Actualités comptables & fiscales

La loi sur le devoir de vigilance ne vise directement qu'une poignée de très grands groupes, mais ses effets descendent toute la chaîne d'approvisionnement. Si vous dirigez une ETI industrielle, un groupe de services ou une PME sous-traitante d'un grand compte, vous recevez sans doute déjà des questionnaires RSE, des clauses de « vigilance » dans vos contrats ou des demandes d'audit. Avec la directive européenne sur le devoir de vigilance (CS3D), ce mouvement va s'étendre à l'échelle de l'Union.
Le paysage a pourtant beaucoup bougé : l'Omnibus I, adopté en 2026, a relevé les seuils de la CS3D, supprimé l'obligation de plan de transition climatique et décalé le calendrier. Cet article fait le point sur ce que dit la loi française en vigueur, ce que prévoit la directive après sa révision, et surtout ce que vous devez concrètement préparer, que vous soyez assujetti ou fournisseur d'un groupe assujetti.
Chez FINAUDEC, cabinet d'expertise comptable et d'audit, nous accompagnons des PME et des ETI qui doivent répondre aux exigences de leurs donneurs d'ordre sans transformer chaque demande en chantier. Vous trouverez ici une méthode, un cas chiffré et une checklist directement utilisables.
La loi n° 2017-399 du 27 mars 2017 relative au devoir de vigilance des sociétés mères et des entreprises donneuses d'ordre impose à certaines grandes sociétés d'établir et mettre en œuvre de manière effective un plan de vigilance. Son objet : identifier les risques et prévenir les atteintes graves envers les droits humains et les libertés fondamentales, la santé et la sécurité des personnes ainsi que l'environnement.
Ces risques ne s'arrêtent pas aux murs de la société. Le plan doit couvrir les activités de la société elle-même, celles des sociétés qu'elle contrôle, mais aussi celles des sous-traitants et fournisseurs avec lesquels est entretenue une relation commerciale établie. C'est ce dernier point qui fait de la loi un sujet pour les ETI et les PME, même lorsqu'elles ne sont pas assujetties.
Les dispositions ont longtemps figuré aux articles L. 225-102-4 et L. 225-102-5 du code de commerce. Depuis le 1er janvier 2025, à la suite de l'ordonnance n° 2023-1142 du 6 décembre 2023 qui a transposé la CSRD, elles figurent aux articles L. 225-102-1 (plan de vigilance) et L. 225-102-2 (responsabilité) du code de commerce. Beaucoup de contrats et de politiques internes citent encore l'ancienne numérotation : profitez de la prochaine mise à jour pour corriger ces renvois.
Le critère est uniquement social : la loi ne fixe aucun seuil de chiffre d'affaires ou de bilan. Est concernée toute société qui emploie, à la clôture de deux exercices consécutifs :
Les filiales ou sociétés contrôlées qui dépassent elles-mêmes ces seuils sont réputées satisfaire à l'obligation si la société qui les contrôle établit un plan couvrant l'activité de l'ensemble du groupe. En pratique, c'est donc la tête de groupe qui porte le plan.
Une ETI de 1 500 ou 3 000 salariés n'entre pas dans le champ de la loi. Elle est en revanche presque toujours dans le périmètre de vigilance d'un ou plusieurs clients assujettis : constructeurs, distributeurs, énergéticiens, groupes de BTP ou de luxe. Une relation commerciale établie suffit à faire entrer le fournisseur dans la cartographie des risques du donneur d'ordre.
Le code de commerce fixe cinq mesures obligatoires. Le plan a vocation à être élaboré en association avec les parties prenantes de la société.
Le plan et le compte rendu de sa mise en œuvre effective sont rendus publics et intégrés au rapport de gestion. Pour les sociétés qui produisent ou commercialisent des produits agricoles ou forestiers, le plan doit aussi comporter des mesures de lutte contre la déforestation importée.
La logique est proche de celle de l'analyse de double matérialité utilisée pour le reporting CSRD : identifier les impacts, les hiérarchiser selon leur probabilité et leur gravité, puis documenter les actions. Les deux exercices gagnent à être menés avec une base commune de données.
La loi française ne prévoit pas d'amende administrative. Le législateur avait prévu une amende civile pouvant atteindre 10 millions d'euros, mais le Conseil constitutionnel l'a censurée dans sa décision n° 2017-750 DC du 23 mars 2017, jugeant les termes de l'obligation trop imprécis pour fonder une sanction de cette nature.
