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Conseils de gestion

Capacité d'autofinancement : calcul et lecture par votre banquier

Auteur
Jose Amar
Date
4.11.2026
Durée
18 minutes
Capacité d'autofinancement : les deux méthodes de calcul, l'impact du PCG 2025, un cas pratique chiffré et les ratios lus par votre banquier.
Réception d'hôtel dont le dirigeant prépare le calcul de sa capacité d'autofinancement pour sa banque
Avant propos
Cet article a une vocation strictement informative. Les règles fiscales et comptables évoluent régulièrement, et chaque situation présente ses propres spécificités qui ne peuvent pas être traitées dans un contenu général. Aucune décision ne devrait être prise sur la seule base des éléments présentés ici.

Pour sécuriser votre projet, prenez rendez-vous avec le cabinet FINAUDEC. Un échange personnalisé reste le seul moyen d'obtenir une réponse adaptée à votre situation.
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La capacité d'autofinancement (CAF) est le premier chiffre que votre banquier calcule lorsqu'il ouvre vos comptes annuels. Avant de regarder votre chiffre d'affaires, votre résultat ou votre projet, il cherche une réponse simple : combien d'argent votre activité génère-t-elle chaque année pour rembourser ses dettes, investir et rémunérer ses associés ? Un dossier de financement qui ne présente pas une CAF solide, expliquée et projetée part avec un handicap.

Ce guide vous montre comment calculer la capacité d'autofinancement avec les deux méthodes officielles, en tenant compte du plan comptable modernisé applicable depuis 2025, puis comment votre banquier la lit : ratios, retraitements, signaux d'alerte. Un cas pratique complet, celui d'un hôtel-restaurant qui finance une rénovation, déroule chaque calcul pas à pas.

Chez FINAUDEC, cabinet d'expertise comptable à Paris, nous préparons chaque année des dossiers bancaires pour des PME de l'hôtellerie, de la restauration et de la formation. Ce que nous observons est constant : le dirigeant qui maîtrise sa CAF négocie mieux, parce qu'il parle la même langue que son interlocuteur.

Qu'est-ce que la capacité d'autofinancement ?

La capacité d'autofinancement représente les ressources financières internes qu'une entreprise génère par son activité, sans recourir à des financements externes. Bpifrance Création la définit comme un « excédent monétaire théorique » issu des soldes intermédiaires de gestion (fiche Bpifrance Création sur le compte de résultat). Théorique, car elle suppose que tous les produits de l'exercice sont encaissés et toutes les charges payées.

Concrètement, la CAF part du résultat de l'exercice et neutralise tout ce qui n'a pas d'effet sur la trésorerie : les amortissements, les dépréciations et les provisions, qui sont des charges calculées, et les opérations sur l'actif immobilisé, qui relèvent de l'investissement et non de l'activité courante. Ce qui reste, c'est le potentiel de cash que l'exploitation, la gestion financière et la fiscalité laissent à l'entreprise.

À quoi sert la CAF ?

La CAF finance quatre usages, dans un ordre que la banque connaît bien :

  • rembourser le capital des emprunts : les intérêts sont déjà déduits dans le calcul, mais le capital doit être payé avec la CAF ;
  • autofinancer les investissements de renouvellement et de développement ;
  • rémunérer les associés par des dividendes ;
  • renforcer la trésorerie et financer la hausse du besoin en fonds de roulement.

La distinction avec l'autofinancement est essentielle : autofinancement = CAF − dividendes versés. La CAF mesure ce que l'entreprise produit, l'autofinancement ce qu'elle conserve.

CAF, EBE, résultat net : ne pas confondre

L'excédent brut d'exploitation mesure la performance économique de l'exploitation, avant politique d'amortissement, frais financiers et impôt. Le résultat net est un résultat comptable, affecté par des charges calculées. La CAF se situe entre les deux : elle intègre les intérêts, l'impôt et les éléments exceptionnels décaissables, mais pas les amortissements. Pour bien situer l'EBE dans la cascade du compte de résultat, notre guide sur les soldes intermédiaires de gestion détaille chaque solde.

