Conseils de gestion

Le commissaire à la transformation est le professionnel indépendant chargé d'apprécier la valeur des biens d'une société qui change de forme pour devenir une société par actions. Pour un dirigeant qui veut transformer sa SARL en SAS, afin d'accueillir un investisseur, de préparer une transmission ou de gagner en souplesse statutaire, c'est une étape incontournable : sans son rapport, l'opération peut être annulée.
Qui désigner, par qui, à quel moment ? Que vérifie-t-il, et que faire si des pertes ont entamé les capitaux propres ? Ce guide répond à ces questions à partir des textes en vigueur en 2026, y compris l'ordonnance du 12 mars 2025 applicable depuis le 1er octobre 2025.
Chez FINAUDEC, cabinet d'expertise comptable et de commissariat aux comptes, nous accompagnons régulièrement des restaurants, hôtels, organismes de formation et PME dans leur passage en SAS : nous vous livrons ici la méthode, un cas pratique chiffré et les erreurs que nous voyons le plus souvent.
Le commissaire à la transformation est prévu par l'article L224-3 du Code de commerce. Lorsqu'une société, quelle que soit sa forme, n'a pas de commissaire aux comptes et se transforme en société par actions (SA, SAS ou SCA), un ou plusieurs commissaires à la transformation sont désignés. Ils sont chargés d'apprécier, sous leur responsabilité, la valeur des biens composant l'actif social et les avantages particuliers.
Sa raison d'être est simple : les tiers se fient au capital affiché, et le passage en société par actions facilite la circulation des titres. Un regard extérieur confirme donc que le capital de la future SAS correspond à une réalité économique.
Le Code de commerce rattache d'ailleurs les deux fonctions : selon l'article R224-3 du Code de commerce, les commissaires à la transformation sont désignés et exercent leur mission dans les conditions prévues pour les commissaires aux apports. Si vous avez déjà réalisé une augmentation de capital par apport d'un fonds de commerce ou de titres, vous retrouverez une logique familière, que nous détaillons dans notre article sur le rôle du commissaire aux apports et les cas où il est obligatoire.
La différence tient à l'objet du contrôle : un bien apporté pour l'un, l'ensemble de l'actif social et les avantages particuliers pour l'autre.
Pour une transformation de SARL en SAS, la règle découle de la combinaison de plusieurs textes. L'article L224-3 vise toute société sans commissaire aux comptes qui devient une société par actions, ce qui inclut la SAS. L'article L227-3 du Code de commerce ajoute que la décision de transformation en SAS est prise à l'unanimité des associés. La fiche officielle du site entreprendre.service-public.gouv.fr consacrée au changement de forme juridique confirme que le passage de SARL en SAS suppose l'intervention d'un commissaire à la transformation.
C'est le cas le plus fréquent pour les TPE et PME. Dans ce cas, la désignation d'un commissaire à la transformation est obligatoire. Il n'existe pas de dispense pour la transformation d'une SARL en SAS : la mention « sauf accord unanime des associés » de l'article L224-3 porte sur le mode de désignation (choix direct par les associés plutôt que par le juge), pas sur le principe même de l'intervention.
L'article L224-3 ne s'applique qu'aux sociétés dépourvues de commissaire aux comptes. Lorsque la SARL en a un, parce qu'elle dépasse les seuils légaux ou que les associés l'ont nommé volontairement, c'est le commissaire aux comptes en place qui intervient sur l'opération, sans désignation d'un commissaire à la transformation. Pour vérifier si votre société franchit ces seuils, consultez notre guide sur les seuils de nomination du commissaire aux comptes en 2026.
| Situation de la SARL | Intervenant | Mission | Désignation |
|---|---|---|---|
| SARL sans commissaire aux comptes | Un ou plusieurs commissaires à la transformation | Apprécier la valeur des biens composant l'actif social et les avantages particuliers ; attester que les capitaux propres sont au moins égaux au capital social | Par les associés à l'unanimité, à défaut par le président du tribunal de commerce saisi sur requête |
| SARL dotée d'un commissaire aux comptes | Le commissaire aux comptes en place | Établir le rapport préalable à la transformation et vérifier les capitaux propres | Déjà nommé : pas de nouvelle désignation |
| EURL devenant SASU | Commissaire à la transformation (si pas de commissaire aux comptes) | Mêmes diligences que pour une SARL pluripersonnelle | Choix par l'associé unique, qui vaut accord unanime |
Par renvoi au régime des commissaires aux apports, prévu par l'article R22-10-7 du Code de commerce, le commissaire à la transformation est choisi parmi les commissaires aux comptes inscrits ou parmi les experts inscrits sur une des listes établies par les cours et tribunaux. En pratique, la grande majorité des missions est confiée à des commissaires aux comptes, qui disposent des normes professionnelles et de l'assurance adaptées.
