Conseils de gestion

Vous dirigez un restaurant ou un hôtel-restaurant ? Découvrez comment un expert-comptable spécialisé en restauration sécurise votre TVA, votre paie HCR et vos marges.
Un restaurant peut-il ouvrir le 1er mai ? La question revient chaque printemps dans les cuisines et les salles. Le 1er mai est le seul jour férié que le Code du travail déclare obligatoirement chômé pour tous les salariés, alors que le jour de la fête du Travail est souvent un service plein pour un restaurant de quartier, une brasserie touristique ou une terrasse en bord de mer. Entre le chiffre d'affaires espéré et le risque juridique, le restaurateur employeur doit trancher en connaissance de cause.
La réponse courte : oui, un restaurant peut ouvrir, mais pas dans n'importe quelles conditions dès lors qu'il emploie des salariés. Il faut pouvoir justifier que l'activité ne peut pas être interrompue, payer double chaque salarié qui travaille et maintenir le salaire de ceux qui sont en repos. Cet article détaille les textes applicables, la paie ligne par ligne, un cas chiffré complet, les sanctions encourues et les erreurs que l'on retrouve le plus souvent lors des contrôles.
Chez FINAUDEC, cabinet d'expertise comptable spécialisé en hôtellerie et restauration, nous préparons chaque année la paie de mai de nombreux établissements : les remarques qui suivent viennent de cette pratique.
Trois articles du Code du travail suffisent à poser le cadre. L'article L3133-4 est court : « Le 1er mai est jour férié et chômé ». L'article L3133-5 interdit que ce chômage entraîne une réduction de salaire. L'article L3133-6 prévoit l'exception : dans les établissements et services qui, en raison de la nature de leur activité, ne peuvent interrompre le travail, les salariés occupés le 1er mai ont droit, en plus du salaire correspondant au travail accompli, à une indemnité égale au montant de ce salaire, à la charge de l'employeur.
Ces règles sont d'ordre public : une convention collective, un accord d'entreprise ou un contrat de travail peut prévoir mieux pour le salarié, jamais moins. C'est ce que rappelle la fiche Service-Public consacrée aux jours fériés, vérifiée au 1er janvier 2026. En pratique, le régime du 1er mai est donc identique dans un restaurant traditionnel, une pizzeria, un restaurant d'hôtel ou un établissement de restauration rapide.
Pour les autres jours fériés, le Code du travail laisse une large place à la négociation collective : ils ne sont chômés que si un accord le prévoit ou, à défaut, si l'employeur le décide. Le 1er mai obéit à une logique inverse : le chômage est la règle et le travail l'exception. Le tableau ci-dessous résume les différences qui comptent pour un restaurateur.
| Point | 1er mai | Autres jours fériés |
|---|---|---|
| Statut légal | Férié et chômé pour tous les salariés (L3133-4) | Chômés seulement si un accord collectif ou l'employeur le prévoit |
| Travail possible ? | Seulement si l'activité ne peut pas être interrompue (L3133-6) | Oui, sauf disposition conventionnelle contraire |
| Rémunération si travaillé | Salaire + indemnité égale au salaire : paie doublée | Selon la convention collective (HCR : règles propres) |
| Rémunération si chômé | Aucune réduction de salaire (L3133-5) | Maintien du salaire à partir de 3 mois d'ancienneté |
| Sanction pénale spécifique | Contravention de 4e classe par salarié (R3135-3) | Pas de sanction spécifique équivalente |
Dans la branche des hôtels, cafés, restaurants, la convention collective comporte des règles propres aux jours fériés autres que le 1er mai, issues notamment de l'avenant n° 2 du 5 février 2007 et de l'avenant du 15 décembre 2009, auxquels renvoie le Code du travail numérique. Leur articulation avec les heures supplémentaires est détaillée dans notre guide sur les heures supplémentaires et jours fériés en HCR.
Oui, à condition d'entrer dans l'exception de l'article L3133-6. Le texte ne dresse aucune liste d'activités autorisées : il vise les établissements qui, en raison de la nature de leur activité, ne peuvent pas interrompre le travail. Les fiches officielles citent des exemples comme les hôpitaux ou les transports publics. La restauration n'y figure pas nommément, ce qui impose de raisonner établissement par établissement.
Concrètement, l'administration et le juge regardent la réalité de l'activité. Un restaurant d'hôtel qui sert des clients hébergés, un établissement ouvert tous les jours de l'année ou une adresse dont l'activité repose sur l'accueil continu de la clientèle disposent d'arguments plus solides qu'un restaurant qui ferme habituellement plusieurs jours par semaine et choisit d'ouvrir spécialement le 1er mai pour profiter de l'affluence. Le simple intérêt commercial de la journée n'est pas, à lui seul, un argument tiré de la nature de l'activité.
