Actualités comptables & fiscales

L'amortissement linéaire est la méthode la plus utilisée par les PME pour étaler le coût d'un investissement : un four, une flotte de véhicules, la rénovation de chambres d'hôtel, un serveur informatique. Son principe tient en une ligne, mais les erreurs se logent dans les détails : date de départ, prorata de la première année, valeur résiduelle, écart entre durée comptable et durée fiscale. Une dotation mal calculée fausse le résultat, la valeur des actifs au bilan et, au bout du compte, l'impôt.
Ce guide vous donne la méthode complète pour calculer un amortissement en mode linéaire, les règles fiscales à respecter et deux cas pratiques chiffrés, pas à pas, jusqu'au plan d'amortissement final. Vous y trouverez aussi les erreurs que nous rencontrons le plus souvent lors des clôtures.
Chez FINAUDEC, cabinet d'expertise comptable à Paris, nous construisons et révisons chaque année les plans d'amortissement de restaurants, d'hôtels, d'organismes de formation et de PME en croissance. Les exemples qui suivent sont directement tirés de ces situations.
L'amortissement constate la consommation, année après année, des avantages économiques qu'apporte une immobilisation. Le plan comptable général le définit comme la répartition systématique du montant amortissable, c'est-à-dire la valeur brute diminuée de la valeur résiduelle, en fonction de l'utilisation du bien. Le mode linéaire traduit une consommation régulière : chaque année pleine supporte la même dotation.
Côté fiscal, la doctrine administrative décrit le régime linéaire comme « l'échelonnement régulier de la dépréciation auquel correspondent des annuités constantes » sur la durée normale d'utilisation des biens (BOFiP, régime de l'amortissement linéaire). Les amortissements sont déductibles dans la limite de ceux admis d'après les usages de chaque nature d'activité, selon le 2° du 1 de l'article 39 du code général des impôts.
Le mode dégressif est une option réservée à certains biens d'équipement neufs. Le linéaire reste obligatoire dans plusieurs cas, que le BOFiP énumère :
Pour un bien éligible aux deux modes, le choix du linéaire est une décision de gestion. Si vous hésitez, notre article sur l'amortissement dégressif et ses coefficients détaille l'intérêt fiscal d'une accélération des dotations.
Seules les immobilisations qui se déprécient avec le temps ou l'usage sont amortissables : constructions, matériels, outillages, mobilier, agencements, véhicules, logiciels, brevets. Les terrains ne s'amortissent pas, et certains actifs incorporels obéissent à des règles propres. Pour le cas particulier du fonds, consultez notre analyse sur la question de savoir s'il est possible d'amortir un fonds de commerce.
L'administration admet la déduction immédiate en charges des matériels et outillages, des matériels et mobiliers de bureau et des logiciels dont la valeur unitaire n'excède pas 500 € HT (BOFiP, biens de faible valeur). Deux précisions comptent en pratique :
Concrètement, les 60 chaises achetées pour l'ouverture d'une brasserie s'immobilisent et s'amortissent, alors que le remplacement ponctuel de deux chaises abîmées peut passer en charges.
Le calcul de l'amortissement linéaire repose sur quatre données : la base amortissable, la durée, la date de mise en service et la durée de l'exercice.
Le cumul des amortissements ne peut jamais dépasser le prix de revient du bien. La valeur nette comptable (VNC) s'obtient en retranchant ce cumul de la valeur brute.
Immobilisation ou charge ? Vérifier la durée d'usage et le seuil de faible valeur.
Prix HT + frais accessoires nécessaires à la mise en état de fonctionner.
Retenue seulement si elle est significative et mesurable dès l'origine.
Durée d'utilisation en comptabilité, durée d'usage en fiscalité.
Point de départ du prorata temporis, décompté en jours.
Annuités, cumul, valeur nette comptable, puis contrôle à chaque clôture.
La valeur brute d'un bien acquis comprend le prix d'achat hors TVA récupérable, diminué des remises, et augmenté des coûts directement nécessaires à sa mise en état de fonctionner : transport, installation, raccordement, frais de montage. Les frais de formation du personnel ou les pertes de démarrage n'en font pas partie. Une erreur fréquente consiste à laisser en charges le raccordement électrique ou la pose d'une hotte, qui font pourtant partie du coût de l'équipement.
C'est le point qui génère le plus d'écarts entre comptabilité et fiscalité. En comptabilité, la durée est la durée réelle d'utilisation du bien par votre entreprise. En fiscalité, la référence reste la durée d'usage de la profession, quelle que soit la durée réelle d'utilisation. Les deux peuvent coïncider, mais pas toujours.
