Actualités comptables & fiscales

Les seuils CSRD ont changé du tout au tout. La directive européenne sur le reporting de durabilité devait concerner, à terme, plusieurs dizaines de milliers d'entreprises en Europe, dont un grand nombre d'ETI françaises et même les PME cotées. Avec le paquet de simplification « Omnibus I », définitivement adopté en février 2026, l'obligation se resserre sur les très grandes entreprises : plus de 1 000 salariés et plus de 450 M€ de chiffre d'affaires net.
Pour un dirigeant de PME ou d'ETI, la question est donc devenue simple en apparence : suis-je encore concerné ? La réponse demande pourtant un peu de méthode. Il faut calculer correctement l'effectif moyen et le chiffre d'affaires, raisonner au niveau du groupe quand il y en a un, tenir compte de votre historique (avez-vous déjà publié un rapport ?) et anticiper les demandes de vos clients, qui ne disparaissent pas avec l'obligation légale.
Chez FINAUDEC, cabinet d'expertise comptable et d'audit, nous accompagnons des groupes hôteliers, des réseaux de restauration et des ETI qui se trouvent précisément à la frontière des nouveaux seuils. Ce guide fait le point sur ce que dit le texte, sur le calendrier en vigueur en octobre 2026 et sur la manière de tester votre situation, exemple chiffré à l'appui.
La CSRD (Corporate Sustainability Reporting Directive) impose aux entreprises concernées de publier un état de durabilité dans leur rapport de gestion. Ce document décrit les impacts de l'entreprise sur l'environnement et les personnes, les risques et opportunités financiers liés à ces enjeux, ainsi que les politiques, actions et objectifs mis en place. Il suit des normes européennes, les normes ESRS du reporting CSRD, et repose sur une analyse de double matérialité.
Dans sa version d'origine, la directive prévoyait une montée en charge par vagues : les grandes entités d'intérêt public déjà soumises à l'ancienne déclaration de performance extra-financière d'abord, puis l'ensemble des grandes entreprises, puis les PME cotées. Le coût de mise en conformité, très lourd pour des entreprises de taille intermédiaire, a conduit la Commission européenne à proposer, le 26 février 2025, un paquet de simplification baptisé Omnibus I.
Le processus s'est déroulé en deux temps. D'abord une directive dite « stop-the-clock », la directive (UE) 2025/794 du 14 avril 2025, qui a gelé le calendrier pour les vagues suivantes. Ensuite la directive de fond, qui redéfinit le périmètre : c'est elle qui fixe les nouveaux seuils CSRD.
La directive (UE) 2026/470 a été adoptée par le Conseil le 24 février 2026, après le vote du Parlement européen du 16 décembre 2025, et publiée au Journal officiel de l'Union européenne le 26 février 2026. Elle modifie à la fois la directive comptable, la directive audit, la CSRD et la directive sur le devoir de vigilance (CSDDD). Le détail de la procédure est consultable sur l'Observatoire législatif du Parlement européen.
Selon la synthèse officielle de l'acte final, le reporting de durabilité ne s'applique plus qu'aux entreprises dont le chiffre d'affaires net dépasse 450 M€ et qui emploient en moyenne plus de 1 000 salariés au cours de l'exercice. Les deux conditions sont cumulatives : une entreprise de 3 000 salariés réalisant 300 M€ de chiffre d'affaires n'est pas concernée, pas plus qu'une société de 600 salariés à 900 M€.
Les groupes non européens sont visés lorsque leur chiffre d'affaires net réalisé dans l'Union dépasse 450 M€. L'obligation porte alors sur leurs filiales et succursales européennes dont le chiffre d'affaires dans l'Union dépasse 200 M€. Pour une filiale française d'un groupe américain ou suisse, le test se fait donc à deux niveaux : celui du groupe et celui de l'entité locale.
Le changement le plus visible porte sur les critères de taille. Avant l'Omnibus, il suffisait d'être une « grande entreprise » au sens de la directive comptable, c'est-à-dire de dépasser deux critères sur trois (bilan, chiffre d'affaires, effectif), pour basculer dans le champ. Désormais, deux critères seulement, tous deux obligatoires, et placés beaucoup plus haut.
| Élément | Avant l'Omnibus | Après la directive (UE) 2026/470 |
|---|---|---|
| Logique de seuil | Grande entreprise au sens de la directive comptable (2 critères sur 3) | 2 critères cumulatifs |
| Effectif | Critère parmi d'autres | Plus de 1 000 salariés en moyenne sur l'exercice |
| Chiffre d'affaires | Critère parmi d'autres | Plus de 450 M€ de chiffre d'affaires net |
| PME cotées | Concernées (troisième vague) | Hors champ obligatoire |
| Groupes de pays tiers | Visés selon leur activité dans l'UE | CA UE > 450 M€ et filiale ou succursale > 200 M€ |
| Fournisseurs de moins de 1 000 salariés | Sollicités sans limite claire | Protégés : pas au-delà du reporting volontaire |
Concrètement, la très grande majorité des ETI françaises sortent du périmètre obligatoire. Celles qui restent concernées sont des entreprises de taille significative : groupes de distribution, industriels, grands réseaux de services, acteurs majeurs de l'hôtellerie et de la restauration collective. Pour ces derniers, l'enjeu n'est plus de savoir si ils publieront, mais quand et selon quelles normes.
