Conseils de gestion

Votre groupe vient de franchir un nouveau palier : acquisition d'un établissement, création de filiales, croissance du chiffre d'affaires. À la clé, une question souvent découverte tard : faut-il nommer un co commissaire aux comptes ? Dès qu'une société est tenue de publier des comptes consolidés, le Code de commerce lui impose en effet de désigner au moins deux commissaires aux comptes. Ce double regard, appelé co-commissariat, est une exigence légale, pas une option de confort.
Ce guide vous explique précisément quand le co-commissariat devient obligatoire, comment savoir si votre groupe doit consolider, comment s'organisent concrètement deux cabinets sur un même dossier et ce que cela coûte, cas chiffré à l'appui. Vous y trouverez aussi un arbre de décision, une méthode de nomination et les erreurs qui fragilisent le plus souvent les assemblées.
Chez FINAUDEC, cabinet d'expertise comptable et de commissariat aux comptes, nous intervenons en co-commissariat auprès de groupes de PME et d'ETI, notamment dans l'hôtellerie, la restauration et la formation. Les situations décrites ci-dessous sont celles que nous rencontrons au quotidien.
Le co-commissaire aux comptes est l'un des commissaires aux comptes titulaires désignés pour exercer ensemble la mission de certification des comptes d'une même entité. Il ne s'agit ni d'un suppléant, ni d'un auditeur de second rang : chaque co-commissaire est pleinement titulaire, engage sa responsabilité et signe le rapport.
Ensemble, les co-commissaires forment l'organe de contrôle légal des comptes. La norme d'exercice professionnel relative à l'audit des comptes réalisé par plusieurs commissaires aux comptes, dite NEP 100, révisée et homologuée par l'arrêté du 27 juillet 2023, fixe leurs règles de travail. Chacun doit se forger sa propre opinion, en s'appuyant sur ses travaux et sur ceux de son confrère, qu'il revoit.
Pour revoir les fondamentaux de la mission, consultez notre article sur la mission et les rapports du commissaire aux comptes.
La règle tient en une phrase. Selon l'article L821-41 du Code de commerce, en vigueur depuis le 1er janvier 2024 (ordonnance n° 2023-1142 du 6 décembre 2023), les personnes et entités tenues de publier des comptes consolidés désignent au moins deux commissaires aux comptes pour la certification de leurs comptes. Cette disposition reprend l'ancienne règle de l'article L823-2, renumérotée par l'ordonnance.
Trois enseignements pratiques en découlent :
Certains textes sectoriels imposent aussi deux commissaires. C'est le cas, en principe, des établissements de crédit, sociétés de financement et entreprises d'investissement, dont le contrôle est exercé par au moins deux commissaires aux comptes selon l'article L511-38 du Code monétaire et financier. Les comptes consolidés ou combinés des coopératives agricoles sont également certifiés par deux commissaires au moins (article L524-6-3 du Code rural et de la pêche maritime).
À l'inverse, une entité d'intérêt public qui n'établit pas de comptes consolidés doit désigner au moins un commissaire aux comptes (article L821-42). Et une société qui contrôle d'autres sociétés sans être tenue de consolider relève de l'article L821-43 : elle désigne au moins un commissaire lorsque l'ensemble dépasse les seuils fixés par décret. Nous détaillons ces seuils dans notre guide sur les seuils de nomination du commissaire aux comptes.
| Point | Un seul commissaire aux comptes | Co-commissariat (au moins deux) |
|---|---|---|
| Cas typique | Société ou groupe sous les seuils de consolidation, ou nomination volontaire | Entité tenue de publier des comptes consolidés (art. L821-41) |
| Organisation des travaux | Un seul dossier, un seul plan de mission | Plan de mission concerté, travaux répartis de façon équilibrée et revus par l'autre commissaire |
| Rapport sur les comptes | Signé par le commissaire | Rapport commun signé par chaque commissaire, opinions divergentes mentionnées le cas échéant |
| Échanges avec la direction | Interlocuteur unique | Communication conjointe et concertée |
| Durée du mandat | Six exercices (trois exercices possibles en cas de nomination volontaire ou au titre de l'article L821-43) | Six exercices pour chaque commissaire |
| Suppléant | Requis si le titulaire est une personne physique ou une société unipersonnelle | Même règle, appréciée pour chaque titulaire |
Puisque tout part de l'obligation de consolider, c'est elle qu'il faut vérifier en premier. L'article L233-16 du Code de commerce impose aux sociétés commerciales qui contrôlent de manière exclusive ou conjointe une ou plusieurs entreprises d'établir et de publier chaque année des comptes consolidés et un rapport sur la gestion du groupe.
Le contrôle exclusif résulte de la détention de la majorité des droits de vote, de la désignation pendant deux exercices successifs de la majorité des membres des organes de direction (présumée lorsque la société a détenu plus de 40 % des droits de vote et qu'aucun autre associé ne détenait une fraction supérieure), ou d'une influence dominante prévue par contrat ou par les statuts. Le contrôle conjoint correspond au partage du contrôle d'une entreprise exploitée en commun par un nombre limité d'associés qui décident d'un commun accord.
