Entrepreneuriat & croissance

Pour ouvrir un restaurant, faut-il un diplôme ? La réponse courte est non : aucun CAP, BTS ou titre d'école hôtelière n'est exigé pour créer et exploiter un restaurant en France. Mais cette liberté a des limites très concrètes. Dès qu'une assiette sort de votre cuisine, une formation en hygiène alimentaire devient obligatoire, et dès que vous servez un verre de vin, il vous faut une licence et un permis d'exploitation.
Ces obligations conditionnent la date d'ouverture, le budget de lancement et parfois même la viabilité du projet : un local acheté sans avoir anticipé la licence adaptée, ou une déclaration déposée trop tard en mairie, peuvent décaler l'ouverture de plusieurs semaines, avec des loyers qui courent. Vous trouverez ici la liste exacte des formations obligatoires, les dispenses possibles, le choix de la licence, un calendrier type et un cas pratique chiffré.
Chez FINAUDEC, cabinet d'expertise comptable spécialisé en hôtellerie et restauration à Paris, nous accompagnons chaque année des créateurs et repreneurs de restaurants. Les questions de diplôme et de licence arrivent presque toujours au moment du business plan du restaurant : c'est le bon moment pour les traiter.
Le droit français distingue les activités réglementées, pour lesquelles une qualification professionnelle est exigée, et les activités libres. La restauration fait partie de la seconde catégorie. Concrètement, aucune autorité ne vous demandera de diplôme au moment de l'immatriculation de votre entreprise, de la signature du bail commercial ou de la déclaration de licence.
La comparaison avec les métiers de bouche est éclairante. La liste des activités artisanales réglementées publiée sur Service Public Entreprendre vise la préparation ou la fabrication de produits frais de boulangerie, pâtisserie, boucherie, charcuterie et poissonnerie, ainsi que les glaces alimentaires artisanales. Pour ces métiers, il faut justifier d'un CAP ou BEP, d'un titre de niveau équivalent inscrit au RNCP, ou de trois ans d'expérience professionnelle. La restauration commerciale n'y figure pas.
| Exigence | Obligatoire ? | Qui est concerné | Durée / validité |
|---|---|---|---|
| Diplôme de cuisine ou d'hôtellerie | Non | Aucune exigence légale pour l'exploitant d'un restaurant | — |
| Formation spécifique en hygiène alimentaire | Oui (restauration commerciale) | Au moins une personne de l'établissement | 14 heures minimum, sans renouvellement |
| Formation HACCP du personnel | Oui | Toute personne qui manipule des denrées | Pas de durée imposée |
| Permis d'exploitation | Oui si vous servez de l'alcool sur place | La personne qui déclare la licence | 20 heures minimum, valable 10 ans |
| Licence (petite licence restaurant ou licence restaurant) | Oui pour servir de l'alcool | L'établissement | Durée indéterminée |
| Déclaration sanitaire DDPP / DDETSPP | Oui si denrées d'origine animale | L'établissement | Avant l'ouverture |
| Immatriculation de l'entreprise | Oui | L'entreprise (individuelle ou société) | Avant le démarrage |
En application de l'article L233-4 du Code rural et de la pêche maritime et ses articles d'application D233-11 à D233-13, les établissements de restauration commerciale doivent compter dans leur effectif au moins une personne ayant suivi une formation spécifique en hygiène alimentaire. Le cahier des charges de cette formation a été actualisé par un arrêté du 12 février 2024. Les détails pratiques sont rappelés sur la fiche règles d'hygiène dans la restauration de Service Public Entreprendre.
L'obligation vise la restauration traditionnelle, les cafétérias et libres-services, ainsi que la restauration rapide et la vente à emporter, y compris les food-trucks et les stands sur les marchés. Elle ne s'applique pas, notamment, à l'hôtel qui ne sert que des petits-déjeuners, aux traiteurs, aux métiers de bouche qui vendent des plats cuisinés ou des sandwiches, ni aux tables d'hôtes qui remplissent l'ensemble des conditions prévues (un seul menu, cuisine du terroir, service à la table familiale, capacité limitée à celle de l'hébergement).
Un seul salarié formé suffit pour que l'établissement soit en règle. Dans la pratique, nous recommandons que ce soit l'exploitant lui-même ou le chef de cuisine, car la personne formée doit pouvoir mettre en place et faire respecter le plan d'hygiène au quotidien. Si votre unique personne formée quitte l'entreprise, l'établissement n'est plus conforme : prévoyez un binôme.
