Conseils de gestion

Créer une holding est devenu un réflexe pour beaucoup de dirigeants de PME qui veulent structurer un groupe : faire remonter les bénéfices de leur société d'exploitation, financer le rachat d'un deuxième établissement, associer un partenaire ou préparer une transmission. Mais derrière la formule « je passe en holding » se cachent des choix lourds de conséquences : apport ou cession des titres, forme juridique, code APE, financement, calendrier fiscal.
Ce guide détaille, étape par étape, comment créer une holding au-dessus d'une société existante ou pour un projet de rachat, ce que cela coûte réellement en 2026, quel code NAF retenir et comment éviter les erreurs qui transforment un montage fiscalement neutre en imposition immédiate. Un cas pratique chiffré, celui d'un restaurateur parisien, vous permet de visualiser l'effet concret de la structure.
Chez FINAUDEC, cabinet d'expertise comptable et d'audit, nous accompagnons des dirigeants de PME et d'ETI, notamment en hôtellerie, restauration et formation, dans la création et le pilotage de leur groupe. Notre conviction : une holding n'est utile que si elle sert un projet précis, et elle se prépare avant la signature des statuts, pas après.
Une holding est une société dont l'actif principal est constitué de titres de participation dans une ou plusieurs autres sociétés. Elle se place entre vous et votre société d'exploitation. Au lieu de détenir directement les actions de votre restaurant, de votre hôtel ou de votre organisme de formation, vous détenez les actions de la holding, qui détient elle-même la société opérationnelle.
Ce changement d'architecture produit quatre effets principaux, que nous détaillons dans notre guide sur les intérêts juridiques et fiscaux de la holding familiale :
À l'inverse, une holding ajoute une société à tenir : comptabilité, liasse fiscale, approbation des comptes, dépôt au greffe, éventuels honoraires de commissaire aux comptes si les seuils sont atteints au niveau du groupe. Pour un dirigeant qui a besoin de toute la trésorerie pour vivre, la structure n'apporte rien : l'argent qui remonte dans la holding n'est pas dans votre poche.
Le code APE holding (activité principale exercée) est attribué automatiquement par l'Insee lors de l'immatriculation, à partir de l'activité que vous déclarez. Vous ne le choisissez pas formellement, mais la description de l'activité dans le dossier d'immatriculation conditionne le code retenu. Selon la fiche officielle Entreprendre.Service-Public, le code APE n'a pas de valeur juridique : il sert d'indicateur, notamment pour la convention collective, et doit figurer sur les bulletins de paie si la holding emploie des salariés.
Dans la nomenclature NAF rév. 2, encore en vigueur pour l'attribution des codes en 2026, le code NAF holding dépend du rôle réel de la société :
L'Insee a annoncé qu'à compter du 1er janvier 2027, la NAF 2025 devient la nomenclature de référence pour l'attribution des codes APE. Toutes les sociétés actives recevront un nouveau code, consultable dès 2026 sur le site Sirene avec votre numéro SIREN. Pour les holdings, la correspondance est la suivante :
| Type de holding | Code NAF rév. 2 (jusqu'au 31/12/2026) | Code NAF 2025 (à partir du 01/01/2027) | Ce que fait la société |
|---|---|---|---|
| Holding passive (pure) | 64.20Z – Activités des sociétés holding | 64.21Y – Activités de société holding | Détient les titres de ses filiales sans leur fournir d'autres services |
| Holding animatrice / siège | 70.10Z – Activités des sièges sociaux | 70.10Y – Activités des sièges sociaux | Gère activement ses filiales : direction stratégique, services administratifs, gestion des filiales |
| Actionnaire sans contrôle | Selon l'activité réelle | 64.32Y (renvoi de l'Insee) | Détient des participations sans contrôler les fonds propres des sociétés |
Si votre holding a changé de rôle (par exemple, elle a recruté un directeur financier et facture des prestations de direction à ses filiales), la modification du code passe par le guichet unique des formalités. Si le code est simplement erroné, la demande se fait directement auprès de l'Insee. Gardez à l'esprit que le code n'est qu'un indice : l'administration fiscale apprécie le caractère animateur d'une holding sur des faits, comme nous l'expliquons dans notre article sur les critères et preuves de la holding animatrice.
Rien n'impose une forme particulière. En pratique, trois options se rencontrent chez les dirigeants de PME.