Le commissaire à la transformation est soumis aux incompatibilités visées à l'article L821-31 du Code de commerce. Concrètement, un professionnel qui tient la comptabilité de la société, qui a conseillé les associés sur l'opération ou qui entretient avec eux des liens personnels ou financiers ne peut pas accepter la mission. Votre expert-comptable habituel est donc, en principe, exclu.
La voie amiable est presque toujours préférable : la transformation devant de toute façon être votée à l'unanimité, un associé qui refuse de désigner le commissaire annonce en général un vote bloquant.
Une fois désigné, le commissaire prend connaissance de la société et de l'opération, obtient les comptes du dernier exercice et une situation comptable intermédiaire récente, et examine le projet de statuts. Il apprécie la valeur des principaux actifs, notamment le fonds de commerce, les immobilisations corporelles, les stocks et les créances, et vérifie l'absence de passif non comptabilisé significatif.
Le rapport, destiné aux associés, fait aussi partie des pièces déposées lors des formalités.
L'article L223-43 du Code de commerce prévoit, pour la transformation d'une SARL en société anonyme, un rapport d'un commissaire aux comptes inscrit sur la situation de la société. L'article L224-3 permet de confier cette mission aux commissaires à la transformation, qui n'établissent alors qu'un seul rapport. Pour une transformation en SAS, il est d'usage que le rapport du commissaire couvre à la fois l'appréciation des biens et la situation de la société, ce qui simplifie le dossier.
Le rapport est tenu à la disposition des associés au siège social au moins 8 jours avant la date de l'assemblée appelée à statuer sur la transformation. En cas de consultation écrite, son texte est adressé à chaque associé et joint au projet de résolutions. Service Public précise qu'il est aussi déposé au greffe dans ce délai.
Les associés statuent sur l'évaluation des biens et l'octroi des avantages particuliers. Ils ne peuvent réduire ces évaluations ou avantages qu'à l'unanimité. Surtout, leur approbation expresse doit être mentionnée au procès-verbal. À défaut, la transformation peut être annulée. Depuis le 1er octobre 2025, l'ordonnance n° 2025-229 du 12 mars 2025 a remplacé la nullité automatique par une nullité facultative (« peut être annulée »), mais le risque contentieux demeure réel et un PV mal rédigé reste l'une des fragilités les plus courantes.
Prenons une SARL qui exploite deux restaurants en Île-de-France. Elle compte trois associés, dont le gérant majoritaire, et n'a pas de commissaire aux comptes. Un investisseur régional souhaite entrer au capital pour financer un troisième établissement, à condition que la société devienne une SAS avec des actions de préférence. Le capital social est de 100 000 €.
Avant même de contacter un commissaire, l'expert-comptable arrête une situation intermédiaire au 30 juin. Le calcul se fait ligne par ligne :
Les capitaux propres (60 000 €) sont inférieurs de 40 000 € au capital social (100 000 €) : l'attestation de l'article R224-3 est impossible et convoquer l'assemblée en l'état serait inutile.
On peut être tenté d'invoquer la valeur réelle du fonds de commerce, inscrit au bilan pour son coût d'acquisition alors que sa valeur de marché est sans doute supérieure. Mais l'attestation porte sur les capitaux propres, et une plus-value latente non comptabilisée ne corrige pas une insuffisance comptable. Le commissaire, qui engage sa responsabilité, retiendra une approche prudente.
Ici, l'option A est la plus simple : elle ne modifie pas la répartition du capital entre associés historiques et assainit la base avant l'entrée de l'investisseur. Les actions de préférence peuvent ensuite être émises dans une seconde opération, sur des statuts de SAS déjà adoptés.
Une transformation bien préparée suit une chronologie précise. Les délais de 8 jours avant l'assemblée et d'un mois pour l'annonce légale et le dépôt du dossier sont ceux indiqués par l'administration ; le reste dépend surtout de la disponibilité du commissaire et de la qualité des documents fournis.