La formation dure 14 heures minimum, généralement sur deux jours, avec au moins 2 heures en présentiel pour chaque séquence de 7 heures. Elle n'a pas de date de validité et n'a pas à être renouvelée. Selon Service Public Entreprendre, son coût se situe le plus souvent entre 200 € et 500 €. Les organismes doivent être enregistrés auprès du ministère chargé de l'agriculture : les listes régionales sont consultables auprès des DRAAF.
C'est ici que le diplôme retrouve une utilité concrète. La plupart des diplômes du secteur de la cuisine et de la restauration intègrent la formation en hygiène alimentaire : leur titulaire est donc réputé formé. La liste précise des diplômes et titres concernés est fixée par arrêté et publiée sur Légifrance.
Deuxième voie de dispense : justifier d'au moins trois ans d'expérience dans le secteur alimentaire en tant que gestionnaire ou exploitant. Un ancien gérant de brasserie qui ouvre son propre établissement n'a donc pas à repasser la formation, à condition de pouvoir prouver cette expérience (extraits Kbis, contrats, bulletins de paie). Conservez ces justificatifs dans le classeur réglementaire de l'établissement.
Le « paquet hygiène » européen (règlement CE n° 852/2004) impose une formation à l'hygiène pour toute personne qui manipule des denrées : commis, plongeurs, serveurs qui dressent des assiettes. Cette formation n'a ni durée ni contenu imposés et peut être assurée en interne, idéalement en s'appuyant sur un guide de bonnes pratiques d'hygiène validé. Elle s'ajoute à la formation spécifique de 14 heures et ne la remplace pas.
Le permis d'exploitation, prévu par l'article L3332-1-1 du Code de la santé publique, est la deuxième formation obligatoire du restaurateur. Il est exigé de la personne qui déclare l'ouverture, la mutation ou la translation d'un établissement vendant de l'alcool à consommer sur place, et la fiche licences de débits de boissons de Service Public Entreprendre précise que cela vaut aussi pour les restaurants titulaires d'une petite licence restaurant ou d'une licence restaurant.
La formation initiale dure au moins 20 heures, réparties sur au moins trois jours, en présentiel ou en visioconférence selon l'organisme. Elle est dispensée par des organismes agréés et couvre la réglementation des débits de boissons, la prévention de l'alcoolisme, la protection des mineurs, la répression de l'ivresse publique, la législation sur les stupéfiants, la responsabilité civile et pénale de l'exploitant, ainsi que la lutte contre le bruit et les discriminations.
Le permis n'est délivré que si le stagiaire a suivi la formation dans son intégralité. Une absence d'une demi-journée peut donc vous obliger à recommencer une session complète : bloquez ces trois jours dans votre agenda bien avant l'ouverture. Le coût peut atteindre environ 1 000 € selon l'organisme et la région.
Le permis d'exploitation est valable 10 ans. Son renouvellement passe par une formation de mise à jour d'au moins 6 heures (article R3332-7 du Code de la santé publique). C'est un point souvent oublié lors des reprises : le cédant détient un permis, mais c'est le repreneur qui devra présenter le sien pour la déclaration de mutation de la licence. Si vous reprenez un fonds existant, notre guide pour reprendre un restaurant détaille le calendrier à respecter.
La licence est attachée à l'établissement, pas à la personne. Elle détermine les boissons que vous pouvez servir et dans quelles conditions. Pour un restaurant, la règle essentielle est simple : si l'alcool n'est servi qu'à l'occasion des repas et comme accessoire de la nourriture, vous n'avez besoin ni d'une licence III ni d'une licence IV.
| Licence | Boissons autorisées | Mode de vente | Point clé |
|---|---|---|---|
| Aucune licence | Groupe 1 (boissons sans alcool, moins de 1,2°) | Sur place et à emporter | Vente libre |
| Petite licence restaurant | Groupe 3 (18° maximum : vin, bière, cidre…) | Sur place, à l'occasion des repas | Suffit pour un restaurant qui ne sert que vin et bière |
| Licence restaurant | Groupes 3, 4 et 5 (y compris alcools de plus de 18°) | Sur place, à l'occasion des repas | Alternative à la licence IV pour un restaurant |
| Licence III | Groupe 3 | Sur place, sans repas | Soumise au quota d'un débit pour 450 habitants |
| Licence IV | Groupes 4 et 5 | Sur place, sans repas | Création interdite : rachat d'une licence existante uniquement |
| Petite licence / licence à emporter | Groupe 3 / groupes 4 et 5 | À emporter | Permis spécifique pour la vente de nuit (22 h à 8 h) |
La situation change si vous souhaitez un vrai service de bar, avec des clients qui viennent boire un verre sans manger. Il faut alors une licence III ou une licence IV. Or la création de licence IV est interdite : vous ne pouvez l'obtenir qu'en rachetant une licence existante, ce qui représente un investissement significatif à intégrer au plan de financement. Les licences III sont, elles, limitées par un quota d'un débit pour 450 habitants dans la commune (licences III et IV confondues), avec des règles assouplies dans les communes touristiques.
