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La VSME (Voluntary Sustainability Reporting Standard for SMEs) est la norme européenne de reporting de durabilité volontaire conçue pour les PME. Elle répond à un problème très concret : votre client grand compte vous envoie un questionnaire RSE de quarante questions, votre banque vous en adresse un autre pour un prêt, un appel d'offres en exige un troisième. Chacun a son format.
Depuis la directive Omnibus I de février 2026 et l'acte délégué adopté par la Commission le 3 juillet 2026, la norme VSME change de statut : elle reste volontaire, mais elle devient le plafond légal des informations qu'une entreprise soumise à la CSRD peut exiger de ses fournisseurs de 1 000 salariés ou moins pour son propre rapport de durabilité. Autrement dit, maîtriser la VSME, c'est savoir ce que l'on doit fournir, ce que l'on peut refuser, et transformer une contrainte en argument commercial.
Chez FINAUDEC, cabinet d'expertise comptable et d'audit, nous accompagnons des restaurants, des hôtels, des organismes de formation et des PME industrielles qui reçoivent ces demandes. Voici le contenu de la norme, le plafond de la chaîne de valeur, une méthode et un cas pratique chiffré.
La norme VSME a été élaborée par l'EFRAG, l'organisme qui conseille la Commission européenne en matière de normes de reporting. Après une consultation publique et des tests de terrain menés de janvier à mai 2024, l'EFRAG a remis la version finale à la Commission le 17 décembre 2024, accompagnée d'un modèle numérique et d'une taxonomie XBRL. Le texte est disponible sur la page officielle de l'EFRAG consacrée à la VSME.
Elle vise à aider les PME à répondre aux grandes entreprises clientes, à faciliter leur accès au financement et à mieux gérer leurs propres enjeux environnementaux et sociaux. La norme couvre les mêmes grands thèmes que les ESRS des grandes entreprises, mais sous une forme proportionnée : une liste fermée d'indicateurs, sans analyse de double matérialité.
Le 30 juillet 2025, la Commission a adopté la recommandation (UE) 2025/1710, qui endosse la VSME et encourage les grandes entreprises et les établissements financiers à fonder leurs demandes d'informations sur ce standard. Cette recommandation n'avait pas de force contraignante : elle constituait une solution d'attente.
La directive Omnibus I (UE) 2026/470 du 24 février 2026 a ensuite habilité la Commission à adopter, par acte délégué, des normes de reporting à usage volontaire pour les entreprises de 1 000 salariés ou moins, fondées sur la VSME. C'est chose faite avec le règlement délégué adopté le 3 juillet 2026, dont le texte est publié sur la page de la Commission dédiée aux actes délégués de la CSRD. Les modifications apportées à la VSME y sont limitées : alignement sur les ESRS simplifiés, moins de points de données et allègements pour les entreprises de 10 salariés ou moins. À son entrée en vigueur, le troisième jour suivant sa publication au Journal officiel de l'Union européenne, la recommandation de 2025 cesse de produire ses effets.
Pour comprendre l'intérêt de la VSME, il faut repartir du périmètre de la CSRD. Après la directive Omnibus I, le reporting de durabilité obligatoire est réservé aux entreprises qui dépassent, à la date de clôture, un chiffre d'affaires net de 450 millions d'euros et un effectif moyen de 1 000 salariés. La très grande majorité des PME et des ETI françaises sort donc du champ obligatoire. Nous détaillons ces nouveaux seuils dans notre article sur la CSRD après l'Omnibus et les entreprises qui restent concernées.
Ces grandes entreprises doivent toutefois rendre compte de leur chaîne de valeur et reportent la charge sur leurs fournisseurs. C'est ce que la Commission appelle l'effet de ruissellement (« trickle-down effect »), que le standard volontaire fondé sur la VSME doit neutraliser.
| Critère | CSRD (ESRS) | Norme VSME (standard volontaire) |
|---|---|---|
| Caractère | Obligatoire | Volontaire |
| Entreprises visées | Plus de 1 000 salariés et plus de 450 M€ de chiffre d'affaires net (après la directive Omnibus I) | Entreprises non soumises à la CSRD, en pratique les PME et les ETI de 1 000 salariés ou moins |
| Analyse de double matérialité | Exigée | Non exigée : liste fermée d'indicateurs |
| Structure | Normes ESRS thématiques | Module de base (B1 à B11) et module complet (C1 à C9) |
| Vérification par un tiers | Assurance sur les informations publiées | Aucune obligation d'assurance |
| Rôle vis-à-vis des clients | Collecte d'informations dans la chaîne de valeur | Sert de plafond aux informations exigibles par les clients soumis à la CSRD |
Banques, acheteurs publics et clients continuent néanmoins de poser des questions : voir notre guide du reporting extra-financier pour une PME.