Comment calculer la capacité d'autofinancement : les deux méthodes

Deux méthodes coexistent. Elles aboutissent obligatoirement au même montant : si vos deux calculs divergent, une écriture a été mal classée. Les banquiers et les analystes utilisent volontiers les deux, l'une comme contrôle de l'autre.

La méthode additive, à partir du résultat net

C'est la plus rapide à partir des comptes annuels :

  1. partez du résultat net de l'exercice (bénéfice ou perte) ;
  2. ajoutez les dotations aux amortissements, dépréciations et provisions, qu'elles soient d'exploitation, financières ou exceptionnelles ;
  3. retranchez les reprises sur amortissements, dépréciations et provisions ;
  4. retranchez les produits de cession d'immobilisations et ajoutez la valeur comptable des éléments cédés ;
  5. retranchez la quote-part des subventions d'investissement virée au résultat.

Pourquoi neutraliser les cessions ? Le prix de vente d'un actif est bien encaissé, mais il s'agit d'une ressource d'investissement, présentée à part dans le tableau de financement. L'inclure dans la CAF reviendrait à faire passer la vente d'un véhicule ou d'un fonds pour une performance récurrente.

La méthode soustractive, à partir de l'EBE

Elle part de l'excédent brut d'exploitation et ne retient que les éléments encaissables ou décaissables :

  1. partez de l'EBE ;
  2. ajoutez les autres produits d'exploitation encaissables et retranchez les autres charges d'exploitation décaissables ;
  3. ajoutez les produits financiers encaissables et retranchez les charges financières décaissables, en particulier les intérêts d'emprunts ;
  4. ajoutez les produits exceptionnels encaissables (hors produits de cession) et retranchez les charges exceptionnelles décaissables ;
  5. retranchez la participation des salariés et l'impôt sur les bénéfices.

Cette méthode est la plus parlante pour un prévisionnel : elle montre comment la performance d'exploitation se transforme, étage par étage, en ressource disponible.

Méthode additive et méthode soustractive : les deux chemins vers la même CAF
Méthode additive (à partir du résultat net)Méthode soustractive (à partir de l'EBE)
Point de départRésultat net de l'exerciceExcédent brut d'exploitation (EBE)
On ajouteDotations aux amortissements, dépréciations et provisions (exploitation, financières, exceptionnelles) ; valeur comptable des immobilisations cédéesAutres produits d'exploitation encaissables ; produits financiers encaissables ; produits exceptionnels encaissables
On retrancheReprises sur amortissements, dépréciations et provisions ; produits de cession d'immobilisations ; quote-part de subvention d'investissement virée au résultatAutres charges d'exploitation décaissables ; charges financières décaissables ; charges exceptionnelles décaissables ; participation des salariés ; impôt sur les bénéfices
LogiqueOn neutralise ce qui ne se traduit pas par un flux de trésorerieOn ne retient que ce qui se traduit (ou se traduira) par un flux
Usage idéalContrôle rapide à partir de la liasse fiscaleAnalyse de la formation de la CAF, utile pour le prévisionnel

Ce que le plan comptable modernisé change au calcul de la CAF depuis 2025

Le règlement ANC n° 2022-06 du 4 novembre 2022, homologué par arrêté du 26 décembre 2023, s'applique aux comptes des exercices ouverts à compter du 1er janvier 2025. Il a refondu la présentation du compte de résultat, et donc les lignes à retraiter pour calculer la CAF. La définition de la CAF ne change pas, mais les comptes où se trouvent les éléments à neutraliser ont bougé.

Les cessions d'immobilisations remontent en exploitation

Dans le plan comptable général en vigueur au 1er janvier 2026, les produits de cession des immobilisations incorporelles et corporelles sont enregistrés au compte 757 et leur valeur comptable au compte 657, tous deux en exploitation. Les cessions d'immobilisations financières passent en résultat financier (comptes 7671 et 6671). Si votre formule de CAF retraite encore les anciens comptes exceptionnels de cession, elle oublie désormais ces montants.

