Conseils de gestion

Les seuils commissaire aux comptes déterminent, chaque année à la clôture, si votre société doit faire certifier ses comptes par un professionnel indépendant. Depuis le relèvement intervenu en 2024, une société commerciale n'y est tenue que si elle dépasse deux des trois critères suivants : 5 millions d'euros de total de bilan, 10 millions d'euros de chiffre d'affaires hors taxes et 50 salariés en moyenne. Mais la règle se complique dès que la société appartient à un groupe, détient des filiales, ou que des associés minoritaires réclament un contrôle.
Un dirigeant de PME qui se trompe dans ce calcul s'expose à deux risques opposés : supporter une mission d'audit dont il n'avait pas besoin, ou, plus grave, omettre une nomination obligatoire, ce qui l'expose à une sanction pénale et fragilise les décisions de l'assemblée. Ce guide vous donne les seuils exacts en vigueur en 2026, la méthode de calcul, un cas pratique chiffré sur un groupe de restaurants et une checklist pour décider sereinement.
Chez FINAUDEC, cabinet d'expertise comptable et de commissariat aux comptes installé à Paris 17e, nous accompagnons des PME et des ETI de l'hôtellerie, de la restauration, de la boulangerie et de la formation dans ce diagnostic : beaucoup découvrent qu'un rachat de fonds, l'ouverture d'un second établissement ou la création d'une holding suffit à basculer dans l'obligation.
Pour les sociétés commerciales, les seuils sont fixés à l'article D. 221-5 du Code de commerce, auquel renvoient les textes propres à chaque forme sociale. Le décret n° 2024-152 du 28 février 2024 les a relevés pour tenir compte de l'inflation, en transposant une directive déléguée européenne : le total de bilan est passé de 4 à 5 millions d'euros et le chiffre d'affaires hors taxes de 8 à 10 millions d'euros. Le critère d'effectif, lui, reste fixé à 50 salariés.
Ces seuils s'appliquent aux comptes et rapports des exercices ouverts à compter du 1er janvier 2024. Ils concernent aujourd'hui de manière uniforme la SAS, la SARL, l'EURL, la SA, la SCA, la SNC et la SCS, comme le rappelle la fiche officielle « La désignation d'un commissaire aux comptes est-elle obligatoire ? » de Service-Public.
Il ne suffit pas de franchir un seul seuil. Une société qui réalise 14 millions d'euros de chiffre d'affaires avec 40 salariés et 4 millions d'euros de bilan n'est pas tenue de nommer un commissaire aux comptes : elle ne dépasse qu'un critère. À l'inverse, un hôtel qui emploie 58 salariés et affiche 6,2 millions d'euros de bilan doit en désigner un, même avec un chiffre d'affaires de 9,5 millions d'euros, inférieur au seuil.
Le dépassement s'apprécie à la clôture d'un exercice. Un seul exercice au-dessus des seuils suffit à déclencher l'obligation : il n'existe pas, pour la nomination, de délai de deux exercices consécutifs. La règle des deux exercices joue en revanche à la sortie, comme nous le verrons plus loin.
| Situation | Total du bilan | Chiffre d'affaires | Salariés | Règle |
|---|---|---|---|---|
| SAS, SARL, EURL, SA, SCA, SNC, SCS (société seule) | 5 000 000 € | 10 000 000 € HT | 50 | 2 seuils sur 3 dépassés à la clôture |
| Tête de petit groupe (montants cumulés avec les sociétés contrôlées) | 5 000 000 € | 10 000 000 € HT | 50 | 2 seuils sur 3 sur l'ensemble |
| Société contrôlée par une tête de groupe soumise | 2 500 000 € | 5 000 000 € HT | 25 | 2 seuils sur 3 pour la société elle-même |
| Société civile ayant une activité économique | 1 550 000 € | 3 100 000 € | 50 | 2 seuils sur 3 |
| Organisme de formation privé | 230 000 € | 153 000 € | 3 | 2 seuils sur 3 |
| Entité d'intérêt public | — | — | — | Toujours obligatoire |
| Entité tenue de publier des comptes consolidés | — | — | — | Toujours obligatoire, au moins 2 commissaires |
Les trois critères se lisent dans vos comptes annuels, mais chacun obéit à une définition précise. Les modalités de calcul sont celles de l'article D. 123-200 du Code de commerce, qui sert de référence pour la taille des entreprises.