Le choix de la licence a donc un impact direct sur votre chiffre d'affaires boissons, votre valeur de fonds et votre trésorerie de départ. Nous avons consacré un dossier complet à la grande licence restaurant pour vous aider à arbitrer entre licence restaurant et licence IV.
Business plan, choix du local, du statut et de la licence visée.
Réserver le permis d'exploitation (3 jours minimum) et la formation hygiène (14 h).
Immatriculation sur le guichet unique, travaux, conformité ERP et accessibilité.
Déclaration de licence en mairie (Cerfa 11542) au plus tard 15 jours avant, déclaration DDPP.
Récépissé de licence, affichages obligatoires, formation HACCP de l'équipe, Sacem.
Le choix de la structure juridique intervient très en amont de ce calendrier : SARL, SAS, entreprise individuelle ou SARL de famille n'ont pas les mêmes conséquences sur votre protection sociale et votre fiscalité. Notre comparateur de statuts juridiques vous aide à poser les bases avant l'immatriculation.
Si aucun diplôme n'est obligatoire, beaucoup de créateurs se posent la question inverse : quel diplôme pour ouvrir un restaurant dans de bonnes conditions ? Tout dépend du rôle que vous comptez tenir. Un exploitant qui cuisine lui-même n'a pas les mêmes besoins qu'un investisseur qui recrute un chef et se concentre sur la gestion.
Le CAP cuisine reste la porte d'entrée classique pour maîtriser les techniques de base, l'organisation d'une brigade et les règles d'hygiène. Les baccalauréats professionnels et BTS du secteur hôtellerie-restauration ajoutent une dimension management et gestion. Ces formations, souvent accessibles en alternance ou en reconversion, présentent un double avantage : elles dispensent en principe de la formation hygiène de 14 heures et rassurent les partenaires financiers.
Les banques et les bailleurs n'exigent pas de diplôme, mais ils analysent la cohérence entre le porteur de projet et le concept. Un dossier de prêt présenté par un créateur sans expérience en restauration sera examiné plus sévèrement : la banque cherchera une compensation (apport plus élevé, associé expérimenté, chef salarié identifié, accompagnement par un expert-comptable). Le diplôme est donc moins une obligation qu'un argument de financement.
Claire, 38 ans, quitte un poste de responsable commerciale pour ouvrir le « Bistrot des Ternes », un restaurant de 40 couverts dans le 17e arrondissement de Paris. Elle n'a aucun diplôme de restauration. Elle s'associe avec Karim, chef de cuisine titulaire d'un CAP cuisine, qui sera salarié de la société. Le concept prévoit une carte des vins, quelques bières artisanales et une sélection de digestifs : il faudra donc une licence restaurant, puisque les digestifs dépassent 18°.
Claire présidera la société et déposera la déclaration de licence : c'est elle qui doit détenir le permis d'exploitation. Pour l'hygiène, Karim est dispensé grâce à son CAP cuisine. Un seul salarié formé suffirait légalement, mais Claire décide de suivre aussi la formation de 14 heures pour ne pas dépendre d'une seule personne : si Karim quitte l'entreprise, l'établissement resterait conforme.
Claire obtient deux devis cohérents avec les fourchettes publiées par Service Public Entreprendre : 850 € pour le permis d'exploitation et 380 € pour la formation hygiène. La formation HACCP des deux commis est assurée en interne par Karim, sur la base d'un guide de bonnes pratiques d'hygiène.