La SAS offre une grande liberté statutaire : clauses d'agrément, d'inaliénabilité, de sortie forcée, organisation libre des pouvoirs. Elle est adaptée si vous prévoyez d'accueillir des associés, un investisseur ou vos enfants. Le capital est libre et, pour les apports en numéraire, la moitié au moins doit être libérée à la constitution, le solde dans les cinq ans. La version unipersonnelle (SASU) convient au dirigeant seul, avec une annonce légale moins chère.
La SARL encadre davantage les cessions de parts et le fonctionnement, ce qui peut rassurer dans un cadre familial. Les apports en numéraire doivent être libérés d'au moins un cinquième à la constitution. Elle est moins souple pour organiser l'entrée d'investisseurs.
La société civile (hors SCI d'investissement immobilier) est parfois retenue pour une holding patrimoniale familiale, en raison de son régime de cession des parts et de sa souplesse de gouvernance. Pour profiter du régime mère-fille et des avantages développés plus loin, elle doit être soumise à l'impôt sur les sociétés. Attention aussi à la taxe sur les holdings patrimoniales, qui vise certains actifs non professionnels détenus par ces structures.
Lorsque la société d'exploitation existe déjà, la holding peut l'acquérir de deux façons : vous lui vendez vos titres, ou vous les lui apportez en échange d'actions nouvelles. Le choix change tout sur le plan fiscal.
Dans un apport, vous remettez vos actions de la société d'exploitation à la holding et recevez en contrepartie des titres de la holding. Fiscalement, l'opération dégage une plus-value (valeur d'apport moins prix de revient de vos titres). Si vous contrôlez la holding, cette plus-value est placée en report d'imposition en application de l'article 150-0 B ter du CGI : elle n'est pas taxée l'année de l'apport, mais elle doit être déclarée et le reste jusqu'à un événement qui y met fin.
Le contrôle s'apprécie à la date de l'apport : majorité des droits de vote ou des droits dans les bénéfices, accord avec d'autres associés, ou exercice effectif du pouvoir de décision. Il est présumé lorsque vous détenez au moins un tiers des droits et qu'aucun autre associé ne détient une fraction supérieure. Une soulte reste possible, dans la limite de 10 % de la valeur nominale des titres reçus, mais elle est imposée immédiatement.
Le report prend fin notamment lorsque vous cédez, faites racheter ou annuler les titres de la holding, lorsque vous transférez votre domicile fiscal hors de France, ou lorsque la holding revend les titres apportés dans les trois ans sans réinvestir.
Un apport de titres est un apport en nature. Dans une SAS, l'article L227-1 du Code de commerce permet aux associés de se dispenser de commissaire aux apports à l'unanimité, mais seulement si la valeur de chaque apport reste sous un plafond fixé par décret et si le total des apports non évalués n'excède pas la moitié du capital. Dans une holding créée par apport des titres d'une PME, l'apport en nature constitue généralement l'essentiel du capital : la désignation d'un commissaire est donc, dans la grande majorité des cas, incontournable. En l'absence de commissaire, les associés restent solidairement responsables pendant cinq ans envers les tiers de la valeur attribuée aux apports. Pour le détail de sa mission, consultez notre article sur le commissaire aux apports et les cas où il est obligatoire.
Le financement dépend de l'objectif. Une holding « de structure » créée par apport de titres n'a pas besoin de trésorerie au départ : son capital est constitué des actions apportées. Une holding « de reprise » doit au contraire réunir le prix d'acquisition d'une cible.
Les intérêts de l'emprunt d'acquisition sont supportés par la holding, qui n'a souvent pas de résultat imposable propre. Pour les imputer sur les bénéfices de la filiale, il faut en principe constituer un groupe d'intégration fiscale, ce qui exige une détention d'au moins 95 % du capital de la filiale. L'option vaut pour cinq exercices et se renouvelle tacitement. Les charges financières nettes sont par ailleurs plafonnées, pour une entreprise non membre d'un groupe consolidé, au plus élevé de 3 millions d'euros ou 30 % d'un résultat fiscal corrigé : ce plafond concerne surtout les opérations importantes.
La création d'une holding suit les règles de toute société commerciale, avec deux étapes spécifiques : l'évaluation des titres et le rapport du commissaire aux apports. Comptez plusieurs semaines entre la décision et l'immatriculation, surtout si une évaluation approfondie est nécessaire.
Définir le rôle de la holding : remontée de dividendes, rachat, transmission, animation du groupe.
