Conseils de gestion

Votre chiffre d'affaires progresse, mais la trésorerie ne suit pas et le résultat recule. Pour comprendre pourquoi, le compte de résultat ne suffit pas : il additionne des produits et des charges sans dire à quel étage la marge s'évapore. Les soldes intermédiaires de gestion (SIG) répondent précisément à cette question, en découpant la formation du résultat en paliers successifs, de la marge commerciale jusqu'au résultat net.
Ce guide vous montre comment calculer chaque solde, comment construire un tableau des soldes intermédiaires de gestion sur Excel à partir de votre balance, et surtout comment le lire pour décider : revoir un prix de vente, renégocier un fournisseur, ajuster un planning ou différer un investissement. Il intègre les changements du plan comptable applicables depuis 2025.
Chez FINAUDEC, cabinet d'expertise comptable à Paris, nous utilisons les SIG comme point de départ de chaque revue de performance avec nos clients PME, restaurateurs, hôteliers, boulangers et organismes de formation. L'exemple chiffré ci-dessous en est directement inspiré.
Les soldes intermédiaires de gestion sont une présentation analytique du compte de résultat. Au lieu de comparer le total des produits au total des charges, ils retranchent les charges par familles, dans un ordre logique : d'abord ce qui est consommé pour produire, puis la rémunération du travail et de l'État, puis l'usure des équipements, le coût du financement et enfin l'impôt. Chaque palier isole une décision de gestion différente.
Ce découpage répond à trois besoins concrets :
Le tableau des SIG n'est pas un document obligatoire : les documents de synthèse comprennent le bilan, le compte de résultat et l'annexe. C'est un outil de gestion, que vous pouvez produire chaque année avec la plaquette, mais aussi chaque mois si votre comptabilité est tenue à jour. Si vous débutez dans la lecture des états financiers, commencez par notre guide pour lire et analyser les charges et les produits du compte de résultat.
Le calcul suit une cascade : chaque solde reprend le précédent et lui ajoute ou retranche un groupe de produits et de charges. Le tableau ci-dessous récapitule les formules ; les sous-parties détaillent ce que chacune révèle.
| Solde | Formule |
|---|---|
| 1. Marge commerciale | Ventes de marchandises − coût d'achat des marchandises vendues (achats ± variation de stock) |
| 2. Production de l'exercice | Production vendue + production stockée + production immobilisée |
| 3. Valeur ajoutée | Marge commerciale + production − consommations en provenance de tiers |
| 4. Excédent brut d'exploitation (EBE) | Valeur ajoutée + subventions d'exploitation − impôts et taxes − charges de personnel |
| 5. Résultat d'exploitation | EBE + reprises et autres produits − dotations et autres charges d'exploitation |
| 6. Résultat courant avant impôts | Résultat d'exploitation ± quote-part sur opérations en commun + résultat financier |
| 7. Résultat exceptionnel | Produits exceptionnels − charges exceptionnelles |
| 8. Résultat net | RCAI + résultat exceptionnel − participation − impôt sur les bénéfices |
| 9. Plus ou moins-values de cession | Produits de cession − valeur comptable des immobilisations cédées |
Elle ne concerne que les marchandises revendues en l'état : boissons et confiseries d'une boulangerie, produits d'accueil revendus par un hôtel, ouvrages vendus par un organisme de formation. Elle se calcule en retranchant des ventes de marchandises le coût d'achat des marchandises vendues, c'est-à-dire les achats corrigés de la variation de stock.
Elle additionne la production vendue (produits fabriqués et prestations de services), la production stockée, qui correspond à la variation du stock de produits finis et d'en-cours, et la production immobilisée, c'est-à-dire les travaux réalisés par l'entreprise pour elle-même. La production stockée peut être négative en cas de déstockage.
La valeur ajoutée correspond à la marge commerciale et à la production, diminuées des consommations en provenance de tiers : matières premières, sous-traitance, loyers, énergie, honoraires, publicité, transport, crédit-bail. C'est la richesse que l'entreprise crée par son propre travail, et qu'elle va ensuite répartir entre ses salariés, l'État, ses prêteurs et ses associés.
L'EBE ajoute à la valeur ajoutée les subventions d'exploitation et en retranche les impôts et taxes (hors impôt sur les bénéfices) ainsi que les charges de personnel. Il mesure la ressource dégagée par le métier, avant toute décision d'investissement, de financement ou de fiscalité. C'est l'indicateur que votre banquier regarde en premier.
