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Actualités comptables & fiscales

Double matérialité : méthode et matrice étape par étape

Auteur
Jose Amar
Date
24.10.2026
Durée
16 minutes
Double matérialité : méthode en 7 étapes, grille de cotation, cas pratique chiffré et matrice selon les ESRS simplifiés. Appliquez-la à votre entreprise.
Hall d'hôtel rénové illustrant l'analyse de double matérialité d'un groupe hôtelier selon les ESRS
Avant propos
Cet article a une vocation strictement informative. Les règles fiscales et comptables évoluent régulièrement, et chaque situation présente ses propres spécificités qui ne peuvent pas être traitées dans un contenu général. Aucune décision ne devrait être prise sur la seule base des éléments présentés ici.

Pour sécuriser votre projet, prenez rendez-vous avec le cabinet FINAUDEC. Un échange personnalisé reste le seul moyen d'obtenir une réponse adaptée à votre situation.
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La double matérialité est le point de départ de tout rapport de durabilité établi selon les normes ESRS : c'est elle qui détermine les thèmes sur lesquels votre entreprise doit publier, et ceux qu'elle peut écarter. Mal conduite, l'analyse produit soit un rapport pléthorique et coûteux, soit un rapport lacunaire que le vérificateur remettra en cause. Bien conduite, elle devient un véritable outil de pilotage, qui relie vos enjeux sociaux et environnementaux à vos chiffres.

Le cadre a beaucoup bougé depuis 2025 : report du calendrier par la directive « stop-the-clock », accord politique sur le paquet Omnibus I, puis adoption par la Commission européenne, le 3 juillet 2026, d'un acte délégué qui simplifie les ESRS. Les versions simplifiées clarifient justement la manière de mener l'analyse de double matérialité : approche « top-down » admise, cotation chiffrée non exigée dans tous les cas, prise en compte encadrée des actions de prévention.

Chez FINAUDEC, cabinet d'expertise comptable et d'audit, nous accompagnons des PME, des ETI et des groupes, notamment dans l'hôtellerie et la restauration, dans leur démarche de reporting de durabilité. Ce guide vous donne une méthode en sept étapes, des grilles de cotation prêtes à adapter et un cas pratique complet, jusqu'à la matrice de double matérialité finale.

Qu'est-ce que la double matérialité ?

La double matérialité consiste à regarder un même sujet de durabilité sous deux angles. Le premier est l'angle de l'impact (« inside-out ») : quels effets, positifs ou négatifs, réels ou potentiels, votre entreprise a-t-elle sur les personnes et l'environnement, dans ses propres opérations et dans sa chaîne de valeur amont et aval ? Le second est l'angle financier (« outside-in ») : quels risques et quelles opportunités liés à la durabilité peuvent affecter votre performance, votre situation financière, vos flux de trésorerie, votre accès au financement ou votre coût du capital ?

Un thème est matériel dès qu'il l'est selon l'un des deux angles ; il n'a pas besoin de l'être selon les deux. Le projet d'ESRS 1 simplifié publié par l'EFRAG le rappelle : un impact peut être matériel uniquement du point de vue de l'impact, indépendamment de toute conséquence financière. Il précise aussi que les deux dimensions interagissent : un impact peut devenir financièrement matériel avec le temps, par exemple lorsqu'il entraîne une réglementation, une perte de clients ou une difficulté de recrutement.

Le point de départ recommandé est l'évaluation des impacts. L'entreprise doit ensuite vérifier s'il existe des risques ou des opportunités qui ne découlent pas de ses propres impacts, comme les risques physiques liés au climat (canicules, inondations, sécheresse). Pour une vue d'ensemble des normes qui s'appliquent ensuite aux thèmes retenus, consultez notre article sur les normes ESRS du reporting CSRD.

Matérialité d'impact et matérialité financière : les deux angles comparés
CritèreMatérialité d'impactMatérialité financière
Question poséeQuel est l'effet de l'entreprise sur les personnes et l'environnement ?Quel est l'effet des enjeux de durabilité sur l'entreprise ?
Objet évaluéImpacts négatifs ou positifs, réels ou potentielsRisques et opportunités
Critères de cotationGravité (ampleur, étendue, caractère irrémédiable) et probabilité pour les impacts potentielsProbabilité de survenance et ampleur potentielle des effets financiers
Destinataires principauxParties prenantes affectées et autres utilisateurs du rapportInvestisseurs, prêteurs et autres créanciers
HorizonCourt, moyen et long termeCourt, moyen et long terme

Qui doit réaliser une analyse de double matérialité en 2026 ?