Le Code du travail protège les salariés. Le gérant majoritaire de SARL, le président de SAS non rémunéré par un contrat de travail ou l'entrepreneur individuel peut donc servir ses clients le 1er mai sans enfreindre ces règles. Beaucoup de petits établissements choisissent cette voie : ouverture assurée par le ou les dirigeants, carte réduite, équipe salariée au repos avec salaire maintenu.
L'article L3133-6 ne subordonne pas le travail du 1er mai à l'accord du salarié. Dans un établissement qui remplit la condition, l'employeur peut donc l'inscrire au planning, en respectant les délais de prévenance prévus par la convention collective et le contrat. Faire appel en priorité aux volontaires reste néanmoins la meilleure façon d'éviter les tensions et les contestations ultérieures, surtout lorsque l'éligibilité de l'établissement à l'exception est discutable.
Le Code du travail encadre le travail des salariés. Le dirigeant non salarié n'est pas visé par ces règles.
C'est le critère de l'article L3133-6. Il s'apprécie au cas par cas, à partir de la réalité de l'activité de l'établissement.
Rubrique dédiée « indemnité 1er mai », planning conservé, maintien de salaire pour les absents, contrôle avant clôture de la paie de mai.
La règle tient en une phrase : le salarié perçoit le salaire de ses heures, plus une indemnité égale au montant de ce salaire. La fiche Entreprendre Service-Public sur les jours fériés le résume ainsi : le salarié qui travaille le 1er mai est payé le double. Ce doublement est une indemnité légale, distincte des majorations d'heures supplémentaires.
Pour un serveur ou un cuisinier mensualisé, le salaire de la journée du 1er mai est déjà compris dans le salaire de base du mois. Il ne faut donc rien retirer, et il faut ajouter une ligne d'indemnité égale au salaire des heures effectuées ce jour-là. Le réflexe consistant à « payer la journée deux fois » en ajoutant deux fois le salaire du jour au salaire mensuel aboutit à un triplement, erreur plus rare mais coûteuse.
Pour un salarié payé à l'heure, notamment un extra en CDD d'usage, la logique est la même : les heures effectuées sont payées au taux contractuel, puis une indemnité d'un montant identique s'ajoute. Le fait que le contrat ait été conclu pour la seule journée du 1er mai ne change rien : l'indemnité est due dès lors que le salarié a travaillé ce jour-là.
Le texte vise « le salaire correspondant au travail accompli ». Il s'agit au minimum du salaire des heures effectuées le 1er mai. Lorsque certaines de ces heures sont des heures supplémentaires, ou que des éléments de rémunération sont directement liés au travail de la journée, leur prise en compte dans la base de l'indemnité doit être examinée avec votre gestionnaire de paie : c'est un point fréquent de discussion lors des contrôles, et mieux vaut une position documentée et homogène pour toute l'équipe.
| Profil | S'il travaille le 1er mai | Si l'établissement est fermé |
|---|---|---|
| Salarié mensualisé (serveur, cuisinier) | Salaire mensuel habituel + indemnité égale au salaire des heures faites | Salaire mensuel maintenu, sans déduction |
| Salarié payé à l'heure | Heures payées + indemnité d'un montant égal | Indemnité égale au salaire perdu, sur la base de l'horaire habituel |
| Extra en CDD d'usage | Heures payées + indemnité d'un montant égal | Pas d'embauche ce jour-là : pas de salaire à verser |
| Salarié à temps partiel | Heures faites + indemnité d'un montant égal | Salaire maintenu si le 1er mai tombe un jour habituellement travaillé |
| Salarié en repos habituel ce jour-là | Cas d'un rappel exceptionnel : paie doublée | Pas de perte de salaire, donc pas d'indemnité |
Sur le bulletin, la bonne pratique consiste à créer une rubrique distincte intitulée « Indemnité 1er mai » plutôt que d'augmenter les heures payées. Elle rend le paiement double visible pour le salarié et pour un contrôleur. Pour vérifier la présentation de vos bulletins, notre guide pour lire une fiche de paie ligne par ligne détaille chaque rubrique.
Lorsque le restaurant ferme, ou qu'un salarié n'est pas au planning, l'article L3133-5 joue pleinement : le chômage du 1er mai ne peut pas entraîner de réduction de salaire. Pour un salarié mensualisé, cela signifie simplement qu'aucune retenue n'est opérée sur le salaire de mai.
Pour les salariés payés à l'heure, à la journée ou au rendement, le texte prévoit une indemnité égale au salaire perdu, à la charge de l'employeur. Selon l'article D3133-1, elle se calcule sur la base de l'horaire de travail et de la répartition de la durée hebdomadaire habituellement pratiquées dans l'établissement. Un salarié à temps partiel qui travaille habituellement le vendredi perçoit donc le salaire qu'il aurait gagné le vendredi 1er mai 2026.
