Actualités comptables & fiscales

Le N° TVA intracommunautaire est la clé de voûte de vos échanges avec l'Union européenne. Sans lui, impossible de facturer hors taxe un client belge, d'autoliquider correctement l'achat d'un four auprès d'un fabricant italien ou de justifier une exonération lors d'un contrôle. Un numéro absent, erroné ou invalide suffit pour que l'administration remette en cause le traitement d'une facture et réclame la TVA française au vendeur.
Ce guide répond aux trois questions que se posent les dirigeants : comment obtenir son numéro (gratuitement, auprès de l'administration), comment trouver le sien ou celui d'un partenaire, et comment en faire la vérification dans le système européen VIES. Vous y trouverez aussi les mentions obligatoires sur facture, un cas chiffré pas à pas, un arbre de décision et une checklist à appliquer avant chaque opération transfrontalière.
Chez FINAUDEC, cabinet d'expertise comptable qui accompagne des PME, des groupes hôteliers et des restaurants dans leurs achats et ventes en Europe, nous constatons que la plupart des difficultés de TVA intracommunautaire viennent d'un fichier tiers jamais contrôlé, bien plus que de règles mal comprises. Voici comment sécuriser chaque étape.
Le numéro de TVA intracommunautaire est un numéro individuel d'identification attribué aux entreprises assujetties à la TVA dans l'Union européenne. Il est délivré par l'administration fiscale du pays où l'entreprise est établie et permet aux autres États membres de savoir qu'ils ont affaire à un professionnel identifié. Le principe figure à l'article 286 ter du Code général des impôts.
Chaque pays a son propre format. En France, la doctrine administrative (BOI-TVA-DECLA-20-10-20) décrit une structure en trois blocs : le code pays FR, une clé informatique de 2 chiffres et le numéro SIREN de 9 chiffres, soit 13 caractères au total. Le numéro est attribué par la DGFiP dès que l'INSEE lui communique l'identifiant SIRET de l'entreprise.
Code pays de l'État qui a attribué le numéro.
Clé informatique de 2 chiffres, calculée par l'administration à partir du SIREN.
Numéro SIREN à 9 chiffres attribué par l'INSEE à l'entreprise.
Le SIREN identifie l'entreprise au répertoire national ; le numéro de TVA atteste qu'elle est identifiée à la TVA. Une société peut avoir un SIREN sans disposer d'un numéro de TVA actif, par exemple si elle est en franchise en base sans opérations intracommunautaires, ou si son numéro a été invalidé après une cessation d'activité. C'est pourquoi reconstituer un numéro à partir d'un SIREN ne vous dispense jamais d'une vérification.
Le préfixe reprend en général le code ISO du pays, avec deux exceptions à connaître : la Grèce utilise EL et non GR, et l'Irlande du Nord dispose de son propre préfixe, XI. Voici les préfixes que le système VIES permet d'interroger.
| Code | Pays | Code | Pays |
|---|---|---|---|
| AT | Autriche | IE | Irlande |
| BE | Belgique | IT | Italie |
| BG | Bulgarie | LT | Lituanie |
| CY | Chypre | LU | Luxembourg |
| CZ | Tchéquie | LV | Lettonie |
| DE | Allemagne | MT | Malte |
| DK | Danemark | NL | Pays-Bas |
| EE | Estonie | PL | Pologne |
| EL | Grèce | PT | Portugal |
| ES | Espagne | RO | Roumanie |
| FI | Finlande | SE | Suède |
| FR | France | SI | Slovénie |
| HR | Croatie | SK | Slovaquie |
| HU | Hongrie | XI | Irlande du Nord |
L'obligation dépend moins de la forme juridique que de la nature de vos opérations. La doctrine distingue plusieurs situations.
Toute entreprise qui réalise des livraisons de biens ou des prestations de services ouvrant droit à déduction doit être identifiée. C'est le cas de la très grande majorité des sociétés commerciales : un hôtel, un restaurant, une boulangerie ou une PME industrielle au régime réel reçoit son numéro sans démarche particulière. Le numéro doit être détenu avant tout échange intracommunautaire de biens ou de services.
Une entreprise assujettie mais non redevable, par exemple en franchise en base, n'est en principe pas tenue d'avoir un numéro. Elle doit cependant en demander un dans trois cas mentionnés par la fiche officielle Service Public Entreprendre :
Le seuil de 10 000 € pour les acquisitions s'apprécie hors taxe et par année civile. Au-delà, les acquisitions basculent dans le régime général, à compter de celle qui franchit le seuil et jusqu'à la fin de l'année suivante. Les personnes morales non assujetties qui réalisent des acquisitions intracommunautaires taxables sont également visées.