Le résultat exceptionnel est resserré

Le PCG réserve désormais le résultat exceptionnel aux produits et charges directement liés à un événement majeur et inhabituel, ainsi qu'aux écritures d'origine purement fiscale comme les amortissements dérogatoires. Les aides, remboursements et indemnités reçus en compensation de charges d'exploitation liées à un tel événement sont classés en exploitation. Pour le banquier, cela signifie qu'une indemnité d'assurance peut désormais gonfler l'EBE : à lui de la repérer, à vous de la signaler.

Les transferts de charges disparaissent

Le règlement supprime les transferts de charges du compte de résultat. Pour la première année d'application, les transferts de charges de l'exercice précédent sont présentés, dans la colonne N-1, parmi les reprises sur dépréciations et provisions : attention aux comparaisons entre 2024 et 2025 dans vos tableaux de bord.

Point de vigilance : le PCG modernisé change vos comparaisons

  • Depuis les exercices ouverts à compter du 1er janvier 2025, les produits de cession et la valeur comptable des immobilisations corporelles et incorporelles cédées figurent en résultat d’exploitation (comptes 757 et 657), et non plus en exceptionnel.
  • La quote-part de subvention d’investissement virée au résultat est logée au compte 747, parmi les subventions.
  • Les transferts de charges disparaissent du compte de résultat.
  • Le résultat exceptionnel est réservé aux événements « majeurs et inhabituels ».
  • Conséquence : une CAF 2025 calculée avec un vieux tableur (qui retraite les comptes 675, 775 ou 791) peut être fausse. Mettez votre modèle à jour avant de l’envoyer à la banque.

Cas pratique : calculer la CAF d'un hôtel-restaurant pas à pas

Prenons une SAS exploitant un hôtel-restaurant de 32 chambres, avec un chiffre d'affaires de 2 400 000 € sur l'exercice 2025. Les données ci-dessous sont fictives mais réalistes pour le secteur. Le compte de résultat, présenté selon le PCG modernisé, fait apparaître les éléments suivants :

  • excédent brut d'exploitation : 420 000 € ;
  • dotations aux amortissements d'exploitation : 160 000 € ; dotations aux provisions d'exploitation : 20 000 € ; reprises de provisions d'exploitation : 5 000 € ;
  • cession d'un ancien véhicule de livraison et de matériel de cuisine : produit de cession 30 000 € (compte 757), valeur comptable 12 000 € (compte 657) ;
  • quote-part de subvention d'investissement virée au résultat : 8 000 € (compte 747) ;
  • produits financiers : 2 000 € ; intérêts d'emprunts : 45 000 € ;
  • charges exceptionnelles liées à un dégât des eaux majeur et inhabituel : 10 000 € ; dotation aux amortissements dérogatoires : 6 000 € ;
  • impôt sur les sociétés : 50 000 €.

Étape 1 : reconstituer le résultat net

Résultat d'exploitation = 420 000 − 160 000 − 20 000 + 5 000 + 30 000 − 12 000 + 8 000 = 271 000 €. Résultat financier = 2 000 − 45 000 = −43 000 €. Résultat exceptionnel = −10 000 − 6 000 = −16 000 €. Résultat net = 271 000 − 43 000 − 16 000 − 50 000 = 162 000 €.

Étape 2 : méthode additive

  1. Résultat net : 162 000 € ;
  2. + dotations (160 000 + 20 000 + 6 000) : 186 000 €, soit 348 000 € ;
  3. − reprises : 5 000 €, soit 343 000 € ;
  4. − produit de cession : 30 000 €, puis + valeur comptable des éléments cédés : 12 000 €, soit 325 000 € ;
  5. − quote-part de subvention d'investissement : 8 000 €.

Capacité d'autofinancement = 317 000 €.