Deux leviers subsistent et suffisent à rendre le risque bien réel :
S'y ajoute un risque commercial : le code de la commande publique permet à l'acheteur public d'exclure d'une procédure une entreprise soumise à l'obligation qui n'a pas établi de plan de vigilance pour l'année précédant la consultation.
La directive devoir de vigilance, officiellement directive (UE) 2024/1760 sur le devoir de vigilance des entreprises en matière de durabilité, est entrée en vigueur le 25 juillet 2024. Elle a été modifiée une première fois par la directive (UE) 2025/794, qui a reporté certaines dates, puis par la directive (UE) 2026/470, publiée au Journal officiel de l'Union le 26 février 2026 et en vigueur depuis le 18 mars 2026. Cette seconde directive porte les modifications de fond du paquet Omnibus I, selon la page de la Commission européenne consacrée au devoir de vigilance.
Après l'Omnibus I, le devoir de vigilance européen vise :
Les micro-entreprises et les PME ne sont pas couvertes. Des contrats de franchise ou de licence peuvent aussi faire entrer une entreprise dans le champ lorsque des seuils de redevances et de chiffre d'affaires sont atteints.
Selon le communiqué du Parlement européen sur le vote de l'Omnibus, l'obligation d'adopter un plan de transition climatique est supprimée. Les amendes, fixées par les États membres, sont plafonnées à 3 % du chiffre d'affaires net mondial pour les manquements les plus graves. La responsabilité des entreprises est appréciée au niveau national, les personnes lésées conservant un droit à réparation intégrale lorsque la responsabilité est engagée.
La méthode est aussi recentrée : les entreprises peuvent concentrer leurs efforts sur les domaines où les impacts négatifs sont les plus probables et les plus graves, sur la base des informations raisonnablement disponibles. Et elles ne devraient demander des informations à leurs partenaires de moins de 5 000 salariés que lorsqu'une évaluation approfondie ne peut pas être obtenue autrement.
| Critère | Loi sur le devoir de vigilance (France) | Directive CS3D modifiée par l'Omnibus I |
|---|---|---|
| Texte | Loi n° 2017-399 du 27 mars 2017, articles L. 225-102-1 et L. 225-102-2 du code de commerce | Directive (UE) 2024/1760, modifiée par les directives (UE) 2025/794 et (UE) 2026/470 |
| Seuil d'effectif | 5 000 salariés (société et filiales en France) ou 10 000 salariés (France et étranger), deux exercices consécutifs | 5 000 salariés |
| Seuil financier | Aucun | 1,5 milliard d'euros de chiffre d'affaires net mondial (consolidé pour la société mère ultime) |
| Sociétés hors UE | Non visées en tant que telles | Visées au-delà de 1,5 milliard d'euros de chiffre d'affaires net réalisé dans l'UE |
| Périmètre de la vigilance | Société, sociétés contrôlées, sous-traitants et fournisseurs en relation commerciale établie | Activités propres, filiales et « chaîne d'activités », avec priorisation des impacts les plus probables et les plus graves |
| Sanction | Injonction sous astreinte après mise en demeure de trois mois ; responsabilité civile pour faute | Amendes fixées par les États membres, plafonnées à 3 % du chiffre d'affaires net mondial ; droit à réparation intégrale |
| Plan de transition climatique | Non prévu par la loi | Obligation supprimée par l'Omnibus I |
| Date d'application | En vigueur depuis 2017 | Transposition au plus tard le 26 juillet 2028, application à compter du 26 juillet 2029 |
Les États membres doivent adopter et publier leurs mesures de transposition au plus tard le 26 juillet 2028. Ces mesures s'appliqueront à compter du 26 juillet 2029 à toutes les entreprises du champ, à une date unique. La communication annuelle prévue à l'article 16 de la directive s'appliquera aux exercices ouverts à compter du 1er janvier 2030.
Entre-temps, la Commission doit publier ses principales lignes directrices au plus tard le 26 juillet 2027 et des lignes directrices complémentaires d'ici au 26 juillet 2028, ainsi que des clauses contractuelles types facultatives. Ces documents seront décisifs pour les sous-traitants : ils fixeront en pratique le niveau d'exigence que les grands groupes répercuteront dans leurs contrats.