Si le 1er mai coïncide avec le jour de repos habituel du salarié, il n'y a pas de salaire perdu, donc pas d'indemnité à verser au titre du chômage du 1er mai. Le calendrier compte : le 1er mai 2026 tombait un vendredi, jour généralement travaillé en restauration, et le 1er mai 2027 tombera un samedi, comme l'indique la fiche Entreprendre Service-Public. Les plannings de roulement doivent être examinés salarié par salarié.
Les jeunes de moins de 18 ans ne peuvent pas, en principe, travailler les jours fériés légaux. La restauration fait partie des secteurs bénéficiant d'une dérogation, avec un repos hebdomadaire d'au moins 36 heures consécutives. S'agissant du 1er mai, jour soumis à des règles d'ordre public spécifiques, nous conseillons de vérifier au cas par cas la situation de chaque apprenti mineur avant de l'inscrire au planning.
Prenons une brasserie parisienne ouverte sept jours sur sept, qui sert habituellement midi et soir, et dont le dirigeant a documenté les raisons pour lesquelles l'activité ne s'interrompt pas. Le 1er mai, six salariés travaillent : trois serveurs, deux cuisiniers et un plongeur. Ils totalisent 52 heures dans la journée. Pour simplifier, retenons un taux horaire brut moyen de 14 € et un taux de charges patronales de 30 %. Ces deux taux sont des hypothèses de travail : vos données de paie réelles, réductions de cotisations comprises, peuvent s'en écarter sensiblement.
Étape 1 : le salaire des heures travaillées est de 52 × 14 = 728 € brut. Étape 2 : l'indemnité du 1er mai est égale à ce salaire, soit 728 € brut. Étape 3 : le brut total de la journée atteint 1 456 €. Étape 4 : les charges patronales, calculées sur ce total, représentent environ 437 €. Le coût complet de la journée est donc de l'ordre de 1 893 €, dont environ 946 € de surcoût directement lié au 1er mai.
Le surcoût de 946 € doit être comparé à la marge supplémentaire dégagée par l'ouverture, et non au chiffre d'affaires. Si la brasserie réalise ce jour-là 6 000 € de chiffre d'affaires hors taxes avec un coût matière de 28 %, la marge brute est d'environ 4 320 €. Après les charges de personnel de la journée (1 893 €), il reste environ 2 427 € pour couvrir les autres charges variables (énergie, consommables, commissions de paiement). L'ouverture est rentable.
Avec 2 500 € de chiffre d'affaires hors taxes, la marge brute tombe à 1 800 €, soit moins que le coût du personnel de la journée. Dans ce scénario, il vaut mieux fermer, ou réduire l'équipe et le service. Ce calcul se fait en quelques minutes si votre tableau de bord restaurant suit déjà le chiffre d'affaires par service, le ratio de masse salariale et le coût matière.
N'oubliez pas un dernier coût : celui de l'équipe non présente. Les salariés en repos continuent d'être payés. Ce salaire est dû que vous ouvriez ou non : il ne doit donc pas entrer dans le calcul de décision, mais il pèse sur la masse salariale du mois de mai et doit être anticipé dans votre budget.
Le Code du travail prévoit une sanction pénale spécifique. Selon l'article R3135-3, le fait de méconnaître les règles relatives à la journée du 1er mai est puni de l'amende prévue pour les contraventions de la 4e classe, et l'amende est appliquée autant de fois qu'il y a de salariés indûment employés ou rémunérés. L'article 131-13 du Code pénal fixe le plafond de l'amende de 4e classe à 750 €.
Reprenons la brasserie de notre exemple : si l'exception de l'article L3133-6 n'est pas reconnue, ou si l'indemnité n'a pas été versée, les six salariés présents exposent l'employeur à six amendes, soit jusqu'à 4 500 € pour une personne physique. Pour une société, le montant encouru peut être plus élevé, car les amendes applicables aux personnes morales obéissent à des règles propres.
Au-delà de l'amende, un salarié non payé double peut réclamer l'indemnité due. L'article L3245-1 fixe la prescription de l'action en paiement du salaire à trois ans, à compter du jour où le salarié a connu ou aurait dû connaître les faits. Un établissement qui ouvre chaque 1er mai sans payer correctement son équipe peut donc se voir réclamer trois années d'indemnités, en particulier au moment d'un départ conflictuel, auxquelles s'ajoutent les cotisations sociales correspondantes.
En cas de contestation, c'est à l'employeur de démontrer que la règle a été respectée. Les documents utiles sont simples : le planning de la journée, le relevé des heures, les bulletins de mai avec la rubrique dédiée et une note expliquant pourquoi l'activité de l'établissement ne peut pas être interrompue. Sans ces pièces, la discussion est difficile à gagner.