L'administration publie des taux usuels, donnés à titre purement indicatif, qui servent de repère lorsqu'aucun usage professionnel plus précis n'existe :
| Catégorie de bien | Taux usuel | Durée équivalente |
|---|---|---|
| Bâtiments commerciaux | 2 à 5 % | 20 à 50 ans |
| Bâtiments industriels (hors terrain) | 5 % | 20 ans |
| Matériel | 10 à 15 % | environ 7 à 10 ans |
| Outillage | 10 à 20 % | 5 à 10 ans |
| Matériel de bureau | 10 à 20 % | 5 à 10 ans |
| Matériel de transport automobile | 20 à 25 % | 4 à 5 ans |
| Mobilier | 10 % | 10 ans |
| Agencements, installations | 5 à 10 % | 10 à 20 ans |
| Caisses enregistreuses (jurisprudence citée par le BOFiP) | 25 % | 4 ans |
Vous pouvez retenir une durée plus courte que l'usage si des circonstances particulières le justifient : utilisation intensive en deux ou trois équipes, matériel exposé aux intempéries, risque d'obsolescence rapide. L'administration s'abstient de remettre en cause ces durées lorsqu'elles ne s'écartent pas de plus de 20 % des usages professionnels, mais les circonstances doivent toujours être établies.
C'est la situation la plus fréquente. L'amortissement comptable est alors inférieur à l'amortissement fiscalement admis, et l'entreprise doit en principe compléter par un amortissement dérogatoire pour respecter la règle de l'amortissement minimal. Le BOFiP admet toutefois que les entreprises qui retiennent une durée réelle plus longue ne soient pas pénalisées, sauf cas manifestement abusif.
Si vous amortissez plus vite en comptabilité que ce que l'usage autorise, la fraction excédentaire est réintégrée extra-comptablement. Elle redevient déductible lors de la cession ou de la mise au rebut du bien, ou de manière linéaire sur la durée d'usage restante.
Le point de départ de l'amortissement linéaire est le jour de la mise en service effective du bien, c'est-à-dire la date à laquelle il est en état de fonctionner selon l'utilisation prévue. Ce n'est ni la date de commande, ni la date de facture. Le Conseil d'État a jugé qu'aucun amortissement ne peut être pratiqué à la clôture d'un exercice sur un matériel acquis pendant cet exercice mais mis en service seulement l'exercice suivant.
La première annuité est réduite au prorata temporis, et le BOFiP précise que le temps couru s'apprécie en nombre de jours. Une exception existe lorsque le bien subit une dépréciation avant sa mise en service, par vétusté par exemple : le point de départ peut alors être avancé, à condition de prouver cette dépréciation.
L'annuité correspond à une période de douze mois. Si votre exercice dure moins ou plus longtemps, ce qui arrive souvent pour un premier exercice ou après un changement de date de clôture, la dotation est adaptée à la durée réelle de l'exercice. Un premier exercice de 18 mois supporte ainsi une fois et demie l'annuité pour un bien en service dès l'ouverture.
En cas de cession, une dotation est calculée sur la période d'utilisation de l'exercice, de l'ouverture jusqu'à la date de cession. Elle diminue d'autant la VNC et donc la plus ou moins-value. Le BOFiP précise que les entreprises peuvent s'en dispenser sur le plan fiscal, sauf pour certains biens visés au 4 de l'article 39 du CGI ; en comptabilité, mieux vaut la constater pour présenter un résultat fidèle.
Un restaurant parisien, dont l'exercice coïncide avec l'année civile, installe un four mixte professionnel. Facture : 45 500 € HT, plus 2 500 € HT de livraison, pose et raccordement. Le four est opérationnel le 15 mars 2026. Le dirigeant prévoit de le garder 8 ans, durée cohérente avec le taux usuel de 10 à 15 % admis pour le matériel. Aucune revente n'est envisagée : la valeur résiduelle est nulle.
La part non consommée en 2026 (1 200 €) n'est pas perdue : elle se retrouve dans la dernière annuité, en 2034.
Le détail du prorata est le suivant : 17 jours en mars (du 15 au 31 inclus), puis 30 + 31 + 30 + 31 + 31 + 30 + 31 + 30 + 31 jours d'avril à décembre, soit 292 jours sur un exercice de 365 jours. La dotation 2026 est donc de 6 000 × 292 / 365 = 4 800 €.