Le CGI prévoit des dispenses, par exemple pour les livraisons occasionnelles. Elles restent rares en PME : en cas de doute, demandez le numéro.
L'attribution relève exclusivement de l'administration fiscale : vous n'avez aucun frais à payer et aucun intermédiaire à mandater. Méfiez-vous des sites qui proposent d'« obtenir votre numéro » contre paiement : ils ne font que relayer une démarche que vous pouvez accomplir vous-même.
Le service des impôts des entreprises (SIE) vous transmet automatiquement votre numéro lors de l'immatriculation de l'entreprise. Une SAS qui exploite un hôtel ou une SARL de restauration n'a donc rien à demander : le numéro apparaît ensuite sur ses déclarations de TVA. Si vous ne le retrouvez pas, interrogez votre SIE.
L'attribution n'est pas automatique. La demande se fait en ligne depuis votre espace professionnel sur impots.gouv.fr, selon le parcours indiqué par l'administration :
Point rassurant : demander ce numéro ne fait pas perdre le régime de franchise en base. En revanche, le communiquer à un fournisseur européen pour un achat de biens fait sortir cet achat de la franchise : vous devrez autoliquider la TVA française sur cette acquisition.
La question recouvre deux besoins différents : retrouver le vôtre, ou obtenir celui d'un partenaire. Dans les deux cas, gardez en tête une règle de prudence : un numéro « reconstitué » n'a de valeur qu'après vérification.
Votre numéro est préimprimé sur vos déclarations de TVA et peut être communiqué par votre SIE sur demande. Il doit ensuite figurer sur vos factures, devis et documents commerciaux : reportez-le une fois pour toutes dans votre logiciel de facturation et dans l'en-tête de vos modèles.
Le réflexe le plus sûr consiste à le demander par écrit à votre partenaire, idéalement dans le formulaire d'ouverture de compte client ou sur le bon de commande. L'acquéreur ou le preneur a d'ailleurs l'obligation de communiquer son numéro à son fournisseur. Il n'existe pas de base européenne permettant de retrouver un numéro à partir du seul nom d'une entreprise : pour une société étrangère, seule la société elle-même peut vous le fournir.
| Vous cherchez… | Où le trouver | Fiabilité |
|---|---|---|
| Votre propre numéro | Préimprimé sur vos déclarations de TVA ; à défaut, auprès de votre SIE via la messagerie de l'espace professionnel | Élevée (source administrative) |
| Le numéro d'un client ou fournisseur | Bon de commande, devis, facture, signature e-mail, demande écrite au partenaire | À confirmer dans VIES avant chaque opération |
| Le numéro d'une société française à partir de son nom | Retrouver d'abord son SIREN, puis demander le numéro ou le contrôler dans VIES | Moyenne : un SIREN ne prouve pas l'identification à la TVA |
| Le numéro d'une société étrangère à partir de son nom | Uniquement auprès de la société elle-même | Aucune base européenne ne permet une recherche par nom |
Le système VIES (VAT Information Exchange System), opéré par la Commission européenne, interroge en temps réel les bases nationales des assujettis. C'est l'outil de référence cité par l'administration française, qui recommande de vérifier le numéro figurant sur les factures avant chaque transaction. Vous pouvez aussi interroger votre SIE.
La réponse indique si le numéro est valide ou non valide à la date de consultation. Le nom et l'adresse ne sont pas toujours restitués : certains États membres, comme l'Allemagne, ne les communiquent pas, ce qui rend la comparaison avec votre bon de commande impossible par ce seul canal. Le service d'un État peut aussi être momentanément indisponible ou saturé ; dans ce cas, renouvelez la consultation plus tard plutôt que de facturer sans contrôle.
Un numéro valide en janvier peut être invalidé en juin. Pour un client récurrent, une vérification à l'ouverture du compte puis à chaque facture importante, ou au minimum à un rythme régulier défini dans votre procédure, est une pratique raisonnable. Les logiciels comptables du marché permettent souvent d'automatiser ce contrôle lors de la création d'un tiers.
Un résultat « non valide » ne signifie pas toujours une fraude. Il peut s'agir d'une faute de frappe, d'un préfixe oublié, d'une immatriculation récente ou d'une entreprise qui a cessé son activité. Mais la conséquence pratique est la même tant que la situation n'est pas éclaircie.
Si le numéro est non valide, votre partenaire doit vous fournir une attestation d'assujettissement délivrée par son administration fiscale. À défaut, l'opération est facturée sous le régime français de la TVA. En pratique, cela signifie appliquer le taux français sur votre facture, comme pour un client établi en France.