Étape 3 : méthode soustractive, pour contrôle

On part de l'EBE de 420 000 €. Il n'y a pas d'autres produits ou charges d'exploitation encaissables à ajouter : les cessions et la quote-part de subvention sont neutralisées, les dotations et reprises ne sont pas des flux. On ajoute 2 000 € de produits financiers, on retire 45 000 € d'intérêts, 10 000 € de charges exceptionnelles décaissables et 50 000 € d'impôt. La dotation aux amortissements dérogatoires, purement fiscale, est ignorée.

Méthode soustractive : de l'EBE à la CAF de l'hôtel-restaurant (exercice 2025)

Excédent brut d'exploitation420 000 €
+ Produits financiers encaissés2 000 €
− Intérêts d'emprunts45 000 €
− Charges exceptionnelles décaissables10 000 €
− Impôt sur les sociétés50 000 €
= Capacité d'autofinancement317 000 €

Les dotations, reprises, cessions et la quote-part de subvention n'apparaissent pas : elles ne sont pas incluses dans l'EBE et n'ont pas d'effet sur la trésorerie de l'exercice.

Les deux méthodes concordent : la CAF de l'exercice est de 317 000 €, soit 13,2 % du chiffre d'affaires. Notez qu'un analyste pressé qui aurait conservé la plus-value de cession de 18 000 € (30 000 − 12 000) aurait surévalué la CAF : c'est précisément l'erreur que le reclassement des cessions en exploitation rend plus fréquente.

Comment votre banquier lit-il votre capacité d'autofinancement ?

Le banquier ne s'arrête pas au montant. Il met la CAF en rapport avec la dette, les échéances et l'activité, sur plusieurs exercices et en prévisionnel. Aucun texte ne fixe de seuils : chaque établissement applique sa propre grille, adaptée au secteur et aux garanties. Les questions qu'il se pose, en revanche, sont toujours les mêmes.

La CAF couvre-t-elle les remboursements en capital ?

C'est le test central. Le capital des emprunts n'est pas une charge : il se rembourse avec la CAF. Le banquier calcule donc la part de la CAF absorbée par les échéances en capital, existantes et nouvelles. Plus ce ratio est élevé, moins l'entreprise dispose de marge pour investir, distribuer ou absorber un mauvais exercice. Dans un secteur saisonnier comme l'hôtellerie, cette marge de sécurité pèse lourd.

En combien d'années la dette pourrait-elle être remboursée ?

Le rapport dettes financières / CAF indique le nombre d'années de CAF nécessaires pour rembourser l'endettement si toute la CAF y était consacrée. C'est un indicateur de soutenabilité, à rapprocher de la durée de vie des actifs financés : une dette remboursable en quatre années de CAF pour des murs amortis sur plusieurs décennies n'a pas le même sens qu'une dette équivalente adossée à du matériel renouvelé tous les cinq ans.

La CAF est-elle récurrente et en progression ?

Une CAF isolée ne dit rien. Le banquier compare au moins trois exercices et cherche à comprendre les variations : hausse du prix moyen, baisse des achats, cession exceptionnelle, rémunération du dirigeant modifiée. Bpifrance Création le résume ainsi : une CAF élevée permet à l'entreprise d'emprunter plus facilement, tandis qu'une CAF faible ou négative signale des difficultés financières.

La CAF devient-elle de la trésorerie ?

Une CAF de 317 000 € ne sert à rien si la même année le besoin en fonds de roulement augmente de 300 000 €. Le banquier rapproche donc la CAF de la variation du BFR pour estimer le flux de trésorerie d'exploitation. Si ce point vous est moins familier, notre article sur le calcul du BFR avec un exemple chiffré détaille la méthode.

Le cas pratique vu par la banque : peut-on financer la rénovation ?

Notre hôtel-restaurant souhaite rénover ses 32 chambres pour un budget de 600 000 €, financé par un apport de 100 000 € et un prêt de 500 000 € sur 7 ans. Hypothèse de taux retenue pour la simulation : 4,5 %, avec des échéances annuelles constantes d'environ 84 850 €, dont 62 350 € de capital et 22 500 € d'intérêts la première année.