Le résultat d'exploitation intègre les dotations aux amortissements et aux provisions, leurs reprises, les autres produits et charges de gestion courante et, désormais, le résultat des cessions d'immobilisations corporelles et incorporelles. Le résultat courant avant impôts (RCAI) ajoute le résultat financier : intérêts d'emprunt, produits de placement, différences de change. Viennent enfin le résultat exceptionnel, la participation des salariés et l'impôt sur les bénéfices, qui conduisent au résultat net.
Le règlement ANC n° 2022-06 du 4 novembre 2022 modifie le plan comptable général. Homologué par arrêté du 26 décembre 2023 publié au Journal officiel du 30 décembre 2023, il s'applique aux exercices ouverts à compter du 1er janvier 2025. Pour un exercice calé sur l'année civile, les comptes 2025 sont donc les premiers établis selon les nouvelles règles, et trois d'entre elles changent directement la lecture des soldes.
Le nouvel article 513-5 du PCG réserve le résultat exceptionnel aux produits et charges directement liés à un événement majeur et inhabituel, aux écritures d'origine purement fiscale (provisions réglementées, amortissements dérogatoires), à certains changements de méthode et aux corrections d'erreurs. Les opérations de l'activité normale et courante relèvent du résultat courant. Conséquence : des charges que vous classiez auparavant en exceptionnel pèsent désormais sur le résultat d'exploitation, voire sur l'EBE.
Les aides et indemnités liées à un tel événement mais reçues en compensation de charges d'exploitation restent, elles, en résultat d'exploitation.
Le modèle de compte de résultat intègre désormais en exploitation les produits des cessions d'immobilisations incorporelles et corporelles (compte 757) et leur valeur comptable (compte 657). La vente d'un four, d'un véhicule ou d'un fonds peut donc gonfler ou réduire votre résultat d'exploitation. Pour piloter, isolez ce solde de cession dans une ligne distincte de votre tableau des SIG.
Le règlement supprime les transferts de charges de la liste des produits. Les remboursements viennent désormais en diminution de la charge concernée : par exemple, les remboursements de charges de personnel se lisent au compte 649 « Remboursements de charges de personnel ». Votre poste « charges de personnel » est donc présenté net, ce qui facilite la lecture mais impose de retraiter l'exercice précédent pour comparer.
Votre logiciel comptable édite souvent un tableau des SIG standard. Le construire vous-même sur Excel vous permet de choisir le niveau de détail utile à votre métier et de le mettre à jour chaque mois.
Le tableau suivant donne la correspondance entre les comptes du plan comptable et les lignes de votre fichier, selon le modèle de compte de résultat et la table de passage publiés par l'ANC.
| Ligne du tableau | Comptes à reprendre | Point d'attention |
|---|---|---|
| Ventes de marchandises | 707, 7097 (rabais accordés, en moins) | Ne pas y mélanger les produits fabriqués |
| Coût d'achat des marchandises vendues | 607, 6037, frais accessoires 608 et rabais obtenus 609 rattachés | Le signe de la variation de stock (6037) est la source d'erreur la plus fréquente |
| Production vendue | 701 à 706, 708 rattachés, 709 correspondants | Les activités annexes (708) se rattachent au poste qu'elles concernent |
| Production stockée et immobilisée | 71 et 72 | Le 71 peut être créditeur ou débiteur |
| Consommations en provenance de tiers | 601, 602, 6031, 6032, 604 à 606, 61 et 62 | Le crédit-bail (6122, 6125) y figure : à retraiter si vous comparez avec une entreprise propriétaire |
| Subventions d'exploitation | 74 | Les aides reçues en compensation de charges d'exploitation restent en exploitation |
| Impôts et taxes | 63 | Hors impôt sur les bénéfices (695) |
| Charges de personnel | 641, 645, 647, 648, sous déduction du 649 | Les remboursements de charges de personnel se lisent désormais au 649 |
| Autres produits et charges d'exploitation | 75 et 65 (hors 755 et 655), 757 et 657, 781, 6811 à 6817 | Les cessions d'immobilisations corporelles et incorporelles sont passées en exploitation |
| Résultat financier | 76, 786, 66, 686 | Intérêts d'emprunt, escomptes, change |
| Résultat exceptionnel | 77, 787, 67, 687 | Périmètre resserré depuis le 1er janvier 2025 |
Ce fichier devient la colonne vertébrale de votre tableau de bord financier et de ses indicateurs clés : les mêmes correspondances alimentent les ratios mensuels et le suivi budgétaire.