Trois populations restent dans le champ. Leur situation n'est pas la même, et c'est souvent là que naît la confusion.
Les grandes entités d'intérêt public (sociétés cotées, banques, assurances) de plus de 500 salariés publient depuis l'exercice 2024. Celles qui franchissent toujours les seuils de 1 000 salariés et 450 M€ continuent. Elles bénéficient toutefois de l'acte délégué dit « quick-fix » du 11 juillet 2025, qui évite d'ajouter des informations nouvelles pour les exercices 2025 et 2026 par rapport à 2024, comme le rappelle la page CSRD de la Commission européenne.
Les grandes entreprises non cotées qui devaient démarrer sur l'exercice 2025 ont vu leur calendrier décalé de deux ans par la directive « stop-the-clock ». Celles qui restent au-dessus des nouveaux seuils devront publier leur premier état de durabilité au titre de l'exercice 2027, en 2028, sous réserve des précisions apportées par la transposition française.
Elles relèvent d'un régime spécifique, avec un calendrier plus tardif. Si votre société française appartient à un groupe étranger, le premier réflexe est d'interroger la direction financière du groupe : c'est elle qui détient les données consolidées permettant de vérifier le seuil européen.
| Situation | Statut | Premier exercice ou régime applicable |
|---|---|---|
| Première vague, au-dessus des deux nouveaux seuils | Concernée | Publication poursuivie ; allègements du « quick-fix » pour 2025 et 2026, puis ESRS simplifiées |
| Première vague, sous l'un des seuils | Sortie du champ | Dispense prévue pour les exercices 2025 et 2026 ; modalités à confirmer par la transposition |
| Deuxième vague, au-dessus des deux seuils | Concernée | Exercice 2027 (report de deux ans par la directive 2025/794) |
| Deuxième vague, sous l'un des seuils | Hors champ | Reporting volontaire possible |
| PME cotées (troisième vague) | Hors champ | Reporting volontaire possible (VSME) |
| Filiale ou succursale d'un groupe non européen | Selon les seuils UE | Régime pays tiers, calendrier plus tardif |
Le test paraît mécanique. Dans la pratique, nous constatons que les erreurs viennent rarement des seuils eux-mêmes, mais de la manière dont les données sont calculées. Voici la démarche que nous appliquons avec nos clients.
Calculez une moyenne sur l'exercice, pas un effectif au 31 décembre.
Les deux critères sont cumulatifs : il faut franchir les deux.
Le calendrier n'est pas le même selon votre historique.
Prenons le cas du groupe fictif Hôtels & Tables, qui exploite 14 hôtels et 6 restaurants en France, avec une holding animatrice qui établit des comptes consolidés. Son directeur financier nous demande si le groupe doit préparer un état de durabilité pour l'exercice 2027.
Étape 1, l'effectif. Au 31 décembre, le groupe compte 980 salariés. Le dirigeant en conclut qu'il est sous le seuil. Erreur : il faut une moyenne sur l'exercice. En additionnant les effectifs de fin de mois, extras et saisonniers inclus sous contrat, on obtient 13 620 salariés, soit une moyenne de 13 620 / 12 = 1 135 salariés. Le premier critère est donc franchi.
Étape 2, le chiffre d'affaires. Le chiffre d'affaires consolidé hors taxes se décompose en 232 M€ d'hébergement, 141 M€ de restauration et bar et 39 M€ de séminaires, spa et prestations annexes, soit 412 M€. Les refacturations de la holding aux filiales, éliminées en consolidation, n'entrent pas dans ce total.
Étape 3, la projection. Le groupe est en négociation pour racheter un ensemble de quatre hôtels réalisant 45 M€ de chiffre d'affaires. Si l'opération est réalisée en 2027, le chiffre d'affaires consolidé passerait à environ 412 + 45 = 457 M€, au-dessus du seuil de 450 M€. Le groupe basculerait alors dans le champ obligatoire, sous réserve des règles précises de franchissement retenues par la transposition française.
Conclusion pratique. Le groupe n'est pas tenu de publier un état de durabilité en l'état, mais il serait imprudent de ne rien préparer. Nous lui recommandons de structurer dès maintenant un reporting volontaire de base, de fiabiliser ses données sociales et énergétiques, et d'intégrer la question CSRD dans l'audit d'acquisition. Pour un groupe multi-sites, cette démarche s'appuie sur les mêmes outils que le reporting groupe et la consolidation d'un réseau multi-établissements.
Pour la majorité des PME et ETI, l'Omnibus CSRD est une bonne nouvelle : pas de rapport réglementaire, pas de vérification obligatoire par un tiers, pas de double matérialité à documenter selon les ESRS complètes. Mais trois réalités demeurent.