La norme vise les entreprises dont les titres ne sont pas cotés sur un marché réglementé, y compris les entrepreneurs individuels et les micro-entreprises. Le standard volontaire adopté en 2026 est ouvert à toutes les entreprises non soumises au reporting obligatoire, ce qui inclut les ETI jusqu'à 1 000 salariés. Un rapport VSME est particulièrement utile dans quatre situations.
Le rapport s'adresse d'abord à vos partenaires ; sa publication reste facultative.
La norme VSME est construite en deux modules. Le module de base comprend deux informations générales (B1 et B2) et neuf séries d'indicateurs (B3 à B11). Il constitue l'approche cible des très petites entreprises et le socle minimal pour toutes les autres. Le tableau ci-dessous reprend les points de données du standard volontaire adopté par la Commission.
| Réf. | Thème | Ce qu'il faut fournir concrètement |
|---|---|---|
| B1 | Base de préparation | Option A ou B, périmètre, forme juridique, code NACE, bilan, chiffre d'affaires, effectif, sites, labels |
| B2 | Pratiques, politiques et initiatives | Existence (oui/non) de pratiques, politiques et objectifs, enjeu par enjeu |
| B3 | Énergie et gaz à effet de serre | Énergie totale en MWh, émissions estimées des scopes 1 et 2 en tCO2e |
| B4 | Pollution de l'air, de l'eau et du sol | Si vous déclarez déjà vos polluants à une autorité |
| B5 | Biodiversité | Sites dans ou près d'une zone sensible |
| B6 | Eau | Prélèvements d'eau totaux |
| B7 | Ressources et déchets | Économie circulaire, poids des déchets, part recyclée |
| B8 | Effectifs : caractéristiques | Salariés par contrat, par genre et par pays |
| B9 | Santé et sécurité | Nombre et taux d'accidents du travail enregistrables, décès liés au travail |
| B10 | Rémunération, dialogue social, formation | Salaire minimum, écart femmes-hommes si déjà obligatoire, couverture conventionnelle, heures de formation |
| B11 | Corruption | Condamnations et amendes pour corruption |
Plusieurs informations ne sont dues que dans des circonstances précises. C'est le cas de B4 (pollution) ou de l'écart de rémunération de B10. Lorsqu'une information « si applicable » est omise, elle est présumée non applicable : vous n'avez pas à justifier son absence.
Pour tenir compte des inquiétudes exprimées pendant les consultations, l'acte délégué rend facultatifs pour les entreprises de 10 salariés ou moins plusieurs indicateurs environnementaux jugés difficiles : consommation d'énergie, émissions de gaz à effet de serre, prélèvements d'eau, principes d'économie circulaire et données sur les déchets. Une boulangerie ou un petit restaurant peut donc produire un rapport VSME conforme en se concentrant sur B1, B2 et les indicateurs sociaux.
Le module complet (C1 à C9) ajoute des points de données susceptibles d'être demandés par les banques, les investisseurs et les clients grands comptes, en plus du module de base. Appliquer le module de base est un préalable : on choisit soit l'option A (module de base seul), soit l'option B (module de base et module complet). Une fois l'option choisie, le module s'applique dans son intégralité, sous réserve du principe « si applicable ».
| Réf. | Thème | Pour qui c'est utile |
|---|---|---|
| C1 | Modèle d'affaires et stratégie | Banques, investisseurs, clients grands comptes |
| C2 | Description des pratiques et politiques déclarées en B2 | Clients qui notent leurs fournisseurs |
| C3 | Objectifs de réduction des GES et transition climatique | Financeurs (prêts à impact, financements verts) |
| C4 | Risques climatiques | Banques et assureurs |
| C5 | Caractéristiques complémentaires des effectifs (taux de rotation, ratio femmes-hommes dans l'encadrement) | Investisseurs, repreneurs |
| C6 | Politiques et processus en matière de droits humains | Donneurs d'ordre soumis au devoir de vigilance |
| C7 | Incidents liés aux droits humains | Donneurs d'ordre, acheteurs publics |
| C8 | Revenus tirés de certaines activités (armes prohibées, tabac, énergies fossiles, certains produits chimiques) | Gérants de fonds et indices de référence |
| C9 | Mixité de l'organe de gouvernance | Investisseurs |
Commencez par l'option A, sauf demande explicite d'un financeur ou d'un client. Certaines informations de C1, C5, C6 et C7 font d'ailleurs partie du plafond de la chaîne de valeur pour les entreprises de plus de 10 salariés : il est donc probable qu'un grand client vous les demande.