La situation de départ

Fin 2025, la société supporte 1 100 000 € de dettes financières et rembourse 140 000 € de capital par an. Elle verse 60 000 € de dividendes. Le rapport capital remboursé / CAF est de 140 000 / 317 000 = 44,2 %. L'endettement représente 1 100 000 / 317 000 = 3,5 années de CAF. Après dividendes et échéances, il reste 317 000 − 60 000 − 140 000 = 117 000 € pour investir ou renforcer la trésorerie.

La situation projetée

Le dirigeant estime, à partir d'une hausse du prix moyen par chambre, un chiffre d'affaires porté à 2 520 000 € et un gain d'EBE de 90 000 € par an après travaux. La CAF prévisionnelle devient : 317 000 + 90 000 − 22 500 d'intérêts supplémentaires − 17 000 d'impôt supplémentaire = 367 500 €. Les remboursements en capital passent à 140 000 + 62 350 = 202 350 €, soit 55,1 % de la CAF. Les dettes financières atteignent environ 1 397 650 € après la première échéance, soit 3,8 années de CAF. La méthode de chiffrage du gain d'exploitation est développée dans notre guide sur le ROI d’une rénovation hôtelière.

Lecture bancaire de la CAF : ratios du cas pratique avant et après le projet
IndicateurFormuleExercice 2025Après projet (prévisionnel)
Poids des remboursementsCapital remboursé / CAF44,2 %55,1 %
Capacité de remboursementDettes financières / CAF3,5 années3,8 années
Taux de CAFCAF / chiffre d'affaires13,2 %14,6 %
Marge après échéancesCAF − dividendes − capital remboursé117 000 €105 150 €
Couverture des intérêtsEBE / intérêts9,3 fois7,6 fois

Lecture : le dossier reste finançable, mais la marge se resserre. La marge après échéances baisse légèrement (367 500 − 60 000 − 202 350 = 105 150 €) alors que le risque d'exécution augmente. Trois leviers permettent de présenter un dossier plus robuste : un différé d'amortissement de 6 à 12 mois pendant les travaux, une durée de prêt alignée sur la durée d'usage des aménagements, ou une réduction temporaire des dividendes, que le banquier lira comme un signal d'engagement des associés.

Votre CAF peut-elle porter un nouvel emprunt ? L’arbre de lecture

1. La CAF des deux ou trois derniers exercices est-elle positive et stable ?
OuiPassez à la question 2.
NonIsolez d’abord les éléments non récurrents. Si la CAF reste faible ou négative, le dossier doit reposer sur un plan de redressement chiffré et des fonds propres.
2. La CAF couvre-t-elle les remboursements en capital existants et nouveaux, avec une marge ?
OuiPassez à la question 3.
NonAllongez la durée, différez le premier remboursement, augmentez l’apport ou phasez l’investissement.
3. La CAF se transforme-t-elle en trésorerie (BFR maîtrisé) ?
OuiDossier finançable : négociez taux, garanties et covenants.
NonTraitez le BFR (stocks, délais clients) ou prévoyez une ligne court terme dédiée avant de solliciter un prêt moyen terme.

Quels retraitements le banquier applique-t-il à votre CAF ?

La CAF comptable est un point de départ. Le banquier la corrige pour obtenir une CAF dite normative, représentative d'un exercice « normal ». Anticiper ces retraitements et les présenter vous-même évite qu'ils soient faits à votre détriment. Dans l'hôtellerie, le crédit-bail est le retraitement le plus structurant : notre article sur le crédit-bail immobilier hôtelier et son impact sur les ratios en détaille les effets.