Loi n° 2017-399 relative au devoir de vigilance des sociétés mères et des entreprises donneuses d'ordre.
Entrée en vigueur de la directive (UE) 2024/1760, dite CS3D ou CSDDD.
Publication au Journal officiel de l'UE de la directive (UE) 2026/470 (Omnibus I), en vigueur depuis le 18 mars 2026 : seuils relevés, plan de transition supprimé, amende plafonnée à 3 %.
Date limite pour les principales lignes directrices de la Commission européenne.
Date limite de transposition par les États membres, dont la France.
Application des mesures nationales de transposition à toutes les entreprises du champ.
Exercices ouverts à compter de cette date : communication annuelle sur la vigilance prévue par l'article 16 de la directive.
Le couple CSRD CS3D est souvent présenté comme un tout. Les deux textes sont liés, mais ils ne répondent pas à la même question. La CSRD est une obligation de reporting : publier des informations de durabilité selon les normes ESRS. La CS3D est une obligation de comportement : identifier, prévenir et faire cesser les atteintes, dans ses activités et dans sa chaîne d'activités.
L'Omnibus I a aussi resserré le champ de la CSRD : selon le Parlement européen, elle vise désormais les entreprises de plus de 1 000 salariés en moyenne réalisant plus de 450 millions d'euros de chiffre d'affaires net annuel. Le détail figure dans notre article sur les seuils CSRD après l'Omnibus. Une ETI peut ainsi se trouver hors CSRD et hors CS3D, tout en restant fournisseur de groupes soumis aux deux textes.
Le point de convergence est la protection de la chaîne de valeur. Côté CSRD, les entreprises de moins de 1 000 salariés n'ont pas à fournir à leurs grands partenaires d'informations allant au-delà de la norme volontaire. Côté CS3D, les demandes aux partenaires de moins de 5 000 salariés doivent rester l'exception. Dans les deux cas, disposer d'un socle de données conforme à la norme VSME de reporting volontaire est la meilleure façon de répondre une fois pour toutes.
Juridiquement, un sous-traitant non assujetti n'a aucune obligation propre de vigilance. Économiquement, il en a beaucoup : le donneur d'ordre répercute ses obligations par le contrat, par ses procédures d'achats et par ses audits. Ne pas répondre, c'est risquer d'être déclassé dans le panel fournisseurs ou de perdre un appel d'offres.
| Demande du donneur d'ordre | Ce qu'elle recouvre | Réponse à préparer |
|---|---|---|
| Questionnaire RSE ou plateforme d'évaluation | Politique sociale, sécurité, environnement, éthique des affaires, fournisseurs de rang 2 | Un dossier de preuves unique, mis à jour une fois par an, réutilisé pour tous les clients |
| Clause contractuelle de vigilance | Engagement de respecter un code de conduite fournisseur, d'en répercuter les exigences et d'accepter des audits | Revue juridique : périmètre, coût des audits, délai de correction, conditions de résiliation |
| Audit sur site | Conditions de travail, santé-sécurité, gestion des sous-traitants, traçabilité | Document unique à jour, registres, contrats de sous-traitance, procédure d'achats responsables |
| Données chiffrées (carbone, accidents, effectifs) | Indicateurs utilisés dans le reporting de durabilité du client | Indicateurs alignés sur la norme volontaire VSME, avec une méthode de calcul documentée |
| Plan d'action correctif | Mesures de prévention ou de correction après une alerte ou un audit | Calendrier réaliste, responsable désigné, preuves de clôture |
| Mécanisme d'alerte | Accès des salariés et des tiers au dispositif de signalement du client | Information du personnel et articulation avec votre propre canal de signalement |
Les clauses de vigilance sont souvent rédigées unilatéralement par l'acheteur. Avant de signer, examinez notamment :
Trois questions suffisent pour situer votre entreprise. Les deux premières tiennent aux seuils, la troisième à votre position dans la chaîne de valeur de vos clients.
Votre société, avec ses filiales directes ou indirectes, emploie-t-elle au moins 5 000 salariés en France, ou au moins 10 000 salariés en France et à l'étranger, à la clôture de deux exercices consécutifs ?
Votre groupe compte-t-il au moins 5 000 salariés et réalise-t-il plus de 1,5 milliard d'euros de chiffre d'affaires net mondial ?