Les années 2027 à 2033 supportent chacune une annuité pleine de 6 000 €. La dernière annuité, en 2034, couvre la période du 1er janvier au 14 mars, soit 73 jours : 6 000 × 73 / 365 = 1 200 €. Le bien est amorti sur 9 exercices pour une durée de 8 ans, ce qui surprend souvent les dirigeants mais reste parfaitement logique.
| Exercice | Base | Calcul | Dotation | Cumul | VNC fin d'exercice |
|---|---|---|---|---|---|
| 2026 | 48 000 € | 6 000 × 292/365 | 4 800 € | 4 800 € | 43 200 € |
| 2027 | 48 000 € | 48 000 × 12,5 % | 6 000 € | 10 800 € | 37 200 € |
| 2028 | 48 000 € | 48 000 × 12,5 % | 6 000 € | 16 800 € | 31 200 € |
| 2029 | 48 000 € | 48 000 × 12,5 % | 6 000 € | 22 800 € | 25 200 € |
| 2030 | 48 000 € | 48 000 × 12,5 % | 6 000 € | 28 800 € | 19 200 € |
| 2031 | 48 000 € | 48 000 × 12,5 % | 6 000 € | 34 800 € | 13 200 € |
| 2032 | 48 000 € | 48 000 × 12,5 % | 6 000 € | 40 800 € | 7 200 € |
| 2033 | 48 000 € | 48 000 × 12,5 % | 6 000 € | 46 800 € | 1 200 € |
| 2034 | 48 000 € | 6 000 × 73/365 | 1 200 € | 48 000 € | 0 € |
| Total | 9 exercices pour 8 ans | 48 000 € |
Supposons que le restaurant revende le four le 30 juin 2030 pour 20 000 € HT, à l'occasion d'un réaménagement de la cuisine. La dotation 2030 couvre 181 jours : 6 000 × 181 / 365 = 2 975,34 €. Le cumul des amortissements atteint 22 800 € + 2 975,34 € = 25 775,34 €, et la VNC à la date de cession est de 48 000 − 25 775,34 = 22 224,66 €.
La cession dégage donc une moins-value de 2 224,66 € (20 000 − 22 224,66).
La valeur résiduelle est le montant, net des coûts de sortie, que l'entreprise pourrait obtenir en cédant le bien à la fin de son utilisation. En comptabilité, elle ne réduit la base amortissable que si elle est à la fois significative et mesurable, c'est-à-dire si la valeur de revente peut être déterminée de manière fiable dès l'origine (BOFiP, incidences des normes comptables). Un engagement de reprise du fournisseur ou un prix de rachat contractuel en sont les exemples types.
Sur le plan fiscal, la base reste le prix de revient intégral. Lorsque la valeur résiduelle est déduite en comptabilité, l'écart est constaté en amortissement dérogatoire pour préserver la déduction fiscale.
Un traiteur, filiale d'un groupe de restauration, met en service le 1er janvier 2026 un fourgon frigorifique utilitaire de 40 000 € HT. Le concessionnaire s'engage par contrat à le reprendre au bout de 4 ans pour 8 000 € HT, soit 20 % de sa valeur. Cette valeur résiduelle est significative et mesurable : elle réduit la base comptable.
| Élément | Comptabilité | Fiscalité |
|---|---|---|
| Valeur brute | 40 000 € | 40 000 € |
| Valeur résiduelle | 8 000 € (reprise contractuelle) | Non déduite : base = prix de revient |
| Base amortissable | 32 000 € | 40 000 € |
| Durée | 4 ans | 4 ans (durée d'usage) |
| Dotation annuelle | 8 000 € | 10 000 € |
| Amortissement dérogatoire annuel | 2 000 € | — |
| VNC comptable au bout de 4 ans | 8 000 € | 0 € (valeur fiscale) |
À la revente pour 8 000 €, la cession est neutre en comptabilité (prix égal à la VNC), tandis que les 8 000 € d'amortissements dérogatoires sont repris en produit exceptionnel. Pour les voitures particulières, gardez en tête un point supplémentaire : la fraction du prix qui excède un plafond, en principe 18 300 € (30 000 € ou 20 300 € selon le taux d'émission de CO₂), n'est pas déductible. Notre guide sur la gestion des immobilisations d'une flotte de véhicules détaille ces situations.
Lorsqu'un bien comporte des éléments dont la durée d'utilisation diffère sensiblement de celle de l'ensemble, chacun est traité comme un composant et suit son propre plan d'amortissement. C'est typiquement le cas d'un hôtel : toiture, ascenseurs, installations électriques, agencements intérieurs et gros œuvre n'ont pas la même durée de vie. Dans un exemple publié par le BOFiP, la toiture et les installations électriques sont amorties sur 25 ans, l'étanchéité, les ascenseurs et les agencements sur 15 ans, alors que la structure suit sa propre durée. Pour un projet de rénovation, le découpage en composants conditionne directement les dotations annuelles et le calcul du retour sur investissement.
