
Prenons une formatrice indépendante spécialisée en management d'équipe dans l'hôtellerie-restauration. Elle anime des sessions intra-entreprise de deux jours pour des hôtels et restaurants, financées par l'OPCO de la branche. Elle passe par un porteur certifié qui prélève 20 % du chiffre d'affaires. Les montants ci-dessous sont des hypothèses d'illustration, à remplacer par vos propres devis.
Elle réalise 12 sessions par an, avec 6 stagiaires en moyenne, à 650 € par stagiaire. Son chiffre d'affaires porté atteint 12 × 6 × 650 = 46 800 € par an. La commission de 20 % représente 9 360 € par an, soit 28 080 € sur trois ans, durée d'un cycle de certification.
Retenons, pour l'exemple, 2 500 € d'audits sur le cycle (audit initial, surveillance, renouvellement selon les tarifs de l'organisme certificateur choisi) et 40 heures par an de travail interne de formalisation et de suivi, valorisées à 50 € de l'heure, soit 6 000 € sur trois ans. Le coût complet atteint 8 500 €.
Dans cette hypothèse, la certification propre fait économiser 19 580 € sur trois ans, soit environ 6 500 € par an. Le seuil de bascule est vite atteint : avec une commission de 20 %, il suffit que 20 % du chiffre d'affaires annuel dépasse le coût annuel de la certification (environ 2 833 € ici), soit un chiffre d'affaires porté d'environ 14 200 € par an.
Le portage reste pertinent pour une activité inférieure à ce seuil, pour un démarrage, ou pour des interventions ponctuelles chez un partenaire qui apporte lui-même les clients. Au-delà, il devient un coût de structure permanent, sans constitution d'actif commercial.
Côté porteur, supposons un organisme qui réalise 300 000 € de chiffre d'affaires sur Mon Compte Formation en 2026, dont 270 000 € par des sous-traitants. La part sous-traitée atteint 90 %, alors que le plafond est de 80 %, soit 240 000 €. Le dépassement de 30 000 € l'expose à une mise en demeure puis à une procédure de sanction. Pour revenir dans la norme à volume constant, il doit réaliser lui-même au moins 60 000 € d'actions, ou réduire la part confiée à l'extérieur.
Que vous soyez porteur ou porté, le contrat et la traçabilité font toute la différence entre un partenariat solide et un risque latent.
Le CPF est le terrain le plus encadré depuis le 1er avril 2024.
C'est le critère qui distingue une sous-traitance maîtrisée d'un simple prêt de certificat.
Comparez commission cumulée sur trois ans et coût complet de la certification.
Le portage Qualiopi n'est pas interdit en tant que tel, mais il a perdu son caractère de raccourci. Pour le CPF, le sous-traitant doit en principe être certifié, le contrat doit être écrit et transmis à la Caisse des dépôts, la cascade est interdite et la sous-traitance plafonnée à 80 % du chiffre d'affaires réalisé sur la plateforme. Partout ailleurs, le nouveau référentiel applicable au 1er novembre 2026 impose au porteur de tracer la conformité dans ses contrats.
Pour le porté, la question est avant tout économique : au-delà d'un certain volume, la commission dépasse le coût d'une certification propre. Pour le porteur, elle est réglementaire : chaque action portée engage sa certification et son référencement.
Vous souhaitez chiffrer votre seuil de bascule, sécuriser vos contrats de sous-traitance ou fiabiliser la comptabilité de votre organisme de formation ? Découvrez notre accompagnement en expertise comptable pour les organismes de formation avec l'équipe FINAUDEC.
Aucun texte n'interdit le mot, mais le montage est verrouillé. Pour le CPF, depuis le 1er avril 2024, le sous-traitant doit détenir les mêmes certifications et habilitations que l'organisme référencé, sauf exemptions limitées, et la part sous-traitée est plafonnée à 80 % du chiffre d'affaires réalisé sur la plateforme. Hors CPF, la sous-traitance reste possible, à condition que le donneur d'ordre pilote réellement l'action et trace la conformité au référentiel.
Oui, dans deux cas prévus par le code du travail. Le micro-entrepreneur dont le chiffre d'affaires reste sous le seuil de l'article 50-0 du CGI est dispensé de certification (R. 6333-6-3). Un autre sous-traitant l'est aussi s'il n'intervient que sur une partie de l'action, sans couvrir un bloc de compétences complet (R. 6333-6-4). Le contrat doit être écrit et transmis à la Caisse des dépôts.
L'organisme qui contracte avec le financeur. Pour le CPF, l'article L. 6323-9-2 prévoit que la sous-traitance s'exerce sous sa responsabilité, et la Caisse des dépôts peut le déréférencer si son sous-traitant ne remplit plus les conditions. En audit Qualiopi, c'est aussi lui qui répond de l'indicateur 27. Le porté supporte de son côté le risque commercial : impayés, rupture du contrat, perte de la relation client.
Il n'existe pas de tarif réglementé. Les porteurs facturent le plus souvent une commission en pourcentage du chiffre d'affaires porté, parfois complétée de frais fixes de dossier. Avant de signer, calculez la commission cumulée sur deux ou trois ans et comparez-la au coût complet d'une certification propre, temps interne compris. Au-delà de quelques dizaines de milliers d'euros d'activité annuelle, la certification devient souvent plus rentable.