L'analyse est obligatoire pour toute entreprise qui publie un état de durabilité selon les ESRS. Le périmètre de la CSRD a toutefois été fortement réduit. En avril 2025, la directive dite « stop-the-clock » (directive (UE) 2025/794) a reporté de deux ans l'entrée en application des obligations pour les grandes entreprises qui n'avaient pas encore commencé à publier, ainsi que pour les PME cotées. Le 9 décembre 2025, le Parlement européen et le Conseil sont parvenus à un accord politique sur le paquet Omnibus I, qui recentre la directive sur les plus grandes entreprises.

Les seuils exacts et le calendrier qui en découlent sont détaillés dans notre article CSRD après l'Omnibus : nouveaux seuils et qui reste concerné. Côté normes, la Commission a adopté le 3 juillet 2026 un règlement délégué modifiant le règlement délégué (UE) 2023/2772 pour simplifier les ESRS ; il produira ses effets après sa publication au Journal officiel de l'Union européenne.

Sortir du champ obligatoire ne fait pas disparaître le sujet. Beaucoup de PME et d'ETI restent interrogées par leurs banques, leurs investisseurs ou leurs grands clients, qui eux-mêmes publient. Mener une analyse de double matérialité, même simplifiée et volontaire, permet de répondre de façon cohérente à ces demandes, d'orienter un plan d'actions et de préparer une éventuelle entrée dans le périmètre à la suite d'une croissance ou d'une acquisition.

Matérialité d'impact et matérialité financière : quels critères appliquer ?

Les critères de la matérialité d'impact

Le projet d'ESRS 1 simplifié distingue quatre cas. Pour un impact négatif réel, la matérialité s'apprécie selon sa gravité. Pour un impact négatif potentiel, elle combine gravité et probabilité. Pour un impact positif réel, on retient l'ampleur et l'étendue ; pour un impact positif potentiel, l'ampleur, l'étendue et la probabilité.

La gravité repose sur trois critères. L'ampleur mesure le sérieux de l'impact pour les personnes ou l'environnement. L'étendue mesure sa diffusion : périmètre géographique ou étendue des dommages pour l'environnement, nombre de personnes touchées pour les impacts sociaux. Le caractère irrémédiable mesure la possibilité de rétablir la situation antérieure. N'importe lequel de ces trois critères peut, à lui seul, rendre un impact grave : c'est un point de méthode décisif pour votre formule de calcul.

Enfin, pour un impact négatif potentiel sur les droits de l'homme, la gravité prime sur la probabilité. Un risque rare mais très grave pour la santé ou la sécurité des personnes ne peut donc pas être écarté au seul motif qu'il est peu probable.

Les critères de la matérialité financière

La matérialité d'un risque ou d'une opportunité s'apprécie selon la combinaison de sa probabilité de survenance et de l'ampleur potentielle de ses effets financiers. Les risques et opportunités peuvent naître de vos impacts matériels, de vos dépendances à des ressources naturelles, humaines et sociales, ou d'autres facteurs comme l'exposition aux aléas climatiques ou aux évolutions réglementaires.

Les horizons de temps

Le projet d'ESRS 1 simplifié retient trois horizons : le court terme correspond à la durée de la période retenue pour les états financiers, le moyen terme va de la fin du court terme jusqu'à cinq ans, et le long terme couvre plus de cinq ans. Il n'est pas nécessaire d'analyser chaque horizon pour chaque IRO, sauf lorsque l'enjeu est censé évoluer dans le temps, ce qui est fréquent pour le climat.

Comment mener une analyse de double matérialité étape par étape ?

Les 7 étapes d'une analyse de double matérialité

1Cadrer

Périmètre, chaîne de valeur, gouvernance du projet, échelles de cotation validées.

2Comprendre

Activités, sites, relations d'affaires, parties prenantes affectées.

3Identifier

Liste longue des impacts, risques et opportunités (IRO) par thème ESRS.

4Coter les impacts

Gravité (ampleur, étendue, caractère irrémédiable) et probabilité.

5Coter le financier

Ampleur des effets financiers et probabilité, à court, moyen et long terme.