Les mêmes erreurs reviennent d'une année sur l'autre. Elles sont rarement volontaires : elles tiennent souvent à une confusion avec le régime des autres jours fériés ou à un paramétrage de logiciel de paie incomplet.
Le 1er mai se prépare dès le mois de mars, au moment où les plannings d'avril et de mai sont construits. Voici la méthode que nous recommandons à nos clients restaurateurs.
| Contrôle | Pourquoi | Pièce à conserver |
|---|---|---|
| Liste nominative des présents le 1er mai | L'amende est calculée par salarié | Planning signé et relevé d'heures |
| Rubrique « indemnité 1er mai » sur chaque bulletin concerné | Prouver le paiement double | Bulletins de paie de mai |
| Maintien de salaire pour les absents | Aucune réduction de salaire autorisée | Bulletins, absence de retenue |
| Justification de l'ouverture | Démontrer que l'activité ne peut pas être interrompue | Note interne : réservations, service continu, contraintes |
| Situation des mineurs | Règles spécifiques aux jours fériés | Contrat d'apprentissage, planning |
Si vous employez une équipe nombreuse ou plusieurs établissements, la vérification gagne à être faite par un regard extérieur. Les règles de la convention HCR qui interagissent avec le 1er mai (durée du travail, avantage en nature repas, heures supplémentaires) sont présentées dans notre article sur les spécificités de paie de la convention collective HCR.
Un hôtel ne ferme pas : les clients hébergés doivent être accueillis et, souvent, nourris. Le restaurant intégré à un établissement hôtelier qui sert sa clientèle résidente dispose donc d'un argument fort au regard de la nature de l'activité. La paie suit la même règle : chaque salarié présent le 1er mai, à la réception comme en cuisine, perçoit l'indemnité égale à son salaire.
Fermer la salle et maintenir la vente à emporter ou la livraison ne change pas l'analyse : les salariés qui préparent les commandes travaillent le 1er mai et doivent être payés double. Si l'établissement ne peut pas justifier que son activité ne peut être interrompue, la vente à emporter assurée par des salariés n'est pas plus sûre que le service en salle.
Un traiteur qui assure une réception le 1er mai doit lui aussi apprécier sa situation au regard de l'article L3133-6. La prestation ponctuelle commandée par un client ne relève pas, par elle-même, d'une activité qui ne peut pas s'interrompre. La prudence commande de mesurer ce risque avant d'accepter la commande et, si elle est acceptée, de payer double l'ensemble du personnel mobilisé.
Un restaurant peut ouvrir le 1er mai. Sans salariés, aucune règle spécifique ne s'y oppose. Avec des salariés, l'ouverture suppose que l'activité ne puisse pas, par nature, être interrompue, et chaque salarié présent doit percevoir son salaire plus une indemnité d'un montant égal. Les salariés en repos conservent leur salaire. En cas de manquement, l'amende de 4e classe est multipliée par le nombre de salariés concernés, et les rappels de salaire peuvent remonter sur trois ans.
La décision d'ouvrir se prend sur la marge, pas sur le seul chiffre d'affaires, et la conformité se joue dans le paramétrage de la paie de mai. Pour sécuriser vos plannings, vos bulletins et vos arbitrages de masse salariale, découvrez notre accompagnement en social et paie pour les restaurants et hôtels.
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Oui. Les règles du 1er mai figurent dans le Code du travail et protègent les salariés. Un restaurateur qui exploite seul, ou avec des associés non salariés, peut ouvrir son établissement ce jour-là sans formalité particulière liée au jour férié. La question ne se pose qu'à partir du moment où un salarié, même un extra embauché pour la journée, est présent dans l'établissement.
Le salarié perçoit le salaire correspondant au travail accompli, plus une indemnité égale au montant de ce salaire, à la charge de l'employeur (article L3133-6 du Code du travail). Concrètement, la journée est payée double. Pour un salarié mensualisé, le salaire de la journée est déjà inclus dans le salaire mensuel : il faut donc ajouter une ligne d'indemnité égale au salaire des heures effectuées.
Le texte prévoit une indemnité en argent, égale au salaire de la journée travaillée. Il ne prévoit pas de remplacement par un repos compensateur. Accorder un jour de repos peut être un geste supplémentaire, mais ne dispense pas de verser l'indemnité. En cas de contrôle, un repos accordé à la place du paiement serait regardé comme une rémunération insuffisante du 1er mai.
La méconnaissance des règles du 1er mai est punie de l'amende prévue pour les contraventions de 4e classe, soit 750 € au plus, et cette amende est appliquée autant de fois qu'il y a de salariés indûment employés ou rémunérés (article R3135-3). S'y ajoutent les rappels de salaire, que le salarié peut réclamer sur trois ans.