| Poste | Hypothèse | Montant |
|---|---|---|
| Permis d'exploitation de Claire (20 h sur 3 jours) | Devis d'un organisme agréé | 850 € |
| Formation hygiène de Claire (14 h sur 2 jours) | Devis d'un organisme enregistré | 380 € |
| Formation hygiène de Karim, chef titulaire d'un CAP cuisine | Dispense : formation incluse dans le diplôme | 0 € |
| Formation HACCP interne des 2 commis | Assurée par Karim avec le guide de bonnes pratiques | 0 € (temps de travail) |
| Total décaissé | 1 230 € | |
| Renouvellement du permis dans 10 ans (6 h) | À provisionner dans le plan pluriannuel | Selon devis |
Le calcul est simple : 850 € + 380 € + 0 € + 0 € = 1 230 € décaissés. Rapporté à un budget global de création qui se compte en dizaines voire centaines de milliers d'euros, ce poste paraît marginal. Mais il faut y ajouter un coût caché : cinq jours de formation pour Claire (trois pour le permis, deux pour l'hygiène), à un moment où elle suit aussi les travaux, le recrutement et les négociations fournisseurs.
L'ouverture est prévue le 1er mars. La déclaration de licence doit être déposée au plus tard 15 jours avant, soit vers le 14 février, avec le permis en main. Claire réserve donc sa session de permis d'exploitation début janvier, pour garder une marge en cas d'annulation de session ou d'absence imprévue. La formation hygiène est programmée fin janvier. Ce rétroplanning évite le scénario classique d'un local prêt, d'une équipe embauchée et d'une ouverture retardée faute de récépissé.
Le diplôme de votre chef peut couvrir l'obligation de formation en hygiène, mais il ne couvre jamais le permis d'exploitation, qui doit être détenu par la personne qui déclare la licence. Si vous êtes l'exploitant, c'est à vous de le suivre, même si vous ne servez jamais au bar.
Vendre ou offrir de l'alcool à un mineur expose à 7 500 € d'amende et à une interdiction d'exploiter la licence pendant un an, selon la fiche réglementation dans un bar ou un restaurant. L'absence d'affichage de l'origine des viandes est sanctionnée par une amende de 1 500 € pour une personne physique et de 7 500 € pour une personne morale.
Former l'équipe à l'hygiène prend du temps de travail rémunéré, et les règles de la convention collective des hôtels, cafés, restaurants s'appliquent dès la première embauche. Notre article sur la convention collective HCR détaille les spécificités de paie à intégrer dans votre prévisionnel.
Pour ouvrir un restaurant, aucun diplôme n'est exigé. Deux formations courtes encadrent en revanche l'accès au métier : la formation en hygiène alimentaire de 14 heures, dont un diplôme du secteur ou trois ans d'expérience comme exploitant peuvent dispenser, et le permis d'exploitation de 20 heures dès que vous servez de l'alcool sur place. S'y ajoutent le choix de la bonne licence, la déclaration en mairie au moins 15 jours avant l'ouverture et la déclaration sanitaire.
Ces obligations pèsent peu dans le budget, mais beaucoup dans le calendrier et dans la crédibilité de votre dossier de financement. Pour bâtir un prévisionnel solide, choisir votre structure et sécuriser chaque étape de l'ouverture, découvrez notre accompagnement en expertise comptable dédiée aux restaurateurs chez FINAUDEC.
Non. Aucun texte n'impose de diplôme pour exploiter un restaurant, quelle que soit la forme de l'entreprise. En revanche, au moins une personne de l'établissement doit avoir suivi la formation spécifique en hygiène alimentaire de 14 heures, et le permis d'exploitation (20 heures) est obligatoire dès que vous servez de l'alcool sur place. Un diplôme de cuisine reste un atout pour la crédibilité du projet auprès des banques.
La plupart des diplômes et titres du secteur de la cuisine et de la restauration intègrent la formation en hygiène alimentaire, ce qui dispense leur titulaire de la suivre à nouveau. La liste précise est fixée par arrêté et consultable sur Légifrance. Vous êtes également dispensé si vous justifiez d'au moins trois ans d'expérience dans le secteur alimentaire en tant que gestionnaire ou exploitant.
Oui, dès lors que le restaurant sert des boissons alcoolisées à consommer sur place, y compris avec une petite licence restaurant ou une licence restaurant. La formation dure au moins 20 heures réparties sur trois jours minimum, auprès d'un organisme agréé. Le permis est valable 10 ans et se renouvelle par une formation d'au moins 6 heures.
Selon Service Public Entreprendre, la formation en hygiène alimentaire coûte généralement entre 200 € et 500 €, et le permis d'exploitation peut aller jusqu'à environ 1 000 € selon l'organisme et la région. Comptez donc un budget global de l'ordre de quelques centaines d'euros à 1 500 € pour l'exploitant, auquel s'ajoute le temps passé en formation.