6Arbitrer

Seuils, revue par la direction, consolidation par thème et sous-thème.

7Documenter

Matrice, liste des IRO matériels, piste d'audit, mise à jour annuelle.

Étape 1 : cadrer le périmètre et la gouvernance

Définissez le périmètre de l'analyse, qui doit être cohérent avec celui des états financiers, consolidés le cas échéant, ainsi que la chaîne de valeur amont et aval à couvrir. Désignez un pilote, un comité de validation (direction générale, direction financière, ressources humaines, achats, exploitation) et un calendrier. Faites valider en amont les échelles de cotation et les seuils : les fixer après avoir vu les résultats fragilise toute la démarche.

Étape 2 : comprendre l'activité et les parties prenantes

Cartographiez vos activités, vos sites, vos principaux fournisseurs et sous-traitants, vos clients et vos implantations. Identifiez les parties prenantes affectées : salariés et leurs représentants, travailleurs de la chaîne de valeur, communautés locales, consommateurs. Le projet d'ESRS rappelle que la direction doit informer les représentants des travailleurs et échanger avec eux sur les informations de durabilité ; en pratique, associer le comité social et économique dès cette étape est une bonne pratique.

Étape 3 : établir la liste longue des IRO

Partez de la liste des thèmes, sous-thèmes et sous-sous-thèmes de durabilité figurant en annexe d'ESRS 1 (climat, pollution, eau, biodiversité, économie circulaire, effectifs de l'entreprise, travailleurs de la chaîne de valeur, communautés affectées, consommateurs, conduite des affaires). Pour chaque thème, formulez des IRO précis : « émissions liées au chauffage des bâtiments » est exploitable, « environnement » ne l'est pas. Ajoutez les enjeux propres à votre activité qui ne seraient pas couverts.

Le texte simplifié autorise une approche « top-down » : à partir de l'analyse de la stratégie, du modèle d'affaires, des secteurs, des géographies et de la chaîne de valeur, vous pouvez conclure directement sur la matérialité ou la non-matérialité d'un thème lorsqu'elle est évidente. Vous pouvez combiner cette approche pour certains thèmes avec une analyse « bottom-up », IRO par IRO, pour les autres.

Étape 4 : coter les impacts

Pour chaque impact retenu, cotez l'ampleur, l'étendue et le caractère irrémédiable, puis la probabilité s'il s'agit d'un impact potentiel. Pour un impact négatif potentiel, ne tenez compte que des actions de prévention et d'atténuation déjà mises en œuvre et dont on peut raisonnablement penser qu'elles réduisent la gravité ou la probabilité ; une politique annoncée mais non déployée ne compte pas.

Étape 5 : coter les risques et opportunités

Pour chaque risque ou opportunité, estimez l'ampleur de l'effet financier (sur le chiffre d'affaires, les coûts, la valeur des actifs, le financement) et sa probabilité. Exprimez l'ampleur par rapport à un agrégat stable, par exemple l'EBITDA ou le chiffre d'affaires, pour que l'échelle ait un sens économique.

Étape 6 : arbitrer avec des seuils

Appliquez les seuils fixés à l'étape 1, puis faites relire les résultats par le comité. Les cas limites doivent être tranchés et motivés par écrit. Consolidez ensuite les IRO par thème et sous-thème : c'est ce niveau qui détermine les exigences de publication des normes thématiques.

Étape 7 : documenter et mettre à jour

Produisez la liste des IRO matériels, la matrice, et un dossier de travail qui retrace sources, hypothèses et décisions. À chaque date de clôture, vérifiez si des changements significatifs (acquisition, nouvelle activité, nouvelle réglementation, évolution de la méthode) justifient une mise à jour.

Comment construire une grille de cotation fiable ?

Le projet d'ESRS 1 simplifié précise qu'une cotation quantitative n'est pas exigée dans tous les cas : une analyse qualitative peut suffire pour conclure raisonnablement. En pratique, une grille chiffrée reste l'outil le plus efficace dès qu'il y a plus d'une dizaine d'IRO à comparer, et elle facilite la discussion avec le vérificateur. Voici une grille sur 5 points que nous utilisons comme base, à adapter à chaque entreprise.