L'article L233-17, dans sa version en vigueur depuis le 1er janvier 2025, prévoit deux dispenses :
Un grand groupe est un ensemble qui dépasse, à la date de clôture, les seuils d'au moins deux des trois critères fixés par l'article D230-2 du Code de commerce, applicable depuis le 1er mars 2024. Sauf disposition contraire, ces seuils sont réputés franchis à la clôture de deux exercices consécutifs.
| Critère | Petit groupe : ne pas dépasser | Grand groupe : dépasser |
|---|---|---|
| Total du bilan | 9 000 000 € | 30 000 000 € |
| Montant net du chiffre d'affaires | 18 000 000 € | 60 000 000 € |
| Nombre moyen de salariés | 50 | 250 |
| Règle de franchissement | Au moins 2 critères sur 3 | Au moins 2 critères sur 3, à la clôture de deux exercices consécutifs |
Le total du bilan s'entend de la somme des montants nets des éléments d'actif, le chiffre d'affaires net hors réductions sur ventes, TVA et taxes assimilées, et l'effectif selon les règles de l'article L130-1 du Code de la sécurité sociale. Pour approfondir le calcul et les cas limites, lisez notre article dédié aux seuils d'établissement des comptes consolidés.
Contrôle exclusif (majorité des droits de vote, présomption au-delà de 40 % sous conditions, influence dominante) ou contrôle conjoint, au sens de l'article L233-16.
Exemption de sous-consolidation de l'article L233-17, sauf titres admis sur un marché réglementé ou opposition d'associés représentant au moins un dixième du capital.
30 000 000 € de total de bilan, 60 000 000 € de chiffre d'affaires net, 250 salariés en moyenne, à la clôture de deux exercices consécutifs.
Catégories de l'article L123-16-2, qui privent le groupe de l'exemption des petits et moyens groupes.
Deux cabinets sur un même dossier : la crainte du dirigeant est souvent de subir deux fois plus de questions. En réalité, la NEP 100 organise un partage du travail, pas un doublon. L'article L821-62 du Code de commerce pose le principe : les co-commissaires se livrent ensemble à un examen contradictoire des conditions et modalités d'établissement des comptes, selon les prescriptions d'une norme d'exercice professionnel qui répartit les diligences.
La répartition repose sur des critères quantitatifs (volume d'heures estimé, sans disproportion entre les commissaires) et qualitatifs (expérience et qualification des équipes). Elle est modifiée régulièrement au cours du mandat, de façon concertée. Dans un groupe hôtelier, un cabinet peut par exemple prendre en charge la holding et deux hôtels la première année, son confrère les autres établissements et les opérations de consolidation, puis inverser une partie des cycles l'année suivante.
Chaque commissaire examine les travaux de son confrère : il vérifie qu'ils correspondent au plan de mission, qu'ils apportent des éléments suffisants et appropriés et que leurs conclusions sont cohérentes. Il conserve la trace de cette revue dans son propre dossier. En fin de mission, une revue analytique d'ensemble et la vérification des informations données à l'assemblée sont menées en commun.
Selon l'article D821-184 du Code de commerce, les commissaires peuvent procéder séparément à leurs investigations, mais établissent un rapport commun. En cas de désaccord, le rapport indique les différentes opinions exprimées. Chaque commissaire signe les rapports. Les échanges avec le conseil, le comité d'audit ou la direction se font de manière conjointe et concertée.
Risques, seuil de signification, approche d'audit et plan de mission arrêtés ensemble.
Volume d'heures sans disproportion, équipes de qualification comparable, rotation au fil du mandat.
Chaque cabinet audite sa part puis revoit celle de l'autre et documente cette revue dans son dossier.
Revue analytique de cohérence globale, procédures complémentaires décidées en commun si besoin.
Rapport signé par chaque commissaire, communication conjointe avec la gouvernance.
Il n'existe pas de tarif réglementé du co-commissariat. Le budget dépend du volume d'heures nécessaire, du taux horaire des équipes et du surcroît de coordination propre à la présence de deux cabinets (réunions de planification, revue croisée, rapport commun). Nos repères sur la formation du prix figurent dans notre article sur les honoraires du commissaire aux comptes.
Prenons une holding hôtelière qui détient cinq hôtels en filiales à 100 %. Sur ses deux derniers exercices, l'ensemble affiche un chiffre d'affaires net consolidé de 68 000 000 €, un total de bilan de 42 000 000 € et 410 salariés en moyenne. Les trois critères dépassent les seuils du grand groupe (60 000 000 €, 30 000 000 € et 250 salariés). La holding n'est contrôlée par aucune société qui la consoliderait : l'exemption de sous-consolidation ne joue pas.