Le total du bilan correspond à la somme des montants nets des éléments d'actif, c'est-à-dire après amortissements et dépréciations. Dans l'hôtellerie, où les murs, les travaux de rénovation et le fonds de commerce pèsent lourd, ce critère est souvent le premier franchi. Une acquisition financée par emprunt peut ainsi faire bondir le bilan d'un exercice à l'autre sans que le chiffre d'affaires ait évolué.
Le montant net du chiffre d'affaires est égal aux ventes de produits et services liés à l'activité courante, après déduction des réductions sur ventes, de la TVA et des taxes assimilées. Les produits financiers et exceptionnels n'y entrent pas. Pour un restaurant, une prise en compte des encaissements TTC ou des pourboires reversés au personnel fausserait le test.
L'effectif est un effectif moyen, calculé selon les règles du Code de la sécurité sociale (article L. 130-1), et non le nombre de personnes présentes au jour de la clôture. Ces règles de décompte ne se résument pas à un comptage des personnes inscrites au registre du personnel. Dans la restauration, où les extras et les saisonniers sont nombreux, ce calcul mérite une vérification attentive avec votre gestionnaire de paie.
Lorsque l'exercice ne correspond pas à l'année civile, l'effectif est apprécié sur le dernier exercice comptable.
C'est la principale source d'erreurs. Depuis la loi PACTE, le raisonnement ne se fait plus seulement société par société : la loi vise aussi les petits groupes. L'article L. 821-43 du Code de commerce impose deux tests distincts, l'un pour la société qui contrôle, l'autre pour les sociétés contrôlées.
Une personne ou une entité qui contrôle une ou plusieurs sociétés, au sens de l'article L. 233-3 du Code de commerce, doit désigner au moins un commissaire aux comptes lorsque l'ensemble qu'elle forme avec ses sociétés contrôlées dépasse deux des trois seuils de 5 M€ de bilan, 10 M€ de chiffre d'affaires et 50 salariés. Le total des bilans, les chiffres d'affaires et les effectifs sont simplement additionnés.
Concrètement, une holding qui n'emploie que deux personnes peut être tenue de nommer un commissaire aux comptes parce que ses trois restaurants, pris ensemble, dépassent les seuils. Une exception existe : l'obligation ne joue pas si la société de tête est elle-même contrôlée par une entité qui a déjà désigné un commissaire aux comptes.
Les sociétés contrôlées, directement ou indirectement, par une tête de groupe soumise à l'obligation doivent à leur tour nommer un commissaire aux comptes si elles dépassent, individuellement, deux des trois seuils fixés par l'article D. 821-172 du Code de commerce : 2,5 M€ de total de bilan, 5 M€ de chiffre d'affaires hors taxes et 25 salariés. Un même commissaire aux comptes peut être désigné pour la tête de groupe et pour ses filiales.
Ce dispositif est distinct de l'obligation d'établir des comptes consolidés, qui obéit à ses propres seuils et entraîne la nomination d'au moins deux commissaires aux comptes. Pour faire le point sur ce second niveau d'obligation, consultez notre article sur les seuils d'établissement des comptes consolidés.
Prenons un restaurateur parisien qui détient, via une holding H, 100 % de trois SAS exploitant chacune un restaurant. Aucune société, prise isolément, n'approche les seuils de 5 M€ / 10 M€ / 50 salariés. Le dirigeant pense donc, à tort, qu'aucun commissaire aux comptes n'est requis. Voici les chiffres à la clôture du 31 décembre.
| Entité | Total du bilan | CA HT | Salariés | Seuils filiale dépassés (2,5 M€ / 5 M€ / 25) |
|---|---|---|---|---|
| Holding H | 1 200 000 € | 300 000 € | 2 | — |
| Restaurant A (SAS) | 1 900 000 € | 3 800 000 € | 32 | 1 sur 3 (effectif) : pas d'obligation propre |
| Restaurant B (SAS) | 1 600 000 € | 2 900 000 € | 24 | 0 sur 3 |
| Restaurant C (SAS) | 1 100 000 € | 2 100 000 € | 18 | 0 sur 3 |
| Ensemble cumulé | 5 800 000 € | 9 100 000 € | 76 | Bilan et effectif dépassés (2 sur 3) : la holding doit nommer un commissaire |
Étape 1 : additionner les trois critères. Le total des bilans atteint 1,2 + 1,9 + 1,6 + 1,1 = 5,8 M€, au-dessus du seuil de 5 M€. Le chiffre d'affaires cumulé s'élève à 0,3 + 3,8 + 2,9 + 2,1 = 9,1 M€, sous le seuil de 10 M€. L'effectif cumulé est de 2 + 32 + 24 + 18 = 76 salariés, au-dessus de 50.