Exemple de grille de cotation de la double matérialité (à adapter)
NoteAmpleur de l'impactÉtendueCaractère irrémédiableEffet financier (en % de l'EBITDA)
1Effet minimeUn site ou quelques personnesRéversible rapidement et sans coûtMoins de 1 %
2Effet faiblePlusieurs sites ou une catégorie limitée de personnesRéversible à court termeDe 1 % à 3 %
3Effet significatifUne part importante des sites ou des effectifsRéversible avec des moyens importantsDe 3 % à 5 %
4Effet graveLa majorité des sites ou une chaîne de valeur étendueDifficilement réversibleDe 5 % à 10 %
5Effet critique (santé, sécurité, droits fondamentaux)Ensemble du groupe et de sa chaîne de valeurIrréversiblePlus de 10 %

Pour la probabilité, utilisez un coefficient multiplicateur : 1 pour un impact réel ou un événement certain, 0,8 pour probable, 0,5 pour possible, 0,2 pour peu probable. La gravité est calculée comme la moyenne des trois critères, avec une règle de plancher : si l'un d'eux atteint 5, la gravité retenue est d'au moins 4. Cette règle traduit le principe selon lequel un seul critère peut rendre un impact grave.

Les formules deviennent alors :

  • Score d'impact = gravité × coefficient de probabilité (coefficient 1 pour un impact réel) ;
  • Score financier = note d'ampleur financière × coefficient de probabilité ;
  • Seuil de matérialité : 3 sur 5 sur l'un ou l'autre des deux axes, sous réserve de la règle de primauté de la gravité pour les impacts potentiels sur les droits de l'homme.

Le seuil relève du jugement de l'entreprise et doit être expliqué dans l'état de durabilité.

Cas pratique : la matrice de double matérialité d'un groupe hôtelier

Prenons un groupe hôtelier fictif composé de quatre hôtels avec restaurant, dont un situé sur le littoral méditerranéen. Il emploie 480 salariés, réalise 38 millions d'euros de chiffre d'affaires consolidé et un EBITDA de 6 millions d'euros. La grille ci-dessus s'applique, avec un seuil de 3 sur 5. Pour un groupe multi-sites, raisonner sur des données consolidées et homogènes est indispensable, comme pour l'analyse de la rentabilité consolidée d'un groupe hôtelier.

Énergie et climat (ESRS E1)

Impact négatif réel : émissions de gaz à effet de serre liées au chauffage, à l'eau chaude sanitaire et à la climatisation. Ampleur 3, étendue 4 (tous les sites), caractère irrémédiable 4. Gravité = (3 + 4 + 4) / 3 = 3,7. Impact réel, coefficient 1 : score d'impact 3,7, au-dessus du seuil.

Risque financier : hausse durable du coût de l'énergie, estimée à 420 000 € par an, soit 420 000 / 6 000 000 = 7 % de l'EBITDA, donc note 4. Probabilité jugée probable (0,8) : 4 × 0,8 = score financier 3,2. Le thème est matériel sur les deux axes : c'est un cas de double matérialité au sens strict.

Conditions de travail des effectifs (ESRS S1)

Impact négatif réel : horaires décalés, coupures, pénibilité en cuisine et en étages. Ampleur 4, étendue 4 (une large part des 480 salariés), caractère irrémédiable 2. Gravité = 10 / 3 = 3,3 : score d'impact 3,3.

Risque financier : difficultés de recrutement et recours à l'intérim, dont le surcoût est estimé à 600 000 € par an, soit 10 % de l'EBITDA. La note est de 4 (borne haute de la tranche 5 % à 10 %). Probabilité 0,8 : score financier 3,2. Le thème est doublement matériel.

Sécurité alimentaire des clients (ESRS S4)

Impact négatif potentiel : intoxication alimentaire grave d'un client. Ampleur 5, étendue 2, caractère irrémédiable 4. Gravité moyenne = 11 / 3 = 3,7, relevée à 4 par la règle de plancher puisque l'ampleur atteint 5. La probabilité est faible (0,2) compte tenu des procédures d'hygiène effectivement appliquées : un calcul mécanique donnerait 4 × 0,2 = 0,8, très en dessous du seuil.

Mais il s'agit d'un impact potentiel sur la santé des personnes, donc sur les droits de l'homme : la gravité prime sur la probabilité. Le comité retient la gravité comme score d'impact, soit 4, au-dessus du seuil. Côté financier, l'effet estimé d'un incident (fermeture temporaire, indemnisation, atteinte à la réputation) représente 4 % de l'EBITDA, note 3, avec une probabilité de 0,2 : score 3 × 0,2 = 0,6. Le thème est matériel au titre de l'impact seul.