Le volet climat (C3) impose, si vous avez fixé des objectifs de réduction, de les exprimer en valeur absolue pour les scopes 1 et 2, avec année de référence et année cible. Il rejoint souvent un projet de rénovation énergétique, dont nous expliquons le chiffrage dans notre article sur le calcul du ROI d'une rénovation hôtelière.
C'est l'apport majeur de la réforme. Le règlement délégué définit le plafond de la chaîne de valeur comme la limite supérieure des informations de durabilité que les entreprises soumises à la CSRD peuvent exiger des entreprises de leur chaîne de valeur qui ne dépassent pas, à leur date de clôture, un effectif moyen de 1 000 salariés au cours de l'exercice précédent. Ce plafond s'applique aux exercices ouverts à compter du 1er janvier 2027.
Concrètement, l'entreprise soumise à la CSRD ne peut pas vous réclamer des informations qui dépassent celles prévues par le standard volontaire. Vous disposez d'un droit de refuser les demandes excédentaires, et le client qui choisit malgré tout de demander davantage doit vous indiquer quelles informations dépassent le plafond et vous rappeler ce droit de refus.
La demande sert-elle au rapport de durabilité CSRD du client ?
Votre entreprise compte-t-elle 1 000 salariés ou moins en moyenne sur l'exercice précédent ?
La donnée demandée figure-t-elle dans la liste de l'annexe II de l'acte délégué (10 salariés ou moins / plus de 10 salariés) ?
L'annexe II de l'acte délégué dresse la liste exacte des données couvertes, avec deux colonnes. Jusqu'à 10 salariés, le plafond se limite aux informations générales de B1, aux effectifs par contrat et par genre (B8), aux accidents du travail (B9) et à B10 (salaire minimum, couverture conventionnelle, formation). Au-delà s'ajoutent énergie, émissions de GES, eau, économie circulaire, déchets et certaines données de C1, C5, C6 et C7.
Le plafond ne concerne que la collecte d'informations destinée au rapport de durabilité du client. Il n'affecte ni vos obligations contractuelles ni les demandes fondées sur d'autres textes. Les établissements financiers restent seulement encouragés à limiter leurs demandes au contenu du standard : votre banque peut donc, en droit, aller au-delà.
La clé est de partir de l'existant : comptabilité, paie, factures et registres obligatoires.
Identifier qui demande quoi : clients, banque, appel d'offres. Choisir l'option A ou B et le périmètre (société ou groupe).
Recenser les sources : factures d'énergie et d'eau, registres déchets, logiciel de paie, registre des accidents, plan de formation.
Extraire les données de l'exercice, sur la même période que les comptes annuels.
Convertir en MWh, appliquer les facteurs d'émission, calculer les taux (accidents, rotation, formation).
Compléter B1 et B2, puis les indicateurs, en signalant les informations omises et les données estimées.
Rapprocher effectifs, chiffre d'affaires et total bilan des comptes annuels ; documenter les hypothèses.
Transmettre le rapport aux demandeurs, au format numérique de l'EFRAG si possible, et préparer l'année suivante.
Listez d'abord les demandes reçues sur douze mois : une large part recoupe déjà le module de base. Choisissez ensuite le périmètre : la norme recommande à une société mère d'établir un rapport consolidé incluant ses filiales, qui sont alors dispensées. Pour un groupe multi-établissements, cette consolidation extra-financière se rapproche de la logique de notre mission de consolidation des comptes.
La méthode de la norme s'appuie sur le GHG Protocol : on multiplie une donnée d'activité (kWh de gaz, litres de carburant, kWh d'électricité) par un facteur d'émission. Le guide de l'EFRAG cite la Base Empreinte de l'ADEME parmi les sources de facteurs utilisables, ce qui en fait la référence naturelle pour une entreprise française. Le scope 1 couvre combustions, véhicules détenus et fuites de fluides frigorigènes ; le scope 2, l'électricité achetée avec le facteur moyen du réseau (« location-based »).
Le rapport doit être cohérent avec les états financiers de la même période. Effectif, chiffre d'affaires et total de bilan déclarés dans B1 doivent donc correspondre exactement à vos comptes annuels. Les informations comparatives de l'exercice précédent ne sont exigées qu'à partir de la deuxième année de reporting, sauf pour les indicateurs publiés pour la première fois.