Étape 2 : conclure pour la holding. Deux critères sur trois sont dépassés (bilan et effectif). La holding H doit donc désigner un commissaire aux comptes, lors de l'assemblée qui approuve les comptes de l'exercice clos.
Étape 3 : tester chaque société contrôlée. Le restaurant A dépasse le seuil de 25 salariés, mais ni celui de 2,5 M€ de bilan ni celui de 5 M€ de chiffre d'affaires : un seul critère, pas d'obligation propre. Les restaurants B et C ne dépassent aucun seuil.
Étape 4 : anticiper. Supposons que le restaurant A, après une extension de terrasse, atteigne 5,2 M€ de chiffre d'affaires l'année suivante. Il dépassera alors deux critères (chiffre d'affaires et effectif) et devra à son tour nommer un commissaire aux comptes. Le même professionnel pourra intervenir pour la holding et pour la filiale, ce qui limite les coûts de coordination.
Ce type de structure est fréquent chez les exploitants multi-établissements. Pour aller plus loin sur la lecture financière d'un groupe, voyez notre analyse des groupes hôteliers multi-établissements et de leur rentabilité consolidée.
Le dépassement des seuils n'impose pas de commissaire aux comptes pour l'exercice au cours duquel il intervient : l'obligation court à partir de l'exercice suivant. En pratique, vous constatez le dépassement à la clôture de l'exercice N, et les associés désignent le commissaire aux comptes lors de l'assemblée qui approuve les comptes de cet exercice N. Son premier exercice certifié est alors l'exercice N+1.
Attendre l'assemblée pour chercher un professionnel est une erreur : le commissaire aux comptes doit vérifier son indépendance, accepter la mission et, idéalement, intervenir dès le début de l'exercice N+1 pour observer l'inventaire et comprendre vos processus. Prévoyez la consultation dès la clôture.
Clôture de l'exercice N : vous constatez le dépassement de 2 seuils sur 3.
Consultation de commissaires aux comptes, vérification d'indépendance, lettre de mission, projet de résolution.
Les associés désignent le commissaire aux comptes ; formalités de publicité de la nomination.
Premier exercice certifié : intervention intérimaire en cours d'année, puis audit final après la clôture.
Fin du mandat de six exercices : renouvellement, ou non-renouvellement si les seuils n'ont pas été dépassés lors des deux exercices précédant l'expiration.
Dans la SARL, la SNC et la SA, la désignation relève de l'assemblée générale ordinaire, sur proposition du conseil d'administration ou de surveillance dans la SA. Dans l'EURL, l'associé unique décide. Dans la SAS, c'est une décision collective des associés, sur proposition du président ou de l'organe de direction prévu par les statuts. Le commissaire aux comptes notifie ensuite sa nomination à sa compagnie régionale dans les huit jours.
Le principe est un mandat de six exercices, qui expire à l'issue de l'assemblée statuant sur les comptes du sixième exercice. Le mandat est renouvelable. Un commissaire aux comptes nommé en remplacement d'un autre ne reste en fonction que jusqu'au terme du mandat de son prédécesseur.
Par dérogation, l'article L. 821-46 du Code de commerce permet à la société de limiter le mandat à trois exercices lorsque la désignation est volontaire ou qu'elle résulte des règles applicables aux groupes (tête de groupe ou société contrôlée). Le commissaire aux comptes remet alors aux dirigeants, en plus de son rapport de certification, un rapport identifiant les risques financiers, comptables et de gestion de la société. La mission suit une norme d'exercice professionnel dédiée (NEP 911), allégée par rapport à l'audit complet.
Ce format convient bien aux holdings de PME et aux filiales d'un petit groupe, qui y trouvent un coût maîtrisé et un regard extérieur utile pour la gestion. Pour comprendre ce que contient chacun des rapports remis, notre article sur la différence entre expert-comptable et commissaire aux comptes détaille le rôle de chacun.