Conséquence : la holding doit publier des comptes consolidés et donc désigner deux commissaires aux comptes. Les chiffres de budget ci-dessous sont des hypothèses de travail destinées à illustrer la méthode, pas des tarifs de marché.
| Ligne de calcul | Heures | Montant HT |
|---|---|---|
| Audit des comptes annuels de la holding | 120 h | 18 000 € |
| Audit des comptes consolidés (périmètre, retraitements, éliminations) | 260 h | 39 000 € |
| Sous-total avant coordination (380 h × 150 €) | 380 h | 57 000 € |
| Coordination propre au co-commissariat : 12 % de 380 h | 45,6 h | 6 840 € |
| Budget annuel total | 425,6 h | 63 840 € |
| Part du cabinet A (55 % des heures) | 234 h | 35 100 € |
| Part du cabinet B (45 % des heures) | 191,6 h | 28 740 € |
Ce que montre le calcul : le surcoût réel du co-commissariat n'est pas un doublement des honoraires, puisque le travail est partagé. Il tient surtout à la coordination. Pour le maîtriser, la qualité de la documentation fournie par le groupe (procédures de clôture, réconciliations intragroupe, liasses de consolidation homogènes) pèse davantage que la négociation du taux horaire. Un reporting fiable par établissement, préparé avant la clôture, réduit sensiblement les allers-retours entre les deux cabinets.
Lorsque le groupe bascule dans l'obligation de consolider, il dispose souvent déjà d'un commissaire aux comptes. Il s'agit alors d'en désigner un second, sans attendre la certification des premiers comptes consolidés.
Les deux mandats n'ont pas besoin de coïncider : le second commissaire est nommé pour six exercices à compter de sa propre désignation. Le décalage d'échéances évite d'ailleurs un renouvellement simultané des deux cabinets. Pour gérer les échéances, voyez notre article sur la durée du mandat du commissaire aux comptes.
Non, pas de manière obligatoire. Le second alinéa de l'article L821-41 prévoit que les entités tenues de publier des informations consolidées en matière de durabilité peuvent désigner plusieurs commissaires aux comptes, ou un commissaire aux comptes et un organisme tiers indépendant, pour certifier ces informations. C'est une faculté, pas une obligation.
Si le groupe choisit cette pluralité, l'article L821-62 prévoit le même examen contradictoire entre les intervenants, et l'article D821-184 la même logique de rapport commun. Le périmètre des groupes soumis au reporting de durabilité ayant évolué au niveau européen, vérifiez votre situation avant d'organiser le dispositif.
Le co-commissariat est souvent vécu comme une contrainte. Bien organisé, il apporte pourtant une valeur réelle aux groupes en croissance. Deux équipes qui se revoient mutuellement réduisent le risque qu'une anomalie significative passe inaperçue, et la rotation des cycles apporte un regard neuf chaque année.
Pour la direction financière, c'est aussi l'occasion de structurer le processus de consolidation : calendrier de remontée des liasses, plan de comptes groupe, documentation des retraitements. Les banques, investisseurs et repreneurs y voient un gage de fiabilité, notamment lors d'un refinancement ou d'une opération de croissance externe. Le point clé reste le dialogue : une réunion de planification commune en amont de la clôture et une synthèse conjointe en fin de mission suffisent souvent à fluidifier l'ensemble.
Le co-commissariat découle directement de l'obligation de publier des comptes consolidés : dès que votre groupe dépasse deux des trois seuils du grand groupe sur deux clôtures consécutives, sans exemption, deux commissaires aux comptes doivent certifier vos comptes. La bonne démarche consiste à surveiller les seuils à l'échelle du groupe, à vérifier les exemptions, puis à choisir un second cabinet capable de travailler en équilibre avec le premier.
Bien organisé, le dispositif coûte surtout en coordination et renforce la crédibilité de vos comptes auprès des banques et des investisseurs. Pour étudier votre situation, de la vérification des seuils à l'organisation de la mission avec votre commissaire en place, découvrez notre accompagnement en audit légal et contractuel.
Une société tenue de publier des comptes consolidés doit désigner au moins deux commissaires aux comptes (article L821-41 du Code de commerce). C'est le cas d'une société commerciale qui contrôle d'autres entreprises et dont le groupe dépasse deux des trois seuils du grand groupe (30 000 000 € de bilan, 60 000 000 € de chiffre d'affaires, 250 salariés), sauf exemption. Certains secteurs, comme les établissements de crédit, imposent aussi deux commissaires.
Non. L'article L821-41 vise les entités tenues de publier des comptes consolidés. Un groupe qui consolide de sa propre initiative, par exemple pour ses banques ou ses investisseurs, sans y être obligé, n'est pas soumis à ce titre à l'obligation de nommer deux commissaires. Il peut toutefois faire auditer ses comptes consolidés dans le cadre d'une mission contractuelle.
Oui. Selon l'article D821-184 du Code de commerce, les commissaires peuvent mener leurs investigations séparément, mais ils établissent un rapport commun. Chacun le signe. En cas de désaccord entre eux, le rapport fait apparaître les différentes opinions exprimées, ce qui reste rare lorsque la planification et la revue croisée sont bien menées.
La NEP 100 impose une répartition équilibrée, fondée sur des critères quantitatifs (volume d'heures sans disproportion) et qualitatifs (expérience et qualification des équipes). Cette répartition est modifiée régulièrement au cours du mandat. Chaque commissaire revoit ensuite les travaux de son confrère et documente cette revue dans son dossier.