Prenons une boulangerie-pâtisserie parisienne avec une activité traiteur et un rayon de boissons et confiseries revendues en l'état. Son chiffre d'affaires passe de 950 000 € à 1 000 000 €, soit une progression d'environ 5,3 %. Le dirigeant s'attend à une amélioration du résultat. Le tableau des SIG raconte une autre histoire.
| Poste | Exercice N-1 | Exercice N | Écart |
|---|---|---|---|
| Ventes de marchandises (boissons, confiseries) | 110 000 | 120 000 | +10 000 |
| − Coût d'achat des marchandises vendues | 60 000 | 68 000 | +8 000 |
| Marge commerciale | 50 000 | 52 000 | +2 000 |
| Production vendue (pains, pâtisseries, traiteur) | 840 000 | 880 000 | +40 000 |
| − Matières premières consommées | 220 000 | 253 000 | +33 000 |
| − Autres achats et charges externes | 140 000 | 150 000 | +10 000 |
| Valeur ajoutée | 530 000 | 529 000 | −1 000 |
| + Subventions d'exploitation | 5 000 | 5 000 | 0 |
| − Impôts et taxes | 14 000 | 15 000 | +1 000 |
| − Charges de personnel | 365 000 | 390 000 | +25 000 |
| Excédent brut d'exploitation | 156 000 | 129 000 | −27 000 |
En N, les ventes de marchandises atteignent 120 000 €. Les achats de marchandises s'élèvent à 70 000 € et le stock de marchandises a augmenté de 2 000 € : le coût d'achat des marchandises vendues est donc de 70 000 − 2 000 = 68 000 €. La marge commerciale ressort à 120 000 − 68 000 = 52 000 €, soit 43,3 % des ventes, contre 45,5 % en N-1 (50 000 / 110 000).
La production vendue atteint 880 000 €, sans production stockée ni immobilisée. Les achats de matières premières sont de 250 000 € et le stock de matières a diminué de 3 000 € : la consommation est donc de 250 000 + 3 000 = 253 000 €. Avec 150 000 € d'autres achats et charges externes (loyer, énergie, emballages, entretien), les consommations en provenance de tiers totalisent 403 000 €.
Valeur ajoutée = 52 000 + 880 000 − 403 000 = 529 000 €. Elle est stable en valeur (530 000 € en N-1) malgré 50 000 € de ventes supplémentaires : toute la croissance a été absorbée par les consommations.
EBE = 529 000 + 5 000 (subventions d'exploitation) − 15 000 (impôts et taxes) − 390 000 (salaires et cotisations) = 129 000 €, contre 156 000 € en N-1. L'EBE perd 27 000 €, soit environ 17 %, alors que l'activité progresse.
Au résultat d'exploitation, on ajoute 2 000 € de reprises sur provisions, 1 000 € d'autres produits et 8 000 € de prix de cession d'un ancien laboratoire mobile, puis on retranche 45 000 € de dotations aux amortissements, 3 000 € d'autres charges et 5 000 € de valeur comptable de l'actif cédé : 129 000 + 11 000 − 53 000 = 87 000 €. Le résultat financier est de − 12 000 € (500 € de produits, 12 500 € d'intérêts d'emprunt), d'où un RCAI de 75 000 €.
Le résultat exceptionnel se limite à une dotation aux amortissements dérogatoires de 2 000 €, écriture d'origine fiscale. Avec un impôt sur les bénéfices retenu à 15 000 € dans notre hypothèse, le résultat net s'établit à 75 000 − 2 000 − 15 000 = 58 000 €.
Chaque bandeau bleu est un point de contrôle : c'est entre deux bandeaux que la marge se crée ou se perd.
Les ratios révèlent les causes de la baisse d'EBE. Le coût matière passe de 26,2 % à 28,8 % de la production vendue. Appliqués à 880 000 € de production, ces 2,56 points représentent environ 22 500 € de marge perdue : hausse des prix de la farine, du beurre et des œufs non répercutée, et probablement davantage de pertes en fin de journée. Parallèlement, la masse salariale progresse de 25 000 € (+ 6,8 %), plus vite que l'activité, à la suite d'un recrutement au laboratoire traiteur.