Travaillez-vous comme fournisseur ou sous-traitant d'un groupe soumis à la loi française ou à la CS3D ?
Prenons un groupe industriel familial fictif : une société holding et quatre filiales, 2 800 salariés en France et 900 salariés dans deux filiales au Portugal et au Maroc, soit 3 700 salariés au total, pour un chiffre d'affaires consolidé de 520 millions d'euros. Il fabrique des sous-ensembles métalliques pour trois grands groupes, qui représentent 55 % de son chiffre d'affaires.
Conclusion : pas d'obligation directe de vigilance, mais une obligation de reporting probable et une exposition commerciale forte, puisque plus de la moitié du chiffre d'affaires dépend de clients soumis au devoir de vigilance.
Les trois clients ont adressé en un an 14 questionnaires différents, totalisant 620 questions. Le service qualité estime y avoir consacré 45 jours de travail, soit, sur la base d'un coût chargé de 600 € par jour, 27 000 € de temps passé, sans capitaliser d'une réponse à l'autre. Un client a par ailleurs conditionné le renouvellement d'un contrat de 40 millions d'euros sur trois ans à un audit fournisseur favorable.
La direction décide de structurer une démarche plutôt que de répondre au fil de l'eau. Le budget de la première année se décompose ainsi :
Rapporté au contrat de 40 millions d'euros sur trois ans, soit environ 13,3 millions d'euros par an, le budget annuel représente 0,64 % du chiffre d'affaires du seul contrat menacé (85 000 € / 13 300 000 €). Dès la deuxième année, le coût baisse : la cartographie est mise à jour plutôt que refaite, et le temps passé sur les questionnaires diminue fortement grâce au dossier de preuves unique. Les montants ci-dessus sont des hypothèses de travail : chaque entreprise doit les recalculer à partir de ses propres coûts.
Que vous soyez assujetti ou fournisseur, la même méthode s'applique. Elle repose sur une idée simple : documenter une fois, réutiliser partout.
Ce socle sert aussi votre reporting extra-financier et vos dossiers de financement : les banques et les investisseurs posent de plus en plus les mêmes questions que vos clients.
La loi française de 2017 reste la référence aujourd'hui, avec ses seuils de 5 000 et 10 000 salariés et ses cinq mesures obligatoires. La CS3D, recentrée par l'Omnibus I sur les groupes de 5 000 salariés et 1,5 milliard d'euros de chiffre d'affaires, s'appliquera à compter du 26 juillet 2029. Pour la grande majorité des ETI et des sous-traitants, l'enjeu n'est pas l'assujettissement direct mais la capacité à répondre, de façon cohérente et documentée, aux exigences des donneurs d'ordre.
Une démarche structurée coûte moins cher que des réponses improvisées et protège vos contrats. Pour cartographier vos risques, bâtir votre dossier de preuves et articuler vigilance et CSRD, découvrez l'accompagnement reporting de durabilité de FINAUDEC.
À lire aussi
Sont visées les sociétés qui emploient, à la clôture de deux exercices consécutifs, au moins 5 000 salariés avec leurs filiales dont le siège est en France, ou au moins 10 000 salariés avec leurs filiales en France et à l'étranger. Aucun seuil de chiffre d'affaires n'est prévu. Les filiales sont dispensées si la société qui les contrôle établit un plan couvrant tout le groupe.
Non, s'il est sous les seuils. Mais son donneur d'ordre assujetti doit couvrir les sous-traitants et fournisseurs avec lesquels il entretient une relation commerciale établie. Le sous-traitant reçoit donc des questionnaires, des clauses contractuelles et parfois des audits. Mieux vaut préparer un dossier de preuves unique, réutilisable pour l'ensemble de ses clients.
Après l'Omnibus I, les États membres doivent transposer la directive au plus tard le 26 juillet 2028, pour une application à compter du 26 juillet 2029 à toutes les entreprises du champ. D'ici là, la loi française de 2017 continue de s'appliquer avec ses propres seuils, qui ne sont pas identiques à ceux de la directive.
La directive vise les entreprises de l'Union comptant au moins 5 000 salariés et réalisant plus de 1,5 milliard d'euros de chiffre d'affaires net mondial, ainsi que les entreprises de pays tiers réalisant plus de 1,5 milliard d'euros de chiffre d'affaires net dans l'Union. Les PME et micro-entreprises ne sont pas couvertes.