Eau, gaspillage alimentaire et conduite des affaires

Eau (E3) : impact potentiel de la consommation de l'hôtel du littoral sur une ressource sous tension. Ampleur 3, étendue 2, caractère irrémédiable 3, gravité 2,7, probabilité 0,8 : score 2,1. Risque de restrictions estimé à 90 000 €, soit 1,5 % de l'EBITDA (note 2), probabilité 0,5 : score 1,0. Non matériel, mais à surveiller : une restriction d'usage durable ferait basculer la note financière.

Gaspillage alimentaire (E5) : impact réel noté 2, 3 et 2, soit 2,3. Opportunité de réduction du coût matière estimée à 150 000 €, soit 2,5 % de l'EBITDA (note 2), probabilité 0,8 : 1,6. Non matériel au sens des ESRS, ce qui n'empêche pas d'en faire un levier de marge, comme nous l'expliquons dans notre article sur le gaspillage alimentaire et la marge du restaurant.

Délais de paiement fournisseurs (G1) : impact noté 2, 2 et 1, soit 1,7 ; effet financier inférieur à 1 % de l'EBITDA (note 1), probabilité 0,8 : 0,8. Non matériel. La biodiversité (E4) est écartée en approche top-down : aucun site en zone sensible, activité sans emprise foncière nouvelle.

Synthèse de la cotation du cas pratique (seuil 3 sur 5)
Thème ESRSGravitéProbabilitéScore d'impactScore financierConclusion
E1 Énergie et climat3,7Réel (1)3,73,2Double matérialité
S1 Conditions de travail3,3Réel (1)3,33,2Double matérialité
S4 Sécurité alimentaire4 (plancher)0,2 (primauté de la gravité)4,00,6Matériel (impact)
E5 Gaspillage alimentaire2,3Réel (1)2,31,6Non matériel
E3 Eau2,70,82,11,0Non matériel, sous surveillance
G1 Délais de paiement1,7Réel (1)1,70,8Non matériel
E4 BiodiversitéTop-down---Non matériel, motivé

Matrice de double matérialité du cas pratique (seuil 3 sur 5)

Matérialité financière (score 0 à 5)
Matériel en financier seulDouble matérialitéNon matérielMatériel en impact seulE1 Énergie et climatS1 Conditions de travailS4 Sécurité alimentaire des clientsE3 EauE5 Gaspillage alimentaireG1 Délais de paiement
Matérialité d'impact (score 0 à 5)
Thème matériel (au moins un score au seuil)   Thème non matériel, conclusion documentée

La matrice de double matérialité est-elle obligatoire ?

Non. Les ESRS n'imposent pas de matrice. Ils exigent, au titre de l'exigence de publication IRO-1 d'ESRS 2, une description concise du processus : étapes de décision, couverture des opérations propres et de la chaîne de valeur, méthodes, données d'entrée, hypothèses, considérations qualitatives ou seuils quantitatifs, manière dont les impacts ont été hiérarchisés selon leur gravité et leur probabilité, recours au dialogue avec les parties prenantes et changements par rapport à l'exercice précédent. L'exigence IRO-2 porte sur le résultat : les IRO matériels et les informations publiées en conséquence.

La matrice reste cependant le support de communication le plus lisible pour un conseil d'administration, un comité d'audit ou un banquier. Trois règles de présentation :

  • afficher clairement les seuils sur les deux axes, sinon la matrice ne dit rien de la conclusion ;
  • raisonner par thème ou sous-thème et non par IRO isolé, pour éviter un nuage de points illisible ;
  • accompagner la matrice d'une liste des IRO matériels, avec leur nature (impact, risque, opportunité), leur horizon et leur localisation dans la chaîne de valeur.

Quelles erreurs éviter dans une analyse de double matérialité ?