Les grands groupes soumis à la CSRD doivent décrire leur chaîne de valeur. Ils adresseront donc des questionnaires à leurs fournisseurs : bilan carbone, consommation d'énergie, accidents du travail, égalité professionnelle. C'est le cas typique d'un traiteur qui travaille pour une grande entreprise ou d'un hôtel qui accueille les séminaires d'un groupe coté.
L'Omnibus limite ces sollicitations : une entreprise de moins de 1 000 salariés n'est pas tenue d'aller au-delà de ce que prévoient les normes de reporting volontaire. Le 3 juillet 2026, la Commission a adopté un acte délégué établissant ces normes volontaires pour les entreprises protégées par ce plafond. Disposer d'un socle de données conforme vous permet de répondre vite et de refuser les demandes excessives.
La Commission a publié le 30 juillet 2025 une recommandation sur un standard de reporting volontaire pour les PME, le VSME. Proportionné, modulaire, il couvre l'essentiel des demandes des banques et des donneurs d'ordre. Nous détaillons son contenu dans notre guide sur la norme VSME de reporting de durabilité volontaire.
Si votre entreprise ou votre groupe dépasse les deux seuils, le report n'est pas un répit pour attendre : c'est le temps nécessaire pour construire un dispositif fiable. Le premier exercice se prépare au moins un an à l'avance, car les données doivent être collectées dès son ouverture.
Les nouveaux seuils ont simplifié le paysage, mais ils créent aussi de fausses certitudes. Voici les erreurs que nous rencontrons le plus souvent.
La même directive modifie la CSDDD, la directive sur le devoir de vigilance des entreprises en matière de durabilité. Son champ est encore plus restreint : elle vise les entreprises de plus de 5 000 salariés réalisant plus de 1,5 Md€ de chiffre d'affaires net mondial, avec un test de chiffre d'affaires dans l'Union pour les groupes non européens. Sa date de transposition est reportée au 26 juillet 2028, pour une mise en conformité exigée à partir de juillet 2029. Les sanctions pécuniaires sont plafonnées à 3 % du chiffre d'affaires net mondial.
Pour une PME ou une ETI, la CSDDD n'impose pas d'obligation directe. Elle se traduit surtout par des clauses contractuelles et des questionnaires de la part des très grands donneurs d'ordre, qui rejoignent les demandes liées à la CSRD. Un même socle de données permet de répondre aux deux.
Depuis la directive (UE) 2026/470, seules les entreprises de plus de 1 000 salariés en moyenne et de plus de 450 M€ de chiffre d'affaires net restent soumises à la CSRD. La deuxième vague démarre, en l'état des textes, sur l'exercice 2027, et les États membres ont jusqu'au 19 mars 2027 pour transposer la réforme. Les PME et la plupart des ETI sortent du champ obligatoire, mais restent sollicitées par leurs clients, leurs banques et leurs investisseurs.
La bonne démarche consiste à tester précisément votre situation, au niveau du groupe et sur plusieurs exercices, puis à choisir le bon niveau de reporting : état de durabilité complet si vous êtes concerné, reporting volontaire structuré dans le cas contraire. Pour faire ce diagnostic et bâtir un dispositif proportionné, découvrez notre accompagnement en reporting de durabilité : nos équipes vous aident à sécuriser vos chiffres et à transformer cette contrainte en outil de pilotage.
La CSRD est la directive européenne qui oblige certaines entreprises à publier, dans leur rapport de gestion, un état de durabilité. Celui-ci décrit les impacts de l'entreprise sur l'environnement et la société, les risques que ces enjeux font peser sur elle, ainsi que ses politiques et ses objectifs. Il suit les normes ESRS et doit être vérifié par un tiers. Depuis l'Omnibus, l'obligation est réservée aux très grandes entreprises.
La directive (UE) 2026/470 limite l'obligation aux entreprises qui comptent en moyenne plus de 1 000 salariés sur l'exercice et réalisent plus de 450 M€ de chiffre d'affaires net. Les deux critères sont cumulatifs. Pour les groupes non européens, le seuil est de 450 M€ de chiffre d'affaires dans l'Union, avec une filiale ou une succursale qui dépasse 200 M€.
Les PME cotées formaient la troisième vague de la CSRD, déjà reportée de deux ans par la directive « stop-the-clock ». Avec les nouveaux seuils, une PME n'atteint par définition ni 1 000 salariés ni 450 M€ de chiffre d'affaires : elle sort du champ obligatoire. Elle peut néanmoins publier un reporting volontaire, par exemple selon la norme VSME, pour répondre à ses investisseurs.
Si vous dépassez toujours les deux seuils, vous continuez à publier, avec les allègements du « quick-fix » de juillet 2025 puis les ESRS simplifiées. Si vous êtes passé sous l'un des seuils, la directive Omnibus prévoit une dispense pour les exercices 2025 et 2026 au profit des entreprises de la première vague. Vérifiez les modalités retenues par la transposition française.