Si la valeur actuelle d'un bien devient inférieure à sa VNC, par exemple après une baisse durable d'activité d'un établissement, une dépréciation est constatée. Elle modifie de manière prospective la base amortissable : les dotations suivantes sont recalculées sur la VNC nette de la dépréciation, répartie sur la durée restante.
De même, la durée initiale peut être raccourcie ou allongée si des circonstances nouvelles le justifient. La modification est toujours prospective, ne remet pas en cause les dotations passées et ne doit pas permettre de reporter des amortissements sur un exercice bénéficiaire.
À chaque clôture, la dotation est enregistrée en charge, dans les dotations aux amortissements d'exploitation, en contrepartie du compte d'amortissement de l'immobilisation concernée, présenté en diminution de la valeur brute à l'actif. L'amortissement dérogatoire, lui, est porté en provisions réglementées au passif, avec une dotation en charges exceptionnelles.
Sur le plan déclaratif, les entreprises joignent à leur déclaration de résultats un relevé normalisé des amortissements : le tableau n° 2055 au régime réel normal, ou l'annexe n° 2033-C au régime simplifié. Le défaut de production de ce relevé est sanctionné par une amende, mais ne fait pas obstacle à la déduction des amortissements. Notre article sur la liasse fiscale et ses dates limites rappelle le calendrier de dépôt.
Cette règle de l'amortissement minimal, prévue par l'article 39 B du CGI, est décrite en détail par l'administration (BOFiP, obligation de constater un amortissement minimal). Elle s'applique aussi aux biens amortis en dégressif.
Un plan d'amortissement utile n'est pas qu'un tableau Excel : c'est la pièce justificative que votre commissaire aux comptes, votre banquier ou un vérificateur demanderont. Pour chaque immobilisation, il doit indiquer :
Rapprochez enfin, à chaque clôture, le total du fichier des immobilisations avec la balance comptable. Ce contrôle simple figure dans notre checklist de clôture comptable pour les PME et évite la plupart des écarts découverts trop tard.
L'amortissement linéaire se résume à une division, mais sa qualité dépend de choix structurants : ce qui entre dans la valeur brute, la date de mise en service, la durée retenue, le traitement de la valeur résiduelle et l'articulation avec la durée d'usage fiscale. Un plan d'amortissement bien documenté dès l'acquisition vous évite des réintégrations en cas de contrôle et vous donne une vision fidèle de la rentabilité de chaque investissement.
Vous préparez un investissement important, une rénovation ou la clôture de votre exercice ? Notre équipe d'expertise comptable établit et contrôle vos plans d'amortissement, sécurise l'écart entre comptabilité et fiscalité et vous aide à arbitrer entre linéaire et dégressif.
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L'annuité est égale à la base amortissable divisée par la durée d'utilisation en années, ou à la base multipliée par le taux linéaire (100 divisé par la durée). La base correspond à la valeur brute diminuée de la valeur résiduelle lorsque celle-ci est significative et mesurable. La première et la dernière annuité sont réduites au prorata temporis lorsque le bien n'est pas mis en service le premier jour de l'exercice.
On multiplie l'annuité pleine par le nombre de jours écoulés entre la date de mise en service et la date de clôture, rapporté à la durée de l'exercice. L'administration fiscale précise que le temps couru s'apprécie en nombre de jours. Pour un bien de 48 000 € amorti sur 8 ans et mis en service le 15 mars d'un exercice civil de 365 jours, la dotation est de 6 000 × 292/365, soit 4 800 €.
En linéaire, le point de départ est la date de mise en service effective, c'est-à-dire le jour où le bien est en état de fonctionner selon l'utilisation prévue. Un équipement acheté en décembre mais installé en février suivant ne s'amortit qu'à partir de février. Une exception existe si une dépréciation réelle a commencé avant la mise en service, à condition de pouvoir la prouver.
En comptabilité, oui, mais seulement si elle est à la fois significative et mesurable de façon fiable dès l'origine, par exemple grâce à un engagement de reprise. Fiscalement, l'amortissement se calcule sur le prix de revient complet. L'écart annuel est alors constaté en amortissement dérogatoire afin de conserver la déduction fiscale. Pour la plupart des équipements de PME, la valeur résiduelle est nulle.