| Ratio | Calcul | N-1 | N |
|---|---|---|---|
| Taux de marge commerciale | Marge commerciale / ventes de marchandises | 45,5 % | 43,3 % |
| Coût matière | Matières consommées / production vendue | 26,2 % | 28,8 % |
| Taux de valeur ajoutée | Valeur ajoutée / chiffre d'affaires | 55,8 % | 52,9 % |
| Poids du personnel | Charges de personnel / valeur ajoutée | 68,9 % | 73,7 % |
| Taux d'EBE | EBE / chiffre d'affaires | 16,4 % | 12,9 % |
Les décisions qui en découlent sont concrètes : revalorisation ciblée des prix de la gamme traiteur, révision des fiches techniques, suivi des invendus et ajustement des plannings sur les plages creuses. Le même raisonnement s'applique en restauration, où le coût matière se pilote finement à partir de la marge brute du restaurant.
Un tableau des SIG se lit de haut en bas, mais l'analyse utile consiste à regarder ce qui se passe entre deux soldes. Chaque intervalle correspond à une famille de décisions et à un responsable.
Les SIG bruts dépendent de choix de gestion qui faussent les comparaisons. Analystes et repreneurs les retraitent, sans modifier vos comptes.
Ces retraitements sont au cœur de la démarche de contrôle de gestion en PME : ils permettent de passer d'une lecture comptable à une lecture économique.
Ces erreurs suffisent à tirer de mauvaises conclusions d'un tableau des soldes intermédiaires de gestion.
Le tableau des SIG annuel arrive trop tard pour corriger une dérive : quand la plaquette est remise, l'exercice suivant est déjà largement entamé. L'enjeu est donc de produire une version mensuelle ou trimestrielle, simplifiée mais fiable.
Ce dernier point fait le lien avec la capacité d'autofinancement et sa lecture par votre banquier, qui part de l'EBE pour mesurer votre capacité à rembourser et à investir. Pennylane et Power BI permettent d'automatiser ce circuit.
Les soldes intermédiaires de gestion transforment le compte de résultat en un diagnostic : la marge commerciale et la valeur ajoutée jugent vos prix et vos achats, l'EBE la productivité de vos équipes, le résultat d'exploitation vos investissements, le RCAI votre financement. Lus en pourcentage, sur plusieurs exercices et retraités des effets de la réforme du plan comptable applicable depuis 2025, ils indiquent précisément où agir.
Le cas de la boulangerie le montre : une croissance de 5 % du chiffre d'affaires peut s'accompagner d'une baisse de 17 % de l'EBE, et seul le découpage par soldes révèle les deux fuites à traiter.
Vous souhaitez mettre en place un tableau des SIG mensuel et l'exploiter en comité de direction ? Découvrez notre accompagnement en DAF et RAF externalisé : nos équipes construisent vos tableaux de bord et vous aident à transformer chaque écart de marge en décision.
À lire aussi
L'EBE mesure la performance économique avant les dotations aux amortissements et aux provisions : il ne dépend ni de la politique d'investissement ni des choix d'amortissement. Le résultat d'exploitation, lui, intègre l'usure des équipements, les reprises, les autres produits et charges de gestion et, depuis 2025, les plus ou moins-values de cession d'immobilisations. Deux entreprises au même EBE peuvent donc afficher des résultats d'exploitation très différents si l'une loue son matériel et l'autre l'a acheté.
Exportez la balance générale de votre logiciel comptable, ajoutez une colonne qui affecte chaque compte à une ligne du tableau (marge commerciale, consommations, personnel…), puis utilisez une fonction SOMME.SI sur cette colonne. Les soldes se calculent ensuite par soustractions successives. Ajoutez les colonnes N-1, écart et ratios en pourcentage. Vérifiez enfin que votre résultat net est identique à celui de la comptabilité : c'est le contrôle de cohérence indispensable.
Non. Les comptes annuels comprennent le bilan, le compte de résultat et l'annexe ; le tableau des SIG n'en fait pas partie. Il est pourtant demandé de fait par les banquiers, les repreneurs et les investisseurs, et la plupart des cabinets d'expertise comptable le joignent à la plaquette annuelle. Rien ne vous empêche de le produire chaque mois ou chaque trimestre.
Parce que vos consommations en provenance de tiers augmentent plus vite que vos ventes. Les causes classiques : hausse des prix matières non répercutée, recours accru à la sous-traitance ou à l'intérim, dérive des loyers et de l'énergie, ou mix produit défavorable. Calculez le poids de chaque grande famille de charges externes en pourcentage du chiffre d'affaires sur deux exercices : l'écart pointe directement la fuite.