L'administration peut invalider un numéro en cas de fausses informations, d'absence de transmission des modifications de situation, d'implication dans une fraude à la TVA ou, pour une entreprise hors Union, de non-respect de l'obligation de représentation fiscale. Le numéro devient aussi invalide en cas de cessation d'activité ou de transfert hors du territoire. Le rétablissement est possible après régularisation. Si c'est votre numéro qui apparaît invalide, contactez sans délai votre SIE : vos clients européens risquent de refuser vos factures HT.
Votre numéro de TVA et celui de votre client assujetti doivent figurer sur la facture. La mention spécifique dépend ensuite de la nature de l'opération. Le tableau ci-dessous synthétise les règles issues des fiches officielles sur les échanges de biens dans l'Union européenne et sur les échanges de prestations de services.
| Opération | Numéros de TVA | Mention spécifique | Déclaration |
|---|---|---|---|
| Vente de biens à un professionnel de l'UE (livraison intracommunautaire) | Le vôtre et celui de l'acquéreur | « Exonération TVA, article 262 ter - I du Code général des impôts » | Ligne F2 de la CA3 (régime normal) et état récapitulatif des livraisons |
| Prestation de services à un professionnel de l'UE (règle générale) | Le vôtre et celui du preneur | « Autoliquidation » | Déclaration de TVA et déclaration européenne de services (DES) |
| Achat de biens auprès d'un fournisseur de l'UE (acquisition intracommunautaire) | Le vôtre, communiqué au fournisseur, et le sien | Facture HT du fournisseur portant la mention « autoliquidation » | Base HT ligne B2 de la CA3, TVA collectée ligne 17, TVA déductible ligne 20 |
| Entreprise en franchise en base vendant en France | Le vôtre s'il vous a été attribué | « TVA non applicable, article 293 B du CGI » | Pas de TVA collectée |
Pour qu'une livraison intracommunautaire soit exonérée, l'acheteur doit être un assujetti, ou une personne morale non assujettie, qui ne bénéficie pas d'un régime dérogatoire ; il doit disposer d'un numéro de TVA d'un autre État membre que celui de départ et vous le communiquer ; et vous devez en vérifier la validité. Vous devez aussi prouver la sortie des biens du territoire français, au moyen de deux éléments de preuve délivrés par des tiers indépendants (lettre de voiture CMR signée, facture du transporteur). Si l'acheteur transporte lui-même les biens, une déclaration écrite de sa part est en outre requise. Attention : toute TVA mentionnée par erreur sur la facture est due par le vendeur.
Pour une prestation rendue à un client assujetti, la TVA est en principe due dans le pays du client. Si vous n'êtes pas identifié dans ce pays, vous facturez hors taxe avec la mention « autoliquidation » et le client acquitte la TVA chez lui. Le traitement détaillé, y compris la déclaration européenne de services, est développé dans notre article sur la TVA sur prestation de service intracommunautaire. Les hôteliers qui paient des commissions à des plateformes établies dans un autre État membre trouveront un cas d'application dans notre guide sur la TVA des commissions Booking et Expedia.
Depuis le 1er septembre 2026, toutes les entreprises doivent être en mesure de recevoir des factures électroniques ; l'émission est obligatoire à cette date pour les grandes entreprises et les ETI, et le sera à partir du 1er septembre 2027 pour les PME et les micro-entreprises. Les nouvelles mentions (SIREN du client, adresse de livraison si elle diffère, nature des opérations, option pour les débits) s'appliquent selon le même calendrier. Les opérations avec des clients établis à l'étranger ne passent pas par la facture électronique B2B domestique mais relèvent de l'e-reporting. Pour préparer cette bascule, consultez notre dossier sur le calendrier de la facturation électronique.
Prenons une PME francilienne qui fabrique du mobilier pour l'hôtellerie. Elle vend des têtes de lit et des banquettes à un hôtel de Bruxelles pour un prix convenu de 48 000 € HT, livré par un transporteur. Le client communique un numéro belge par e-mail ; la facture est émise hors taxe avec la mention d'exonération, mais personne ne vérifie le numéro dans VIES. Lors d'un contrôle, il s'avère que ce numéro était invalide au jour de la livraison et que le client ne peut produire aucune attestation d'assujettissement.
Conséquence : l'exonération est écartée et la vente est soumise à la TVA française au taux normal de 20 %. Comme le client a payé 48 000 € et refuse de verser un complément, la somme encaissée est traitée comme un prix TTC. Voici le calcul, étape par étape.
