Actualités comptables & fiscales
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L'amortissement comptable est l'une des écritures les plus mal comprises par les dirigeants : une charge qui ne sort jamais de la banque, mais qui réduit le résultat, l'impôt et parfois le dividende distribuable. Acheter un four mixte, rénover des chambres d'hôtel ou équiper une salle de formation ne pèse pas sur le compte de résultat le jour du paiement : le coût est réparti sur plusieurs exercices, au rythme de l'usure du bien.
Encore faut-il fixer la bonne base, la bonne durée et le bon point de départ, puis gérer l'écart entre les règles comptables et les règles fiscales. Ce guide vous donne la logique de l'amortissement, la méthode de calcul de la dotation aux amortissements, un cas pratique chiffré dans la restauration et les retraitements à prévoir à la clôture.
Chez FINAUDEC, cabinet d'expertise comptable à Paris 17e, nous revoyons chaque année les plans d'amortissement de PME et d'ETI de l'hôtellerie, de la restauration et de la formation : c'est souvent là que se cachent les écarts d'impôt les plus faciles à corriger.
Le plan comptable général définit l'amortissement d'un actif comme « la répartition systématique de son montant amortissable en fonction de son utilisation » (article 214-13 du PCG). Le montant amortissable est la valeur brute du bien, diminuée de sa valeur résiduelle lorsque celle-ci est à la fois significative et mesurable (article 214-4). Autrement dit, vous étalez le coût d'un investissement sur la période pendant laquelle il vous rapporte.
Cette logique a trois conséquences très concrètes pour un dirigeant. D'abord, le résultat d'un exercice n'est pas pénalisé par un gros investissement : seule la fraction consommée dans l'année est passée en charge. Ensuite, la dotation est une charge non décaissée : elle réduit le bénéfice sans réduire la trésorerie, puisque le décaissement a eu lieu lors de l'achat ou s'étale au rythme de l'emprunt. Enfin, comme elle diminue le bénéfice imposable, elle réduit l'impôt sur les sociétés, dans les limites fixées par le Code général des impôts.
L'amortissement constate une consommation prévisible et irréversible. La dépréciation, elle, constate qu'à la clôture la valeur actuelle d'un actif est devenue inférieure à sa valeur nette comptable (article 214-5). Lorsque la dépréciation porte sur un bien amortissable, elle modifie de manière prospective la base des amortissements futurs.
Seules les immobilisations qui se déprécient avec le temps ou l'usage sont amortissables : constructions, matériel, outillage, mobilier, agencements, véhicules, logiciels et autres incorporels à durée limitée. À l'inverse, certains actifs ne s'amortissent pas, faute de durée d'utilisation limitée.
Lorsque les éléments d'un actif ont dès l'origine des utilisations différentes, chacun est comptabilisé séparément avec son propre plan d'amortissement (article 214-9 du PCG). C'est la situation typique d'un immeuble hôtelier : la structure, la toiture, les ascenseurs ou les installations de climatisation n'ont pas la même durée de vie.
Toute dotation amortissement repose sur trois paramètres fixés dans le plan d'amortissement, établi à la date d'entrée du bien à l'actif (article 214-14 du PCG). Une modification significative de l'utilisation prévue entraîne une révision prospective du plan.
La base est le coût d'acquisition (prix d'achat hors taxes récupérables, frais accessoires, frais d'installation et de mise en état de fonctionner), diminué le cas échéant de la valeur résiduelle significative et mesurable. Sur le plan fiscal, les amortissements sont calculés sur le prix d'achat ou le prix de revient. Pour une voiture particulière dont la TVA n'est pas récupérable, la base est donc le prix toutes taxes comprises.
En comptabilité, la durée est celle de l'utilisation réelle du bien par l'entreprise : un matériel destiné à être revendu au bout de quatre ans s'amortit sur quatre ans. En fiscalité, la référence reste la durée d'usage de chaque profession, prévue au 2° du 1 de l'article 39 du CGI. Le taux linéaire est égal à 100 divisé par cette durée.
Les entreprises peuvent retenir une durée inférieure aux usages en justifiant de circonstances particulières : l'administration indique qu'elle ne remet pas en cause ces durées lorsqu'elles ne s'écartent pas de plus de 20 % des usages professionnels (BOI-BIC-AMT-10-40-10, § 240), les circonstances devant en tout état de cause être établies.