Valoriser les titres de la société d'exploitation à leur valeur réelle, avec une méthode documentée.
Désigner le commissaire aux apports, qui rédige un rapport sur la valeur des titres apportés.
Rédiger les statuts, le traité d'apport et, le cas échéant, le pacte d'associés.
Déposer la part en numéraire éventuelle sur un compte bloqué et obtenir l'attestation de dépôt.
Annonce légale, puis dépôt du dossier sur le guichet unique : RCS, RNE et bénéficiaires effectifs.
Transfert des titres dans les registres, déclaration du report de plus-value, options fiscales.
Selon Entreprendre.Service-Public, la demande se dépose sur le guichet unique des formalités des entreprises. Elle entraîne l'inscription au registre national des entreprises (RNE) et au RCS. Le dossier comprend notamment :
Après le dépôt, un récépissé « en attente d'immatriculation » est délivré, valable un mois au plus. Si le dossier est incomplet, vous disposez de 15 jours ouvrables pour transmettre les pièces manquantes.
Une fois la holding immatriculée, le transfert des titres apportés est inscrit dans les registres de la société d'exploitation. La plus-value en report doit être déclarée sur votre déclaration de revenus de l'année de l'apport, puis suivie chaque année. Enfin, la holding doit prendre position sur ses options fiscales : impôt sur les sociétés, intégration fiscale, convention de trésorerie et éventuelles conventions de prestations avec les filiales.
Les frais réglementés sont faibles. Le coût réel dépend de la complexité du montage, de la taille de la société apportée et du niveau de sécurisation recherché.
| Poste | Montant 2026 | Commentaire |
|---|---|---|
| Immatriculation au RCS (société commerciale) | 33,83 € | Via le guichet unique des formalités des entreprises |
| Déclaration des bénéficiaires effectifs | 19,33 € | Obligatoire en plus de l'immatriculation |
| Annonce légale de constitution d'une SAS | 199 € HT (métropole) | Forfait réglementé 2026 |
| Annonce légale de constitution d'une SASU | 142 € HT (métropole) | 148 € HT pour une SARL, 124 € HT pour une EURL |
| Enregistrement des apports purs et simples | Gratuit | Article 810 du CGI : les apports sont enregistrés gratuitement |
| Commissaire aux apports | Honoraires libres | Selon la taille et la complexité de la société apportée |
| Évaluation, statuts, pacte, option fiscale | Honoraires libres | Expert-comptable et conseil juridique, à budgéter selon le montage |
Les montants d'annonce légale sont les forfaits 2026 publiés par l'administration pour un siège en métropole ; ils sont plus élevés à La Réunion et à Mayotte. Le principal poste reste celui des honoraires : évaluation des titres, rapport du commissaire aux apports, rédaction des statuts, du traité d'apport et du pacte, accompagnement fiscal. Un devis sérieux part de vos objectifs, pas d'un forfait « holding clé en main ».
N'oubliez pas les coûts récurrents : tenue comptable de la holding, liasse fiscale, approbation des comptes, dépôt au greffe, frais bancaires et, si le groupe dépasse les seuils, commissariat aux comptes. Ces charges sont déductibles du résultat de la holding, mais elles doivent être couvertes par les dividendes ou les refacturations.
M. Durand détient 100 % d'une SAS qui exploite une brasserie à Paris. Il a souscrit le capital de 50 000 € à la création. La société est aujourd'hui valorisée 1 500 000 €. Il souhaite racheter un second établissement d'ici deux ans, sans faire transiter la trésorerie par son patrimoine personnel.
M. Durand apporte 100 % des actions de la brasserie à une SASU holding nouvellement créée, dont le capital s'élève à 1 500 000 €. Comme l'apport en nature constitue la totalité du capital, un commissaire aux apports est désigné.
L'année suivante, la brasserie distribue 400 000 € de dividendes à la holding. La holding détient plus de 5 % du capital de sa filiale, sous forme nominative, et s'engage à conserver les titres au moins deux ans : le régime mère-fille s'applique. Le dividende est exonéré, à l'exception d'une quote-part de frais et charges de 5 % réintégrée au résultat imposable. La holding supporte par ailleurs 6 000 € de frais de fonctionnement.
La holding réalise moins de 10 millions d'euros de chiffre d'affaires et son capital, entièrement libéré, est détenu par une personne physique : elle bénéficie du taux réduit d'IS de 15 % jusqu'à 42 500 € de bénéfice.