Repasser sous les seuils ne met pas fin au mandat en cours : le commissaire aux comptes reste en fonction jusqu'à son terme. La société n'est plus tenue d'en désigner un si elle n'a pas dépassé deux des trois seuils pendant les deux exercices précédant l'expiration du mandat. Elle peut alors ne pas le renouveler. Une baisse ponctuelle d'activité, par exemple après une fermeture pour travaux, ne permet donc pas d'écourter la mission.
| Origine de la nomination | Qui décide | Durée du mandat | Particularité |
|---|---|---|---|
| Dépassement des seuils par la société seule | Associés (assemblée ou décision collective) | 6 exercices | Mission de certification complète |
| Tête de groupe ou société contrôlée (seuils de groupe) | Associés | 6 exercices, ou 3 sur décision de la société | Mandat de 3 exercices : rapport sur les risques remis aux dirigeants |
| Nomination volontaire | Associés | 6 exercices, ou 3 sur décision de la société | Intérêt pour banques, investisseurs, repreneurs |
| Demande motivée d'associés détenant au moins 1/3 du capital (SAS notamment) | La société, à la demande des associés | 3 exercices | Désignation qui s'impose à la société |
| Demande en justice d'associés détenant au moins 10 % du capital | Le juge | Selon décision | Le juge apprécie librement la demande |
Oui. Plusieurs situations imposent un commissaire aux comptes indépendamment des seuils de taille, ou permettent aux associés de l'exiger.
Le Code de commerce prévoit que le dirigeant qui ne provoque pas la désignation d'un commissaire aux comptes alors que la société y est tenue encourt deux ans d'emprisonnement et 30 000 € d'amende. Ce risque pénal est rarement mis en œuvre seul, mais il est loin d'être le seul inconvénient.
De nombreuses pages en ligne citent toujours les seuils de la loi PACTE (4 M€ de bilan, 8 M€ de chiffre d'affaires). Ils ont été relevés à 5 M€ et 10 M€ pour les exercices ouverts à compter du 1er janvier 2024.
À l'inverse, un projet de relèvement plus important a circulé en 2024 sans aboutir : en octobre 2026, ce sont bien les seuils de 5 M€ / 10 M€ / 50 salariés qui s'appliquent aux sociétés commerciales.
Dans nos missions auprès de PME de l'hôtellerie-restauration et de la formation, les mêmes erreurs reviennent. Elles sont faciles à éviter si le test des seuils fait partie de votre revue de clôture.
Pour les exploitants qui envisagent un audit sans y être tenus, notre guide sur l'audit d'un restaurant : pourquoi, quand et comment le réaliser présente les bénéfices d'une revue indépendante.
En 2026, une société commerciale doit nommer un commissaire aux comptes dès qu'elle dépasse deux des trois seuils de 5 M€ de bilan, 10 M€ de chiffre d'affaires et 50 salariés. Dans un groupe, le test se fait sur les montants cumulés pour la tête de groupe, puis sur des seuils réduits de moitié pour les filiales. Un seul exercice de dépassement suffit, le mandat dure six exercices, ou trois dans les cas prévus par la loi, et il ne prend pas fin du seul fait que l'activité recule.
Le bon réflexe consiste à intégrer ce test à votre revue de clôture, surtout l'année d'une acquisition, d'une ouverture d'établissement ou de la création d'une holding. Si vous avez un doute sur votre situation, l'équipe FINAUDEC réalise le diagnostic et, si nécessaire, la mission de certification : découvrez notre offre d'audit légal et contractuel et, pour les groupes, notre accompagnement en consolidation.
Une société commerciale doit nommer un commissaire aux comptes lorsqu'elle dépasse, à la clôture d'un exercice, deux des trois seuils suivants : 5 millions d'euros de total de bilan, 10 millions d'euros de chiffre d'affaires hors taxes et 50 salariés en moyenne. Ces montants, fixés par le décret du 28 février 2024, s'appliquent aux exercices ouverts depuis le 1er janvier 2024 et restent en vigueur en 2026.
Non. Depuis la loi PACTE, la SAS suit les mêmes seuils que les autres sociétés commerciales : 5 M€ de bilan, 10 M€ de chiffre d'affaires et 50 salariés, deux critères sur trois. Elle peut toutefois y être tenue en tant que tête de groupe ou filiale d'un groupe soumis, ou à la demande motivée d'associés représentant au moins le tiers du capital.
Non. Un seul exercice clos au-dessus de deux seuils sur trois suffit à déclencher l'obligation, qui s'applique à compter de l'exercice suivant. La règle des deux exercices joue seulement à la sortie : la société n'est plus tenue de désigner un commissaire si elle n'a pas dépassé les seuils pendant les deux exercices précédant l'expiration du mandat.
La société qui contrôle d'autres sociétés additionne les bilans, chiffres d'affaires et effectifs de l'ensemble. Si deux seuils sur trois (5 M€, 10 M€, 50 salariés) sont dépassés, elle doit nommer un commissaire aux comptes. Ses filiales doivent aussi en nommer un si elles dépassent individuellement deux des seuils de 2,5 M€ de bilan, 5 M€ de chiffre d'affaires et 25 salariés.