Bonne nouvelle pour les structures de taille modeste : les petites entreprises au sens de l'article L. 123-16 du Code de commerce peuvent retenir directement la durée d'usage fiscale dans leurs comptes individuels (article 214-13 du PCG). Le BOFiP rappelle que sont visées les entreprises qui ne dépassent pas deux des trois seuils suivants : 15 millions d'euros de chiffre d'affaires net, 7,5 millions d'euros de total de bilan et 50 salariés en moyenne. Cette simplification évite l'essentiel des amortissements dérogatoires liés à la durée.
L'amortissement commence à la date de début de consommation des avantages économiques, qui correspond généralement à la mise en service (article 214-12 du PCG). En linéaire, la première annuité est réduite au prorata temporis, le temps écoulé s'appréciant en nombre de jours. En dégressif, le point de départ est le premier jour du mois d'acquisition : le prorata se calcule donc en mois.
Exemple : un lave-vaisselle à capot de 12 000 € HT, acquis et mis en service le 15 septembre 2026, amorti en linéaire sur 5 ans, dans un restaurant qui clôture au 31 décembre. L'annuité pleine est de 2 400 € (12 000 € × 20 %). La première dotation couvre 108 jours (du 15 septembre au 31 décembre inclus), soit 2 400 € × 108 / 365 = 710,14 €.
Le PCG pose une règle simple : le mode d'amortissement doit traduire au mieux le rythme de consommation des avantages attendus, en unités de temps ou en unités d'œuvre, et le linéaire s'applique à défaut de mode mieux adapté. Les actifs de même nature, utilisés dans des conditions identiques, doivent être amortis de la même manière.
Il donne des annuités constantes, calculées sur la valeur d'origine. Il est obligatoire pour les biens exclus du dégressif, notamment les biens acquis d'occasion, ceux dont la durée normale d'utilisation est inférieure à trois ans, la plupart des immeubles, les véhicules de transport de personnes de moins de huit places et le mobilier.
Prévu par l'article 39 A du CGI et commenté au BOFiP (BOI-BIC-AMT-20-20-30), il concentre la déduction sur les premières années. Le taux dégressif s'obtient en multipliant le taux linéaire par un coefficient qui dépend de la durée normale d'utilisation ; l'annuité s'applique ensuite à la valeur résiduelle de chaque début d'exercice. Lorsque l'annuité dégressive devient inférieure au quotient de la valeur résiduelle par le nombre d'années restant à courir, l'entreprise peut basculer sur cette annuité linéaire.
| Durée normale d'utilisation | Coefficient | Exemple de taux linéaire | Taux dégressif obtenu |
|---|---|---|---|
| 3 ou 4 ans | 1,25 | 4 ans : 25 % | 31,25 % |
| 5 ou 6 ans | 1,75 | 5 ans : 20 % | 35 % |
| Plus de 6 ans | 2,25 | 10 ans : 10 % | 22,5 % |
| Moins de 3 ans | Non éligible | Linéaire obligatoire | – |
Le dégressif concerne les biens d'équipement neufs. Il est ouvert aux sociétés soumises à l'impôt sur les sociétés, quelle que soit leur activité, sous réserve que le bien soit éligible par nature. Point intéressant pour l'hôtellerie : le BOFiP cite parmi les immeubles éligibles ceux qui sont exploités par des entreprises hôtelières. Pour comparer les deux modes et mesurer le gain de trésorerie, consultez notre guide de l'amortissement dégressif et de ses coefficients.
L'amortissement fiscal n'est pas un second plan tenu à part : seuls sont déductibles les amortissements « réellement effectués par l'entreprise », c'est-à-dire comptabilisés, dans la limite de ceux admis d'après les usages (2° du 1 de l'article 39 du CGI). Toute la mécanique de l'écart comptable et fiscal découle de cette règle.
| Critère | Amortissement comptable | Amortissement fiscal |
|---|---|---|
| Objectif | Traduire la consommation réelle des avantages économiques du bien | Fixer la part de la dépréciation déductible du bénéfice imposable |
| Texte de référence | Plan comptable général (art. 214-11 à 214-14) | CGI, 2° du 1 de l'article 39, articles 39 A et 39 B |
| Durée | Durée réelle d'utilisation dans l'entreprise | Durée d'usage de la profession |
| Mode | Linéaire à défaut de mode mieux adapté, ou unités d'œuvre | Linéaire ou dégressif (biens éligibles) |
| Point de départ | Début de consommation des avantages, en général la mise en service | Mise en service (linéaire), premier jour du mois d'acquisition (dégressif) |
| Valeur résiduelle | Déduite si significative et mesurable | Base fiscale : prix de revient |
| Traduction d'un écart | Amortissement dérogatoire au passif (compte 145) | Réintégration ou déduction sur le tableau de passage |
Lorsque l'annuité fiscale dépasse la dotation comptable (durée d'usage plus courte, option pour le dégressif), l'excédent doit être comptabilisé en amortissement dérogatoire : une provision réglementée inscrite au passif, qui n'affecte pas la valeur nette du bien et s'annule par reprises. Dans le cas inverse, l'excédent comptable est réintégré extra-comptablement, puis déduit lors de la cession, de la mise au rebut ou sur la durée résiduelle d'usage.