Arrêté d'une situation comptable récente, contrôle des capitaux propres, revue des contrats (baux, prêts, agréments) et des incidences fiscales et sociales.
Accord unanime des associés ou, à défaut, requête du gérant auprès du président du tribunal de commerce.
Gouvernance, président, directeurs généraux, agrément, décisions collectives, avantages particuliers éventuels.
Rapport tenu à la disposition des associés au siège et déposé au greffe au moins 8 jours avant l'assemblée.
Vote à l'unanimité de la transformation, approbation expresse du rapport et des évaluations, nomination du président.
Publication dans un support habilité ; obtention de l'attestation de parution.
PV, statuts mis à jour, rapport du commissaire, attestation de parution ; publication au BODACC par le greffe.
La décision est prise en assemblée générale extraordinaire, à l'unanimité des associés : un seul associé absent et non représenté suffit à empêcher l'opération. Le procès-verbal doit comporter l'adoption des statuts de SAS, la nomination du président (et, le cas échéant, des directeurs généraux), l'approbation expresse du rapport du commissaire à la transformation et des évaluations, et la date d'effet de la transformation.
Service Public suggère une formulation du type « l'assemblée générale approuve le rapport sur la valeur des biens composant l'actif social ». Le capital de la SAS est fixé librement, sans minimum légal.
Dans le mois qui suit, la société publie une annonce légale mentionnant notamment l'ancienne et la nouvelle forme, la dénomination, le siège, le numéro SIREN, le capital et le greffe d'immatriculation. Elle dépose ensuite le dossier sur le guichet unique des formalités des entreprises : procès-verbal, statuts mis à jour certifiés conformes, rapport du commissaire et attestation de parution. Si les bénéficiaires effectifs changent, une nouvelle déclaration est nécessaire. La publication au BODACC, effectuée par le greffe, rend la transformation opposable aux tiers. Si la société détient des biens immobiliers, le service de la publicité foncière doit également être informé.
Selon l'article 1844-3 du Code civil, la transformation régulière d'une société en une société d'une autre forme n'entraîne pas la création d'une personne morale nouvelle. La SAS est la même société que la SARL : elle conserve son SIREN, son patrimoine, ses contrats, ses dettes et ses salariés. Il convient néanmoins de relire les contrats importants, car certains baux commerciaux, prêts bancaires ou contrats de franchise prévoient une information, voire un accord préalable, en cas de changement de forme ou de contrôle.
Pour une SARL soumise à l'impôt sur les sociétés qui devient une SAS également soumise à l'IS, l'opération n'emporte pas, en principe, les conséquences d'une cessation d'entreprise. La doctrine administrative (BOFiP, BOI-IS-CESS-20) précise que l'absence de création d'un être moral nouveau suppose l'absence de modification profonde du pacte social ou de l'activité, au-delà de ce qu'exige le changement de forme. Les écritures comptables doivent être reprises sans modification.
La situation est différente pour une SARL de famille ayant opté pour l'impôt sur le revenu. Cette option est propre à la SARL de famille et ne se transmet pas à la SAS : le changement de régime fiscal qui en découle peut produire des effets proches d'une cessation et doit être chiffré avant toute décision. Nous détaillons les enjeux de ce régime dans notre article sur la SARL de famille en restauration et le choix entre IR et IS.
C'est souvent l'effet le plus sensible pour le dirigeant. Le gérant majoritaire de SARL relève du régime des travailleurs non salariés ; le président de SAS rémunéré est assimilé salarié et relève du régime général, sans assurance chômage. Le changement de forme est aussi l'occasion de revoir l'arbitrage entre salaire et dividendes, que notre comparateur des statuts juridiques permet d'objectiver.
| Sujet | En SARL | En SAS |
|---|---|---|
| Dirigeant | Un ou plusieurs gérants, personnes physiques | Un président obligatoire, personne physique ou morale ; directeurs généraux possibles si les statuts le prévoient |
| Liberté statutaire | Règles de fonctionnement largement fixées par la loi | Organisation des pouvoirs et des décisions librement fixée par les statuts |
| Entrée de nouveaux associés | Cession de parts à des tiers soumise à agrément selon les règles légales | Clauses d'agrément, d'inaliénabilité ou d'exclusion à rédiger dans les statuts |
| Statut social du dirigeant | Gérant majoritaire : travailleur non salarié | Président rémunéré : assimilé salarié (régime général, hors assurance chômage) |
| Commissaire aux comptes | Selon les seuils légaux | Selon les seuils légaux, ou à la demande d'associés dans les cas prévus par la loi |
Le rapport doit être disponible 8 jours avant l'assemblée, après les diligences du commissaire. Fixer la date de l'assemblée avant de signer la lettre de mission conduit souvent à des reports.