Hors intérêts de retard et pénalités éventuels, et en supposant que le client refuse de payer un complément de prix.
Sur une commande dont la marge brute attendue était de 12 000 €, le rappel de TVA en absorbe les deux tiers. Une simple consultation VIES, réalisée en moins d'une minute avant la facturation, aurait permis de réclamer l'attestation au client ou de facturer la TVA française dès l'origine.
Un restaurant parisien au régime réel achète un four auprès d'un fabricant italien pour 18 000 € HT. Il communique son numéro de TVA au fournisseur, qui facture hors taxe avec la mention « autoliquidation ». Le restaurant déclare la base de 18 000 € en ligne B2 de sa CA3, collecte 3 600 € de TVA (18 000 × 20 %) en ligne 17 et déduit le même montant en ligne 20. Coût de trésorerie : zéro. Si le numéro n'avait pas été transmis, le fournisseur aurait pu facturer la TVA italienne : le restaurant n'aurait pas pu l'imputer sur sa CA3 et aurait dû passer par la procédure, plus longue, de remboursement de la TVA acquittée dans un autre État membre.
La sécurité de vos opérations européennes repose sur une procédure simple, appliquée par toutes les personnes qui créent des tiers ou émettent des factures. Voici l'arbre de décision à diffuser à votre équipe administration des ventes.
Intégrez ces contrôles à votre revue de fin d'exercice : la checklist de clôture comptable est le bon moment pour rapprocher vos ventes intracommunautaires de vos déclarations et des preuves de transport.
Mentionner seulement le SIREN du client européen ou français sur une facture HT ne justifie pas l'exonération. Le numéro de TVA est un identifiant distinct, dont la validité se contrôle.
Pour une entreprise en franchise, transmettre son numéro à un fournisseur européen de biens fait basculer l'achat dans le champ de la TVA française. Ce n'est pas une erreur en soi, mais l'autoliquidation doit alors être déclarée.
La facture n'est qu'une partie de l'obligation. Les livraisons de biens doivent figurer sur l'état récapitulatif, et les prestations de services sur la déclaration européenne de services lorsque les conditions sont réunies. Ces déclarations permettent aux administrations de croiser les données : une incohérence attire l'attention.
Le numéro de TVA intracommunautaire se compose, en France, du code FR, d'une clé de 2 chiffres et du SIREN. Il est attribué gratuitement par le SIE : automatiquement pour les entreprises redevables, sur demande en ligne pour les autres. Avant chaque opération, demandez le numéro de votre partenaire, vérifiez-le dans VIES en conservant l'identifiant de consultation, exigez une attestation en cas de résultat non valide et portez les deux numéros avec la bonne mention sur la facture.
Ces réflexes protègent directement votre marge, comme le montre le cas chiffré ci-dessus. Pour fiabiliser votre fichier tiers, paramétrer vos factures et vos déclarations de TVA, vous pouvez vous appuyer sur notre équipe d'expertise comptable FINAUDEC, qui accompagne les PME, hôtels et restaurants dans leurs échanges européens.
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L'attribution est gratuite et relève du service des impôts des entreprises. Si votre entreprise est redevable de la TVA, le SIE vous transmet le numéro automatiquement lors de l'immatriculation. Si vous êtes en franchise en base ou exonéré, faites la demande depuis la messagerie de votre espace professionnel sur impots.gouv.fr, thème « TVA », option « Je demande un numéro de TVA intracommunautaire ». Aucun intermédiaire payant n'est nécessaire.
Utilisez le service VIES de la Commission européenne : sélectionnez le pays, saisissez le numéro sans le préfixe, puis indiquez votre propre numéro de TVA pour obtenir un identifiant de consultation. Conservez la réponse datée dans le dossier client. Vous pouvez aussi interroger votre SIE. L'administration recommande de vérifier le numéro figurant sur les factures avant chaque transaction.
Demandez-le par écrit à l'entreprise : l'acquéreur ou le preneur doit le communiquer à son fournisseur, et il figure en principe sur ses devis et factures. Il n'existe pas de base européenne permettant de retrouver un numéro à partir du seul nom. Pour une société française, le SIREN donne la base du numéro, mais seule une consultation VIES confirme qu'il est actif.
Vérifiez d'abord la saisie et le préfixe pays. Si le résultat reste non valide, demandez à votre partenaire une attestation d'assujettissement délivrée par son administration fiscale. Sans ce document, l'opération doit être facturée sous le régime français de la TVA, avec application du taux français sur la facture. Ne facturez pas hors taxe en attendant une régularisation.