Prenons un exemple fictif mais représentatif de nos clients. Une SAS exploite un hôtel de 60 chambres et deux restaurants en Île-de-France. Elle emploie 85 salariés (78 équivalents temps plein) et réalise 9,2 M€ de chiffre d'affaires. Deux demandes arrivent la même année : un groupe industriel soumis à la CSRD, qui y organise ses séminaires, envoie un questionnaire fournisseur ; la banque qui finance la rénovation des chambres demande des indicateurs environnementaux et sociaux.
La direction choisit l'option A (module de base), complétée par le taux de rotation du personnel du module complet, que le client grand compte est en droit de demander. Le rapport est établi sur une base consolidée avec la filiale qui porte un des restaurants.
Énergie (B3)
Déchets (B7)
Santé, sécurité et formation (B9, B10)
Rotation du personnel (C5)
L'énergie part des factures : 248 MWh renouvelables sur 1 030 MWh, soit 24,1 %. Le scope 2 s'obtient en multipliant les 620 MWh par le facteur moyen du réseau français ; le scope 1 en appliquant au gaz son facteur, plus les recharges de fluides frigorigènes.
Le taux d'accidents suit la formule de la norme (accidents / heures travaillées x 200 000) : 6,03 accidents pour 100 salariés à temps plein sur un an. Le taux de rotation, calculé comme le nombre de départs rapporté à l'effectif moyen, atteint 25,0 %, à commenter (saisonnalité, fins de CDD) plutôt qu'à livrer brut.
Côté déchets, la pesée des biodéchets et le suivi des bacs de tri donnent un taux de valorisation de 60,5 %. Ces données alimentent aussi un tableau de bord opérationnel : réduire le gaspillage améliore à la fois l'indicateur B7 et la marge, comme nous l'expliquons dans notre article sur le gaspillage alimentaire et la marge du restaurant. Enfin, sur B10, l'entreprise indique que tous les salariés perçoivent au moins le minimum légal ou conventionnel et que l'ensemble de l'effectif relève de la convention collective applicable.
Résultat : un seul document annuel répond au client et à la banque ; pour les questions hors plafond, l'annexe II sert de base de discussion.
Les premiers rapports que nous relisons présentent souvent les mêmes faiblesses.
Le plafond de la chaîne de valeur ne s'applique qu'aux exercices ouverts à compter du 1er janvier 2027 : en 2026, vos clients peuvent encore vous envoyer des questionnaires plus larges. Surveillez la publication de l'acte délégué au Journal officiel de l'Union européenne, qui conditionne son entrée en vigueur. Utilisez enfin les outils de l'EFRAG alignés sur le standard adopté par la Commission, et non la version de décembre 2024.
La norme VSME n'impose rien à une PME, mais elle fixe désormais la règle du jeu : elle définit ce qu'un client soumis à la CSRD peut vous demander, elle sert de référence aux banques et elle offre un cadre simple pour piloter vos enjeux environnementaux et sociaux. Le module de base suffit dans la plupart des cas, avec des allègements réels pour les entreprises de 10 salariés ou moins.
Pour un premier rapport VSME, l'essentiel est de partir de vos données comptables et sociales, de documenter vos méthodes et de garder la cohérence avec vos comptes annuels. Si vous recevez des questionnaires de clients ou de financeurs, ou si vous voulez anticiper l'échéance de 2027, l'équipe FINAUDEC vous accompagne dans le cadrage, la collecte et la relecture de votre rapport : découvrez notre accompagnement en reporting de durabilité.
Non. La VSME est un standard volontaire : aucune PME n'est tenue de l'appliquer. Elle devient toutefois la référence du marché : à partir des exercices 2027, les entreprises soumises à la CSRD ne peuvent plus exiger de leurs fournisseurs de 1 000 salariés ou moins des informations qui la dépassent pour leur rapport de durabilité.
Les ESRS sont les normes obligatoires des entreprises soumises à la CSRD : elles reposent sur une analyse de double matérialité et sur de nombreux points de données. La VSME couvre les mêmes enjeux avec une liste fermée d'indicateurs, sans analyse de matérialité ni obligation d'assurance.
Le module de base (B1 à B11) est le point de départ obligatoire : on ne peut pas appliquer le module complet sans lui. Le module complet (C1 à C9) ajoute la stratégie, les objectifs climat, les risques climatiques ou les droits humains. Il se justifie si une banque, un investisseur ou un grand client le demande, car il doit ensuite être appliqué en entier.
Dans le standard volontaire adopté par la Commission en juillet 2026, plusieurs indicateurs environnementaux deviennent facultatifs pour les entreprises de 10 salariés ou moins : consommation d'énergie, émissions de GES, eau, économie circulaire et déchets. Un client soumis à la CSRD ne peut pas les exiger d'elles pour son rapport de durabilité.