Retraitements fréquents demandés par les banquiers
RetraitementPourquoiEffet sur la lecture
Redevances de crédit-bailLe crédit-bail finance un actif comme un emprunt, mais la redevance est une charge externe qui réduit l'EBE et la CAFLa banque réintègre souvent la part financière ou raisonne sur l'endettement « tout compris », loyers de crédit-bail inclus
Rémunération du dirigeantUn dirigeant non rémunéré ou surrémunéré fausse la CAF normativeCorrection vers une rémunération de marché, à la hausse comme à la baisse
Éléments non récurrentsUne indemnité d'assurance, une subvention ponctuelle ou un litige gonflent ou dégradent un exerciceCalcul d'une CAF « normative » hors éléments exceptionnels par nature
Prélèvements de l'exploitant (entreprise individuelle)Les prélèvements ne sont pas des charges et ne réduisent pas la CAFIls sont déduits pour apprécier la capacité réelle de remboursement
Dividendes et remontées vers la holdingLa CAF distribuée ne rembourse pas la dette de la sociétéAnalyse de l'autofinancement (CAF − dividendes) et, dans un groupe, de la CAF consolidée

Pour une entreprise individuelle, Bpifrance Création rappelle que les prélèvements de l'exploitant ne sont pas déduits dans le calcul de la CAF : il faut donc les faire figurer dans les besoins du plan de financement ({x('bpi3', 'fiche Bpifrance Création sur le plan de financement à 3 ans')}). Le même raisonnement vaut, en société, pour les dividendes nécessaires au dirigeant qui ne se verse pas de salaire.

Quelles erreurs faussent le plus souvent le calcul de la CAF ?

  • Conserver la plus-value de cession dans la CAF. Avec le PCG modernisé, les cessions figurent en exploitation : il faut retirer le produit de cession et rajouter la valeur comptable, quel que soit le niveau du compte de résultat où ils apparaissent.
  • Oublier les dotations financières ou exceptionnelles. Les amortissements dérogatoires et les dépréciations de titres sont aussi des charges calculées à réintégrer.
  • Déduire le capital des emprunts. Le capital remboursé n'est pas une charge : le soustraire revient à compter deux fois l'endettement dans l'analyse.
  • Confondre CAF et autofinancement. Présenter la CAF sans dire quelle part sera distribuée surestime la capacité réelle de remboursement.
  • Comparer 2024 et 2025 sans retraiter. Les transferts de charges et les reclassements liés au nouveau PCG peuvent créer des écarts artificiels d'EBE.
  • Ignorer le BFR. Une CAF en hausse avec une trésorerie en baisse appelle une explication, que le banquier demandera de toute façon.

Comment utiliser la CAF pour négocier votre financement ?

Un dossier bancaire convaincant ne se contente pas de joindre la liasse fiscale. Il raconte la CAF : d'où elle vient, pourquoi elle va progresser, comment elle couvrira les échéances. Voici la méthode que nous recommandons.

Checklist avant le rendez-vous bancaire

  1. Calculez la CAF des trois derniers exercices avec les deux méthodes, en vérifiant la concordance.
  2. Présentez une CAF normative hors éléments non récurrents, en listant chaque retraitement et son montant.
  3. Construisez la CAF prévisionnelle sur la durée du prêt, avec des hypothèses explicites (prix, volume, charges de personnel, intérêts, impôt).
  4. Rapprochez la CAF de la trésorerie grâce à un plan de trésorerie prévisionnel fiable, mois par mois, surtout si votre activité est saisonnière.
  5. Calculez vous-même les ratios que la banque calculera : part de la CAF absorbée par les échéances en capital, dettes financières en années de CAF, marge après échéances.
  6. Préparez un scénario dégradé : que devient la couverture des échéances si l'EBE baisse de 15 % ?
  7. Annoncez votre politique de distribution pendant la durée du prêt.

Les leviers de négociation

Une CAF bien documentée vous donne des arguments concrets. Elle justifie une durée d'emprunt qui laisse une marge de sécurité, un différé pendant la phase de travaux, un niveau de garanties proportionné ou des covenants réalistes. Si la banque impose un ratio de couverture en covenant, assurez-vous qu'il est défini à partir des mêmes comptes et des mêmes retraitements que ceux de votre dossier : une définition floue de la CAF dans un contrat de prêt est une source classique de litige.