Les erreurs que nous rencontrons le plus souvent

  • Confondre enquête de perception et analyse : un questionnaire envoyé aux parties prenantes est une donnée d'entrée, pas une cotation. La conclusion reste celle de l'entreprise.
  • Ne garder que l'angle financier : un thème matériel en impact seul doit être publié, même sans effet sur les comptes.
  • Compter les actions annoncées : seules les mesures effectivement mises en œuvre réduisent la gravité ou la probabilité d'un impact potentiel.
  • Compenser un impact négatif par un impact positif : les impacts positifs s'évaluent séparément, sans compensation. Le simple respect de la réglementation n'est pas un impact positif.
  • Oublier la chaîne de valeur : fournisseurs, sous-traitants et clients entrent dans l'analyse, sur la base de données sectorielles si nécessaire.
  • Fixer les seuils après coup : ajuster le seuil pour obtenir le résultat souhaité est la première chose qu'un vérificateur repère.

Comment documenter l'analyse pour le vérificateur ?

Lorsque l'état de durabilité est soumis à vérification, le processus de double matérialité est l'un des premiers points examinés. Un dossier solide comprend :

  1. la note de méthode validée avant cotation (périmètre, échelles, formules, seuils, horizons) ;
  2. la liste longue des IRO, y compris ceux écartés en approche top-down, avec la motivation ;
  3. les sources utilisées pour chaque cotation : données internes, études sectorielles, échanges avec les représentants du personnel, cartographie des risques ;
  4. les calculs financiers sous-jacents, rapprochés du budget ou des comptes ;
  5. les comptes rendus du comité de validation et, le cas échéant, de la présentation aux organes de direction ;
  6. la revue annuelle des changements significatifs et ses conclusions.

Pour un groupe, la cohérence avec le périmètre de consolidation est un point de vigilance. Une filiale exclue des comptes consolidés pour non-matérialité financière peut malgré tout devoir être prise en compte si elle expose le groupe à des impacts significatifs. Notre équipe consolidation aide les groupes à aligner ces deux périmètres.

En résumé : une méthode claire pour une double matérialité défendable

Une analyse de double matérialité réussie repose sur quelques principes simples : regarder chaque enjeu sous l'angle de l'impact et sous l'angle financier, coter avec une grille et des seuils fixés à l'avance, appliquer les règles propres aux ESRS (primauté de la gravité pour les droits de l'homme, prise en compte des seules actions mises en œuvre, absence de compensation), puis documenter chaque décision. Les ESRS simplifiés allègent la forme, notamment avec l'approche top-down, mais pas l'exigence de justification.

Vous souhaitez cadrer votre méthode, construire votre grille de cotation ou faire relire votre matrice avant vérification ? Découvrez notre accompagnement en reporting de durabilité : les équipes de FINAUDEC vous aident à transformer cette obligation en outil de pilotage.

Sources : projet d'ESRS 1 simplifié (EFRAG, novembre 2025), page EFRAG sur les ESRS modifiés, page de la Commission européenne sur la CSRD et communiqué de la Commission du 9 décembre 2025.

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Foire aux questions

Quelle est la différence entre matérialité simple et double matérialité ?

La matérialité simple, ou financière, ne retient que les enjeux qui affectent la valeur de l'entreprise. La double matérialité ajoute l'angle de l'impact : les effets de l'entreprise sur les personnes et l'environnement. Selon les ESRS, un thème est matériel s'il l'est selon l'un ou l'autre de ces deux angles, sans qu'il soit nécessaire qu'il le soit selon les deux.

La matrice de double matérialité est-elle obligatoire ?

Non. Les ESRS exigent de décrire le processus d'identification et d'évaluation des impacts, risques et opportunités (IRO-1) et d'en publier le résultat (IRO-2), mais n'imposent aucun format graphique. La matrice reste un support utile pour la gouvernance, à condition d'afficher les seuils et d'être accompagnée de la liste des IRO matériels.

Faut-il refaire l'analyse de double matérialité chaque année ?

Pas nécessairement en totalité. À chaque date de clôture, l'entreprise doit vérifier si des changements significatifs, comme une acquisition, une nouvelle activité, une évolution réglementaire ou de méthode, peuvent modifier les conclusions. Si c'est le cas, l'analyse est mise à jour. Cette revue doit être documentée et les changements de processus publiés.

Doit-on consulter les parties prenantes ?

Le dialogue avec les parties prenantes affectées, mené dans le cadre de la vigilance, est une donnée d'entrée clé de la matérialité d'impact. Les ESRS n'exigent pas forcément un processus de consultation dédié, mais la direction doit informer les représentants des travailleurs et échanger avec eux. Entretiens ciblés et avis d'experts sont souvent plus utiles qu'un questionnaire large.

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