| Situation | Traitement | Effet sur l'impôt |
|---|---|---|
| Fiscal supérieur au comptable (durée d'usage plus courte, dégressif) | Dotation aux amortissements dérogatoires (compte 68725 / 145), reprise ultérieure (78725) | Décalage : impôt différé dans le temps |
| Comptable supérieur au fiscal (durée comptable plus courte que l'usage) | Réintégration extra-comptable de l'excédent, déduite plus tard (cession, mise au rebut ou durée résiduelle) | Décalage : impôt avancé |
| Amortissement exclu par la loi (fraction du prix d'une voiture particulière au-delà du plafond) | Réintégration extra-comptable définitive | Surcoût définitif |
| Fonds commercial acquis entre le 1er janvier 2022 et le 31 décembre 2029 et amorti en comptabilité | Amortissement comptable déductible | Économie d'impôt réelle |
Pour les véhicules immatriculés en voitures particulières, l'amortissement n'est pas déductible pour la fraction du prix d'acquisition qui dépasse un plafond (4 de l'article 39 du CGI). Selon le BOFiP, ce plafond est de 18 300 € en règle générale pour les véhicules acquis depuis le 1er janvier 2017, de 30 000 € pour ceux émettant moins de 20 g de CO2 par kilomètre, de 20 300 € entre 20 et moins de 60 g, et de 9 900 € pour les plus émetteurs. Ici, la réintégration est définitive. Les flottes importantes méritent une gestion dédiée, que nous détaillons dans notre article sur la gestion des immobilisations d'une flotte de véhicules.
À chaque clôture, le cumul des amortissements pratiqués sur un bien ne peut être inférieur au cumul des amortissements linéaires calculés sur sa durée normale d'utilisation (article 39 B du CGI). L'obligation joue que l'exercice soit bénéficiaire ou déficitaire : un amortissement « oublié » une année est en principe définitivement perdu sur le plan fiscal.
Prenons une SAS exploitant un restaurant à Paris, qui clôture au 31 décembre et remplit les conditions du taux réduit d'impôt sur les sociétés. Elle dépasse les seuils de la petite entreprise : elle doit donc retenir la durée réelle d'utilisation en comptabilité.
Annuité linéaire pleine : 60 000 € / 12 = 5 000 €. La mise en service intervient le 10 avril 2026 : 266 jours courent jusqu'au 31 décembre inclus. Dotation 2026 : 5 000 € × 266 / 365 = 3 643,84 €. Certains logiciels comptent l'année sur 360 jours : vérifiez la convention paramétrée dans votre outil et appliquez-la de façon constante d'un exercice à l'autre. Les dotations 2027 et 2028 sont de 5 000 € chacune.
Le dégressif court à partir du 1er avril 2026, premier jour du mois d'acquisition, soit 9 mois : 60 000 € × 22,5 % × 9 / 12 = 10 125 €. En 2027, le taux s'applique à la valeur résiduelle : (60 000 € − 10 125 €) × 22,5 % = 49 875 € × 22,5 % = 11 221,88 €. En 2028 : 38 653,12 € × 22,5 % = 8 696,95 €.
Chaque année, la différence entre l'annuité fiscale et la dotation comptable est dotée en amortissements dérogatoires. Le cumul, inscrit au compte 145, atteindra son maximum avant de se résorber par des reprises lorsque l'annuité comptable dépassera l'annuité fiscale.
| Exercice | Dotation comptable (linéaire, 12 ans) | Annuité fiscale (dégressif 10 ans) | Dotation aux amortissements dérogatoires | Cumul au compte 145 |
|---|---|---|---|---|
| 2026 | 3 643,84 € | 10 125,00 € | 6 481,16 € | 6 481,16 € |
| 2027 | 5 000,00 € | 11 221,88 € | 6 221,88 € | 12 703,04 € |
| 2028 | 5 000,00 € | 8 696,95 € | 3 696,95 € | 16 399,99 € |
Le même restaurant a acheté le 1er janvier 2026 une voiture particulière hybride rechargeable de 45 000 € TTC, émettant 40 g de CO2 par kilomètre, amortie sur 5 ans. Dotation comptable : 9 000 €. Fraction déductible : 9 000 € × 20 300 / 45 000 = 4 060 €. La différence, soit 4 940 €, est réintégrée.