Enfin, utilisez la CAF comme indicateur de pilotage, et pas seulement une fois par an. Un suivi trimestriel de l'EBE, des intérêts et de l'impôt estimé permet de détecter tôt une dérive et d'en parler à votre banquier avant qu'il ne la découvre dans les comptes annuels.

CAF faible ou négative : que faire avant de solliciter la banque ?

Une CAF faible n'est pas toujours une fatalité, mais elle impose de changer d'approche. Commencez par en identifier la cause : une marge brute dégradée, une masse salariale mal dimensionnée, des frais financiers trop lourds ou un exercice perturbé par un événement ponctuel. Chaque cause appelle une réponse différente, et le banquier attend que vous l'ayez identifiée avant lui.

Si la CAF est durablement insuffisante, l'endettement supplémentaire aggravera la situation. Les solutions passent alors par le renforcement des fonds propres (augmentation de capital, consolidation des comptes courants d'associés), le réaménagement de la dette existante pour alléger les échéances, ou un plan d'actions sur la rentabilité, chiffré mois par mois. Un dossier qui montre une trajectoire de retour à une CAF positive, appuyée sur des mesures déjà engagées, reste défendable.

En résumé : faites de la CAF votre meilleur argument bancaire

La capacité d'autofinancement mesure ce que votre activité produit réellement pour rembourser, investir et distribuer. Calculez-la avec les deux méthodes, adaptez vos formules au plan comptable modernisé applicable depuis 2025, et présentez-la telle que votre banquier la lira : normative, projetée, rapprochée des échéances et de la trésorerie. C'est ce travail préparatoire qui transforme une demande de crédit en négociation.

Vous préparez un financement ou souhaitez fiabiliser vos indicateurs ? L'équipe FINAUDEC construit avec vous la CAF normative, le prévisionnel et le dossier bancaire, dans le cadre de son accompagnement DAF et RAF externalisé.

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Foire aux questions

Comment calculer la capacité d'autofinancement simplement ?

Partez du résultat net de l'exercice. Ajoutez les dotations aux amortissements, dépréciations et provisions, retranchez les reprises correspondantes, retirez les produits de cession d'immobilisations et rajoutez leur valeur comptable, puis retirez la quote-part de subvention d'investissement virée au résultat. C'est la méthode additive. Elle donne exactement le même montant que la méthode soustractive, qui part de l'excédent brut d'exploitation et ne conserve que les produits encaissables et les charges décaissables.

Quelle différence entre capacité d'autofinancement et autofinancement ?

La capacité d'autofinancement mesure les ressources internes générées par l'activité sur l'exercice. L'autofinancement est ce qui reste dans l'entreprise après la distribution : autofinancement = CAF − dividendes versés. Un banquier regarde les deux. La CAF indique ce que l'entreprise sait produire, l'autofinancement ce qu'elle conserve réellement pour rembourser ses dettes et investir.

Quel niveau de CAF une banque attend-elle pour accorder un prêt ?

Il n'existe pas de seuil réglementaire : chaque établissement fixe sa propre grille selon le secteur, les garanties et l'historique. En pratique, la banque vérifie que la CAF couvre largement les remboursements en capital de toutes les dettes, existantes et nouvelles, et que l'endettement financier peut être remboursé en un nombre raisonnable d'années de CAF. Présentez ces ratios vous-même, sur plusieurs exercices et en prévisionnel.

Une CAF négative empêche-t-elle d'obtenir un financement ?

Une CAF négative signifie que l'activité consomme des ressources au lieu d'en produire : un prêt classique devient très difficile à obtenir. Ce n'est pas forcément rédhibitoire si la perte est ponctuelle et explicable (travaux, fermeture, sinistre) et si un prévisionnel crédible montre le retour à une CAF positive. Le dossier repose alors davantage sur les fonds propres, les comptes courants d'associés et les garanties.

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