L'accord unanime des associés permet de choisir le commissaire sans passer par le juge ; il ne permet pas de s'en passer lorsque la SARL n'a pas de commissaire aux comptes. Cette confusion, fréquente, expose la transformation à l'annulation.
Les pertes accumulées, fréquentes dans l'hôtellerie et la restauration après des années de travaux ou d'exploitation difficile, rendent l'attestation impossible. Vérifiez ce point en tout premier lieu, avec une situation comptable fiable, et intégrez la régularisation au calendrier.
Le professionnel qui tient votre comptabilité ou a monté l'opération ne peut pas être commissaire : une désignation irrégulière fragilise toute la transformation.
L'unanimité s'entend de tous les associés, y compris les minoritaires peu impliqués. Recueillez les pouvoirs en amont et vérifiez l'état des titres (démembrement, nantissement).
La liberté statutaire de la SAS est un atout seulement si les statuts sont adaptés : clauses d'agrément, règles de majorité, pouvoirs du président et des directeurs généraux, sort des associés minoritaires. Des statuts génériques reproduisent souvent les fragilités qu'on cherchait à corriger. Notre équipe juridique peut vous accompagner sur ce volet.
Le PV doit mentionner que les associés approuvent expressément l'évaluation des biens et l'octroi des avantages particuliers. Même si la nullité n'est plus automatique depuis le 1er octobre 2025, ce manquement reste une cause d'annulation possible.
La transformation d'une SARL en SAS repose sur trois piliers : un vote unanime des associés, un commissaire à la transformation (ou le commissaire aux comptes en place) qui apprécie l'actif social et atteste que les capitaux propres couvrent le capital, et des formalités réalisées dans le mois. La continuité de la personne morale rend l'opération en principe neutre fiscalement pour une société à l'IS, mais le changement de statut social du dirigeant et la rédaction des nouveaux statuts méritent une vraie réflexion.
Notre équipe peut intervenir comme commissaire aux comptes ou commissaire à la transformation pour des sociétés dont elle ne tient pas la comptabilité, et préparer l'opération en lien avec un commissaire indépendant lorsque nous sommes votre expert-comptable. Pour cadrer votre projet, découvrez notre expertise en audit légal et contractuel.
Oui, dès lors que la SARL n'a pas de commissaire aux comptes. L'article L224-3 du Code de commerce impose qu'une société sans commissaire aux comptes qui se transforme en société par actions fasse intervenir un ou plusieurs commissaires à la transformation. Si la SARL dispose déjà d'un commissaire aux comptes, c'est lui qui intervient. Une transformation réalisée sans ce rapport et sans approbation expresse des associés s'expose à l'annulation.
Les associés peuvent le choisir d'un commun accord, à l'unanimité. À défaut d'unanimité, le gérant présente une requête au président du tribunal de commerce, qui procède à la désignation. Le professionnel retenu est un commissaire aux comptes inscrit ou un expert inscrit sur une liste établie par les cours et tribunaux, et il ne doit pas se trouver dans une situation d'incompatibilité.
Pas s'il tient la comptabilité de la société ou l'a conseillée sur l'opération : le commissaire à la transformation est soumis aux incompatibilités applicables aux commissaires aux comptes, ce qui exclut celui qui a établi les comptes qu'il doit apprécier. L'expert-comptable reste en revanche l'interlocuteur naturel pour préparer la situation comptable, les simulations fiscales et sociales et le dossier remis au commissaire.
Le rapport doit être tenu à la disposition des associés au siège social au moins 8 jours avant la date de l'assemblée appelée à statuer sur la transformation, et déposé au greffe dans le même délai. En cas de consultation écrite, le texte du rapport est adressé à chaque associé avec le projet de résolutions. Prévoyez donc le temps de mission du commissaire en amont de ce délai.