Hypothèse : SAS remplissant les conditions du taux réduit (chiffre d'affaires d'au plus 10 000 000 €, capital entièrement libéré et détenu à 75 % au moins par des personnes physiques). Sans le dégressif, la dotation dérogatoire de 6 481,16 € n'aurait pas été déduite : l'impôt aurait augmenté de 1 620,29 € (6 481,16 € × 25 %).
Le gain du dégressif n'est pas une économie définitive : c'est un décalage d'impôt. Les reprises d'amortissements dérogatoires des années suivantes seront imposées.
Pour décider, un dirigeant doit lire l'amortissement sous trois angles, qui ne disent pas la même chose.
Les écritures de l'amortissement comptabilité suivent la nomenclature du plan comptable général.
Les entreprises au régime réel normal joignent à leur déclaration le relevé des amortissements (tableau n° 2055), qui distingue amortissements techniques et dérogatoires ; au régime simplifié, il s'agit de l'annexe n° 2033 C. Pour savoir où se placent ces montants, consultez notre guide de la liasse fiscale, son contenu et sa date limite.
Les redressements sur les amortissements naissent souvent d'erreurs simples.
Cette revue s'intègre naturellement dans votre checklist et calendrier de clôture comptable.
Le principe fiscal reste l'interdiction de déduire l'amortissement des fonds commerciaux. Par dérogation, l'amortissement comptabilisé au titre des fonds commerciaux acquis à compter du 1er janvier 2022 est temporairement déductible. La loi n° 2026-103 du 19 février 2026 de finances pour 2026 (article 13) a prorogé ce dispositif : selon le BOFiP mis à jour le 5 août 2026, il couvre désormais les fonds acquis jusqu'au 31 décembre 2029.
Pour un restaurateur ou un hôtelier qui rachète un fonds, la combinaison est intéressante : une petite entreprise peut amortir son fonds sur 10 ans en comptabilité, et cet amortissement réduit alors son bénéfice imposable. La ventilation du prix entre fonds, matériel et droit au bail mérite d'être arbitrée en amont.
L'amortissement comptable répartit le coût de vos investissements sur leur durée d'utilisation ; l'amortissement fiscal en fixe la part déductible. Entre les deux, l'amortissement dérogatoire et les retraitements extra-comptables traduisent les écarts. Bien paramétrés, ces mécanismes lissent votre résultat, décalent une partie de l'impôt et éclairent vos décisions d'investissement.
Les points à retenir : immobilisez ce qui dure, démarrez à la mise en service, choisissez le dégressif lorsque le bien y est éligible et que la trésorerie compte, comptabilisez toujours le dérogatoire et respectez l'amortissement minimal. Pour vérifier vos plans d'amortissement et optimiser l'écart entre comptable et fiscal, l'équipe expertise comptable de FINAUDEC vous accompagne à chaque clôture.
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L'amortissement comptable répartit le coût d'un bien sur sa durée réelle d'utilisation dans l'entreprise, selon le plan comptable général. L'amortissement fiscal correspond à la part de cette dépréciation que le CGI autorise à déduire du bénéfice imposable, en principe sur la durée d'usage de la profession, avec la possibilité du dégressif pour les biens éligibles. Lorsque les deux diffèrent, l'écart passe en amortissement dérogatoire ou en retraitement extra-comptable.
Non, pas obligatoirement. Les petits matériels, outillages, mobiliers et logiciels de bureau dont la valeur unitaire hors taxes n'excède pas 500 € peuvent être déduits immédiatement en charges. La tolérance ne vaut pas lorsque l'utilisation de ces biens constitue l'objet même de l'activité, par exemple un loueur de matériel. Le seuil s'apprécie bien par bien, et non par facture globale.
Non. Le plan comptable général impose de comptabiliser la dotation conforme au plan d'amortissement même en cas d'absence ou d'insuffisance de bénéfice. Sur le plan fiscal, l'article 39 B du CGI exige un amortissement cumulé au moins égal à l'amortissement linéaire : la fraction non pratiquée est en principe perdue. Le déficit ainsi aggravé reste toutefois reportable dans les conditions de droit commun.
En linéaire, l'annuité est réduite au prorata du temps écoulé entre la mise en service et la clôture, décompté en jours. En dégressif, la période court à partir du premier jour du mois d'acquisition, ce qui revient à compter en mois entiers. Un bien acquis le 10 avril et clôturé au 31 décembre donne ainsi 9 mois de dégressif, mais seulement les jours depuis sa mise en service en linéaire.