Résultat : sur 400 000 € distribués, près de 392 000 € restent disponibles dans la holding pour constituer l'apport du futur rachat. Si ces 400 000 € avaient été distribués directement à M. Durand, ils auraient supporté l'imposition personnelle des dividendes avant tout réinvestissement.
Imaginons que, 18 mois après l'apport, une offre de 1 600 000 € se présente pour la brasserie. La cession intervient dans le délai de trois ans : pour conserver le report de la plus-value de 1 450 000 €, la holding doit s'engager à réinvestir au moins 70 % du produit, soit 1 600 000 × 70 % = 1 120 000 €, dans un délai de trois ans, dans une activité éligible (par exemple le rachat du contrôle d'un hôtel ou d'un restaurant), et conserver ce réinvestissement au moins cinq ans. À défaut, le report prend fin et la plus-value de M. Durand devient imposable.
Il exige une participation d'au moins 5 % du capital de la filiale, des titres nominatifs ou déposés chez un intermédiaire habilité, et une conservation de deux ans. Les dividendes sont exonérés, sous déduction d'une quote-part de frais et charges de 5 %, ramenée à 1 % entre sociétés d'un même groupe intégré lorsque la participation est détenue depuis plus d'un exercice.
Avec au moins 95 % du capital de ses filiales, la holding peut opter pour l'intégration fiscale : un seul impôt sur les sociétés est calculé sur la somme des résultats du groupe. Les déficits d'une filiale s'imputent sur les bénéfices d'une autre, et les intérêts de l'emprunt d'acquisition s'imputent sur les bénéfices de la cible, sous réserve des dispositifs anti-abus.
Lorsque la holding revend une filiale, la plus-value nette à long terme sur titres de participation est imposée au taux de 0 %, mais une quote-part de frais et charges de 12 % de la plus-value brute est réintégrée au résultat imposable. C'est l'un des intérêts majeurs de la holding dans une stratégie d'achat-revente d'établissements.
Si la holding accumule des liquidités ou des placements sans réinvestir dans des activités opérationnelles, elle peut entrer dans le champ de la taxe sur les holdings patrimoniales. Une politique de réinvestissement documentée reste la meilleure protection.
Créer une holding coûte peu en frais réglementés, mais engage durablement votre fiscalité personnelle et celle de votre groupe. Les points décisifs sont la valorisation des titres apportés, le contrôle de la holding pour bénéficier du report d'imposition, le respect de la règle des trois ans et du réinvestissement de 70 %, le choix d'un code APE cohérent avec le rôle réel de la société et un financement calibré sur la capacité distributive de vos filiales.
Vous envisagez de structurer votre groupe ou de racheter un nouvel établissement ? Les équipes de FINAUDEC vous accompagnent de l'évaluation à l'immatriculation : découvrez notre accompagnement juridique pour la création et la structuration de votre holding.
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Jusqu'au 31 décembre 2026, une holding passive relève du code 64.20Z « Activités des sociétés holding » et une holding animatrice du code 70.10Z « Activités des sièges sociaux ». À partir du 1er janvier 2027, la NAF 2025 s'applique : 64.21Y pour la holding passive et 70.10Y pour la holding qui gère ses filiales. Le code est attribué par l'Insee selon l'activité déclarée et n'a pas de valeur juridique.
Les frais réglementés restent modestes : 33,83 € d'immatriculation au RCS, 19,33 € pour la déclaration des bénéficiaires effectifs et 199 € HT d'annonce légale pour une SAS en métropole en 2026 (142 € HT pour une SASU). L'enregistrement d'un apport pur et simple de titres est gratuit. Le vrai budget se situe dans l'évaluation, le rapport du commissaire aux apports et la rédaction des actes.
Dans une SAS, il est obligatoire en principe pour tout apport en nature. Les associés peuvent s'en dispenser à l'unanimité seulement si chaque apport reste sous un montant fixé par décret et si le total des apports non évalués ne dépasse pas la moitié du capital. Dans une holding créée par apport de titres, l'apport représente généralement l'essentiel du capital : la dispense est donc rarement possible.
La plus-value constatée lors de l'apport n'est pas imposée immédiatement si vous contrôlez la holding : elle est placée en report d'imposition (article 150-0 B ter du CGI) et doit être déclarée. Le report prend fin notamment si vous cédez les titres de la holding, ou si la holding revend les titres apportés dans les trois ans sans réinvestir au moins 70 % du prix.